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 La rancœur de la pitié

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Vano Vaemone
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Date d'inscription : 18/01/2015
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Localisation : Chez mes ptits monstres <:

MessageSujet: La rancœur de la pitié   Dim 8 Mar - 0:48

(Je poste ça parce que c'est l'histoire la plus récente que j'ai faite, finie aujourd'hui. C'est un entraînement qui me remet à la prose et cela vous permettra de juger mon style d'écriture)
Cette fanfiction est basée sur l'univers de The Elder Scrolls. C'est une courte histoire sans suite. L'histoire se déroule entre la période des jeux Oblivion et Skyrim. Le nom des races, des villes, Daedra et Princes Daedra appartiennent à Bethesda. Le déroulement de l'histoire et la création des personnages (Cassandre Hleran, parents de Seras, Seras Hleran, Caldryn, Kriinved) ont été purement inventées de ma part.

*Explications du lexique d'Elder Scrolls :
-La crise d'Oblivion : c'est le nom d'un événement historique important (qui se déroule et s'achève justement dans le jeu The Elder Scrolls IV : Oblivion). Cet événement est marqué par les invasions des armées de Daedra, dirigées par leur dieu Mehrunes Dagon, le Prince Daedra de la Destruction. Ce dernier a pu réapparaître sur le plan des mortels, le temps d'un assaut final. Mais  le Prince Daedra fut banni, ainsi les Daedra retournèrent sur leur plan. L'histoire se passe presque deux cents ans après cet événement. Certains Daedra (les serviteurs et non les Princes) peuvent encore rejoindre le plan des mortels, mais moins couramment que lors de la crise.
-Mer (au masculin) est un autre terme pour désigner les elfes, qui regroupent diverses populations. Parmi elles, on trouve notamment les elfes noirs ou les Dunmers (littéralement en langue elfique "elfes(mer) sombres(dun)") qui portent ce nom en raison de leur couleur de peau.
-Bréton (étant assez compliqué à expliquer, je vais essayer d'être brève mais claire) : leur origine étant complexe, le terme Bréton renvoie à une race de "demi-elfe" mais considérée plus proche des hommes que des Mers, car certains Brétons n'ont pas d'oreilles pointues ou d'yeux bridés comme les elfes. Cette espèce est notamment connue pour leur don inné de la magie.
-Daedra : le mot Daedra regroupe un ensemble d'espèces immortelles, vivant sur un autre plan (nommé l'Oblivion ou le Néant) parallèle au plan des mortels. Les plus faibles d'entre eux, qui ont la tâche de serviteur, peuvent être invoqué par des sorciers et par leur dieu, que l'on nomme Prince Daedra.
°Prince Daedra : ce sont les Daedra les plus puissants. Ils sont vénérés et apparaissent très rarement sur le plan des mortels. Il existe seize princes Daedra, possédant chacun leur royaume sur le plan d'Oblivion. Il est courant qu'un Prince ne se manifeste pas sous sa forme réelle mais qu'il envoie leurs serviteurs sur le plan des mortels.
°Drémora : les drémoras sont des créatures à l'apparence humanoïde. Leur apparence est grossièrement comparable aux démons en raison de leur peau, leurs yeux (aux couleurs différentes des elfes ou hommes) et de leurs cornes. De manière générale, ils sont les serviteurs et fidèles soldats du Prince Daedra de la Destruction, bien qu'il existe de rares drémoras servant d'autres Princes. Ils sont très intelligents et peuvent être capable d'avoir des émotions.
-Vigiles de Stendarr, et Stendarr : les Vigiles sont un ordre religieux fondé quelques années après les grandes invasions des Daedra. Bien que l'on peut dire que ce sont des prêtres, ce sont surtout des guerriers qui ont choisi d'anéantir toute créature ennemie de l'humanité. Ils chassent notamment les lycanthropes, les vampires et plus particulièrement les Daedra. Ils suivent la voie de Stendarr, dieu de la miséricorde et de la justice.
-Aubétoile, Fortdhiver : ce sont deux villes situées au nord de la province de Bordeciel. (pour donner une idée géographique, Bordeciel et Cyrodiil sont deux provinces côte à côte, où Cyrodiil est au sud de Bordeciel)

___________________

Prélude : il y avait deux cents ans, le nom Hleran, de la prêtresse Cassandre Hleran, évoquait deux événements particuliers pendant la crise d'Oblivion*. On respectait la prêtresse qui avait soutenu un héros de race Daedra contre ces mêmes envahisseurs Daedra, mais on la craignait également car elle aurait usé de magie invocatrice et vénérerait certains Princes Daedra.
Seras était un jeune enfant vivant aux côtés de ses parents dans la ville de Chorrol, dans la province de Cyrodiil. Sa famille, porteur du nom Hleran, était renommée pour être les descendants de la prêtresse Cassandre, reconnue pour avoir aidé de nombreuses personnes en les accueillant dans la chapelle de Stendarr* ; chapelle située dans la même ville où vivaient les actuels Hleran.
Les parents de Seras se tournaient vers la voie la plus pure de leur nom, ils choisirent d'aider les faibles et portèrent une indifférence envers les Daedra.



— Vous n'avez rien à faire ici, elfe. On sait que vous êtes vieux et malade, mais cela va faire une nuit entière que vous attendez près de la chapelle...
— Silence, humains ! cria l'elfe noir avant de toussoter à plusieurs reprises. Si ça vous dérange tant que ça que je traîne jour et nuit, vous n'avez qu'à me trouver un toit plutôt que faire des rondes inutiles. Fichez le camp, idiots, si vous ne savez que me faire la morale !

Habituellement, ce genre de comportement envers la garde pouvait être puni. Mais les deux soldats choisirent d'épargner ce pauvre sénile. L'un d'eux avait hoché la tête à son collègue, c'était inutile de s'attarder sur l'attitude austère d'un vieillard. Alors qu'ils tournaient le dos et s'éloignaient de cet elfe, ils se convainquirent qu'ils avaient des affaires plus graves à régler. Le pauvre elfe ne manifesta plus son mécontentement, en outre il avait tourné ses yeux vers le vide.
Dans la rue menant à la chapelle, un enfant avait observé la petite querelle. Il avait le même teint de peau gris ainsi que les yeux entièrement rouges, caractéristiques des elfes noirs. Ses cheveux corbeau et ondulés s'enchevêtraient sur ses épaules et quelques maladroites mèches bouclées tombaient près de ses yeux. Son habit ne pouvait pas tromper sur son habitat. Le jeune elfe était vêtu d'une soutane blanche aux boutons d'argent, surmontée par une courte pèlerine. Il portait un petit sac de cuir composé de millepertuis et de pieds de lion, des fleurs jaunes aux vertus médicinales, qu'il avait achetés chez un marchand.  
Le garçon observait avec hésitation le Dunmer* plus âgé, près de la porte ouest de la chapelle. Il était assis par terre, le dos contre le mur. L'enfant avait décidé d'approcher à petits pas, remarquant davantage les rides ainsi que les lèvres sèches de l'homme. La bonne foi avec laquelle il avait été élevé ne put l'empêcher de venir en aide au mendiant. Il avançait jusqu'à la porte de la chapelle. Après une timide salutation qui n'avait pas l'air d'avoir été entendu, l'enfant s'adressa plus clairement. Le vieil elfe tourna son regard vers lui, on voyait à peine ses yeux sous l'ombre de sa capuche grise.

— Vous pouvez venir dans la chapelle. Vous avez le droit à l'asile si on vous embête.
— Oh mais je ne me sens pas menacé, petit, répondit-il par un sourire.
— Mais vous êtes malade. Ma maman peut vous faire un remède, j'ai les plantes qu'il faut.
— Je te crois, ne les sors pas pour me montrer. J'ai compris, petit. Tu es sûr que je peux venir ?
— Oui, les malades peuvent venir. Venez.

Il voulut l'aider mais le vieillard arrivait encore à tenir sur ses jambes. Il marchait avec une allure lente mais il était en mesure de se déplacer. L'enfant insista pour le soutenir et prendre sa main.
Ils entrèrent dans la chapelle, grande et bien entretenue. Les premiers murs de pierre à l'entrée étaient un peu sombres mais en avançant vers les autels, le lieu était éclairé par les vitraux des neuf dieux, des candélabres autour du grand autel ainsi que quelques torches suspendues aux colonnes de pierres. Près des portes d'entrée se trouvait des accès vers l'étage inférieur, menant aux chambres et aux catacombes.
Les pratiquants et les visiteurs se situaient plus loin, près des bancs de prière. Le père de l'enfant, le prêtre récitant les cantiques, était occupé. Le petit savait, même si son parent était un Bréton* et avait donc plus l'air d'un humain qu'un elfe, qu'il était un homme souvent pris par ses obligations. Alors le jeune garçon emmena l'elfe auprès de sa mère, en descendant à l'étage inférieur. En prenant la première porte qui menait à une salle à manger, ils la traversèrent pour rejoindre un grand couloir. Parmi les nombreuses portes, il toqua doucement à la seconde de droite. La mère de l'elfe était également une Dunmer, plus particulièrement une excellente guérisseuse qui s'adaptait à tout patient. Elle savait soigner de diverses manières, en passant du simple sortilège aux potions médicinales. Elle était donc capable de trouver le meilleur remède pour le vieil elfe.


~ * * * ~


Bien que toute mère responsable devrait gronder son enfant pour avoir mené un inconnu dans la chapelle, la prêtresse remercia son fils mais lui expliqua qu'ils ne pouvaient pas accueillir tous les pauvres, malades, démunis et rejetés. Le monde, et leur chapelle, était loin d'une utopie.

— Mon petit Seras, tu as bien agi mais tu as fait une erreur. Tu aurais dû nous prévenir avant d'emmener cet elfe dans la chapelle. Je comprends que tu avais de la pitié pour un malade, mais nous ne savons pas qui il est. Je voudrais que tu restes prudent.
— Oui, Maman, répondit l'enfant avec culpabilité.
— Ton père et moi allons veiller sur sa santé. Tu n'as pas besoin de t'inquiéter. Il faudra plusieurs jours pour le guérir mais il a surtout besoin de repos. Je voudrais que tu restes sage et ne le déranges pas. Compris ?
— Compris, Maman.


~ * * * ~


Depuis sa chambre, Seras avait entendu un bruit vif qui le réveilla. Quelques secondes après, il crut reconnaître les voix de ses parents. Inquiet, il quitta son lit. Tenant toujours une poupée dans son bras gauche, il s'était approché de la porte pour entendre leur dialogue.

— Pour quelqu'un de malade, il est allergique aux gens on dirait, soupira le père.
— Ne lui en veux pas, chéri. Cet elfe n'apprécie simplement pas la compagnie. C'est tout.
— Dis plutôt qu'il déteste, au point qu'il préfère crever la faim au lieu de venir à la salle à manger comme tout le monde.
— Il a ses raisons, ne t'énerve pas pour si peu. Allons dormir.

Ce que Seras avait compris l'inquiéta, comme lorsqu'il avait rencontré le vieil elfe. Est-ce qu'il refusait de se nourrir ?
Il attendit que ses parents soient partis pour quitter sa chambre. Il se doutait qu'il agît mal, mais il voulait à tout prix voir le vieil elfe. À petits pas, il se rendit dans la pièce au fond à gauche. Ayant déjà vu sa mère s'y rendre, il était certain que cette chambre était celle de l'homme malade. Hésitant entre frapper à la porte ou tenter d'entrer, il écouta brièvement ce qui se passait à l'intérieur. Il crut entendre de petits halètements. Tentant de toquer à la porte, il avait frappé si faiblement que l'elfe ne s'en rendait compte. L'enfant insista une deuxième fois et regarda rapidement par le trou de la serrure. Il craignait que le vieillard était en train d'étouffer.
Seras se trompait. Cette forte respiration démontrait que l’elfe résistait ou usait de magie. Il était assis au bord du lit, ses mains couvrant son visage. De ses doigts émanait une lueur verdâtre. Il semblait résister à quelque chose, murmurant quelques désapprobations.
Cette étrange lumière se répandit à travers ses doigts, recouvrant également son visage et ses cheveux. Le teint de sa peau changea. Ses mains avaient une étrange couleur et paraissaient gelées : les veines étaient plus apparentes avec une peau grise devenue plus claire. Les cheveux secs et ternes retrouvaient leur lissage ainsi que leur véritable couleur argenté. Au-dessus de ses mains et à travers la chevelure, se matérialisaient deux petites cornes noires. Elles sortaient de son front, se courbant vers le haut. Quand les excroissances furent bel et bien réapparues, la respiration de cette étrange créature semblait plus calme.
Soulagé ou frustré que le sortilège fût terminé, il peina quelques secondes à ouvrir les yeux, laissant ses mains se reposer sur ses genoux. Son visage était différent d'un simple elfe noir. Il avait un teint blanc, mais loin de la pâleur d'un vampire. Les contours de ses yeux et ses lèvres ne semblaient pas être des marques mais de naturels pigments sombres associés à sa peau. L'enfant était divisé entre la surprise et la peur, puis il eut des doutes. Quand ce démon ouvrit ses yeux, Seras avait sursauté. Ses pupilles fines et jaunes rappelaient celles d'un serpent, son iris était rouge avec une sclérotique d'un rouge plus clair.
À la vue de ce regard effrayant, Seras tomba par terre. Il retint un petit cri, son coude avait tapé le sol.

— Qui est là ? prononça le Daedra* avec un ton sévère.

L'enfant hésita à répondre. Cette voix semblait plus grave et sombre. Il se relevait doucement et réfléchissait à la meilleure action à faire. Il n'avait jamais croisé un Daedra, du moins un vrai et d'aussi près. De plus, il n'était pas devant n'importe quelle espèce de Daedra. Il ignorait comment se nommait cette créature humanoïde et douée de parole, mais cette apparence était précisément celle d'un drémora*. Daedra ou non, Seras entendit de nouveau les toussotements. Les mêmes que lors de leur premier rencontre. Le petit elfe se rappela alors qu'il était avant tout devant une personne souffrante. Il se rapprocha de la porte, essayant de répondre correctement.

— C'est moi, Seras, bégayait-il. Je...
— Entre, petit.

Bien qu'il connût son nom, le Daedra ne cessait d'utiliser ce terme par habitude. Il avait baissé le ton et se reprit avec une voix plus calme, même si l'aspect guttural était difficile à cacher. Alors qu'il était en train de remettre sa capuche, il ne regardait pas Seras, qui avait le cœur agité et tremblait en entrant de manière très lente.
La vieille ou jeune créature s'était tournée, assise en face d'un bureau. Seras l'entendit boire une gorgée d'un petit flacon blanc. Il savait que ce genre de récipient appartenait à sa mère et contenait un remède.

— Que viens-tu faire si tard dans la nuit, Seras ?
— Je ne sais pas si vous avez mangé, bégaya encore le jeune garçon. Je vous ai écouté derrière la porte, vous toussez...
— À entendre ta voix, tu as vu quelque chose qui t'a effrayé. Je vais te rassurer de suite. Que je sois un Mer* ou un Daedra, je reste une personne malade et affaiblie.

Au moment où il crut être soulagé, l'enfant vit le drémora se lever en posant le flacon, puis se tenir de profil. La lumière de la bougie, près de la table de chevet, éclairait légèrement sa peau ainsi que ses cornes. Tout en marchant nonchalamment vers le lit, le Daedra s'assit de nouveau sur le bord gauche.

— Comme tu peux le voir, je suis encore loin de me déplacer correctement... Dis-moi, Seras, est-ce une effigie d'Azura que tu portes ?

Ne répondant pas de suite, le petit tourna ses yeux vers sa poupée. Incapable de savoir ce que le mot « effigie » signifiait, il comprit seulement que le Daedra parlait de la poupée. Elle avait l'apparence d'une dame aux longs cheveux noirs et à la robe bleue. Cette femme à la peau grise portait une couronne de fleurs sur la tête, un soleil dans sa main droite et une lune dans sa main gauche.
Seras avança de quelques pas et tenait toujours fermement la poupée.

— Vous connaissez Dame Azura ?
— Oui, la Princesse Daedra* de l'Aube et du Crépuscule. (Il utilisa volontairement le terme de princesse parce qu'il était trop complexe d'expliquer à un enfant l'androgynie) Son royaume est l'un des plus beaux d'Oblivion. Une merveilleuse forêt et une immense cité d'argent... Sais-tu que la princesse vit dans un palais de rose ?

Seras écouta avec attention, imaginant ce monde qui devait être si magnifique.

— Vous êtes déjà allé dans son monde, pour de vrai ?
— Évidemment, je m'y rendais souvent. Je suis un serviteur d'Azura.

L'enfant avait écarquillé les yeux, tant de chance... Il admirait le Daedra.

— Il est tard, petit. Tu devrais aller dormir. Qui sait, tu rêveras peut-être de ce royaume.
— Non, contesta le petit en s'asseyant sur le lit, il se plaça à côté du Daedra. Je veux que vous me racontez comment est exactement ce monde et d'autres mondes si vous en connaissez.
— Seras, nous verrons. Peut-être un autre soir.
— Pourquoi pas demain matin ?
— Demain et pendant la journée, je suis le vieil elfe que tu connais bien. Mais le Dunmer ne connaît pas les Daedra.
— C'est pas bien qu'on vous voit comme ça ?
— Ce n'est ni bien, ni mal. Comme ta première impression, on a peur si on voit un Daedra. Sois sage, Seras.
— Oh, c'est un secret ? fut surpris l'enfant, et ravi d'avoir deviné.
— Oui. Mais écoute-moi bien, Seras. Je voudrais que cette nuit, tout ce qui a vu et entendu, reste notre secret à tous les deux. Ce serait dangereux si l'on apprend que je suis un Daedra.
— Je gagne quoi si je garde le secret ? répondit naïvement l'elfe en souriant.
— Oh, et bien... Tu pourras voir un jour le royaume d'Azura.
— Ah, vous mentez ! répliqua fièrement Seras. Maman m'a dit qu'on ne peut pas aller dans le royaume des Daedra, les elfes et les hommes ne peuvent pas.
— Tu es bien intelligent, approuva le Daedra en souriant. Il est vrai que même moi je ne peux pas t'y emmener. Et puis, la princesse serait furieuse si elle découvre qu'un enfant s'est perdu dans son monde.
— Alors, autre chose ?
— En réalité, je dois te dire la vérité, avoua le drémora en prenant un ton serein. Si tu es malin, tu peux comprendre comme un adulte. Je ne dis pas que tu gagneras quelque chose. Mais garder ce secret t'aidera à ne pas perdre quelque chose.
— Vraiment ?
— Oui. Imagine, si tu révèles ce secret, que passerait-il ?
— On vous met en prison, ou vous quittez la ville ? s'interrogea l'elfe avec inquiétude.
— Non, c'est pire. Aussi simple que cela puisse paraître, on me tuera. (Mais ce mot rendit le petit très malheureux, il s'en aperçut vite et tenta de calmer l'enfant) Non, non, disons plutôt que l'on me fera du mal. Seras, ne pleure pas.
— Pourquoi ? gémit le petit. Vous êtes malade et faible, c'est pas juste qu'on vous tue...
— Cela n'arrivera pas. Et pour éviter ce problème, c'est facile.
— Je dirais à Maman que vous n'êtes pas quelqu'un de méchant ! Elle écoutera.
— Non, Seras. répliqua le drémora en cachant son étonnement. Si tu parles, il se peut qu'on prévienne toute la ville. Tout dépend de toi, il faut que tu gardes ce secret. Tu n'as pas de besoin de récompense pour avoir protégé quelqu'un de la mort. Et en quelque sorte, tu as déjà gagné quelque chose depuis notre rencontre.
— Ah ? se demanda-t-il en reniflant. C'est quoi ?
— Un ami. Mais garde aussi en secret son nom : Caldryn.


~ * * * ~


Les parents du jeune Seras ne se doutaient pas de l'étrange nuit qu'avait passée leur enfant. Le jeune garçon n'avait qu'une joie et une motivation plus grandes pour aider le vieil elfe que tout le monde, y compris les visiteurs, ne parvenait pas à satisfaire. Et le nom de ce Dunmer restait toujours dans l'inconnu.
Mais quand la nuit tombait, Seras, partagé entre l'excitation et la prudence, se rendait chaque soir dans la chambre du sage Caldryn, toujours contraint de retrouver sa véritable apparence la nuit à cause de son manque de magie. Le jeune elfe voulait que le Daedra lui raconte une histoire, ou qu'il lui parle des Daedra car la nuit dernière le royaume d'Azura l'avait fasciné. Le drémora réfléchit et usa d'imagination pour faire rire l'enfant au sujet de Shéogorath, le Prince Daedra de la Folie, qui malgré son sérieux statut de prince divaguait quelquefois au sujet de fromage et de biscuit.
Heureux de voir avec quelle imagination le drémora trouvait de petites histoires amusantes sur les princes Daedra, Seras revint la nuit suivante, ainsi que les autres. Si bien que chaque histoire suivante devait de plus en plus être inventée, le Daedra redoublait encore plus d'imagination au point que les princes eux-mêmes le plaindraient de ses aberrations. Mais le drémora, conscient de ses limites, ne s'imaginait pas rire de tous les seize princes Daedra. Surtout, par exemple, de Molag Bal ; un prince aux vices si interdits que même évoquer son nom devant un enfant serait immoral.
Un autre soir, le Daedra ayant avoué la veille qu'il manquait d'idées, Seras amena lui-même un petit livre. Il voulait que le Daedra lui lise un petit conte bien connu des elfes noirs, « le garçon qui devint un kagouti ». Ne sachant pas que le kagouti était une sorte de gros lézard bipède, le drémora incita le jeune elfe à lire quelques passages à ses côtés. De cette façon, il était sûr que Seras prit compte de la morale de cette petite histoire : être effronté amenait à la punition.

La sixième nuit fut la plus importante de toutes, ce fut du moins ce que le Daedra avait dit à Seras avant que le crépuscule tombe. Moins joyeux et plus attentif que d'habitude, le jeune elfe savait qu'il y aurait quelque chose de particulier ce soir. En effet, le drémora l'attendait, mais son regard était vide et plongé dans le doute.

— Seras, tu te souviens de notre secret, n'est-ce pas ?
— Oui, bien sûr.
— Un des gardes a des doutes. Il m'a vu, en tant qu'elfe, et sait que je suis sur la voie de guérison. Il ne croit pas qu'un simple « vieil homme » peut être soigné si vite. Et si je quitte la chapelle, ils risqueront de m'interroger.
— Je n'ai rien dit, Caldryn. Je ne mens pas !
— Seras, je n'ai pas dit que c'était de ta faute. Je suis simplement inquiet. Il faut que je quitte la ville, mais sans qu'on sache qui je suis. Tout seul, je ne pourrais pas.
— Pourquoi pas dans la journée ?
— C'est évident, les gardes sont plus nombreux.
— Oh, mince... Mais, la nuit, je ne peux pas.
— Je comprends que cela soit au-delà de tes capacités, mais nous y sommes presque. Demain soir, nous nous verrons une dernière fois et je partirai.
— Mais je ne vous verrai plus. Pourquoi vous ne pouvez pas rester ?
— Ce n'est pas ma maison. Je sais que tu seras triste, mais nous reverrons. Seras, ne pleure pas. Nous allons nous revoir.
— Mais où ? sanglota le petit.
— Voyons, tu le sais déjà, répondit le Daedra d'une vois rassurante. Sèche tes larmes, Seras. Je suis un serviteur d'Azura. Tu trouveras un jour son autel, et mon nom t'aidera à me retrouver.
— Et je dois garder le secret, même quand vous partirez ?
— Ton secret rassurera beaucoup de personnes. En restant silencieux, tu éviteras des doutes, des peurs ou la colère des gardes. Crois-moi, Seras, notre secret aidera quelqu'un d'important à grandir : toi. Les années passeront et tu te souviendras que tu as aidé un ami dans le besoin. Tu es sur la bonne voie.
— Merci Caldryn, se réjouit l'enfant.

Il enlaça le Daedra avec ses petits bras. Même s'il essaya de rassurer encore Seras, le drémora sentit que l'elfe pleurait toujours. Ils se remémorèrent toutes ces nuits passées ensemble.


~ * * * ~


Durant cette septième nuit, Seras mena son habituelle et petite fuite de la chambre, le cœur battant de doute et de tristesse. Au lieu de porter son habituelle poupée, il rejoignit le Daedra en apportant trois rouleaux de parchemin vierge. L'enfant avait menti à ses parents pour les obtenir, en prétextant qu'il voulait écrire ou dessiner.
Franchissant la porte et avançant jusqu'à Caldryn, il lui tendit les parchemins. Après une brève salutation, le Daedra avait pris les papiers en remerciant l'enfant. Il s'était tourné vers son bureau pour écrire quelques incantations.

— À quoi ça servira ? demanda enfin Seras.
— Les premier et second parchemins aideront à ouvrir une porte, les gardes ferment certainement l'entrée de la ville pendant la nuit.
— Et le troisième ?
— Petit, quel est le meilleur sortilège pour ne pas être vu ?
— Oh oui, l'invisibilité !
— Bien joué.

Quand il eut fini d'écrire le dernier sort, le drémora enroula les parchemins et confia l'un d'eux à Seras.

— Fais très attention. Une fois déroulé, le parchemin libère la magie.

L'enfant acquiesça par un hochement de tête. Il garda bien le parchemin fermé dans sa main droite puis il suivit le Daedra. Ils partirent en silence, marchant en tout discrétion. Ils quittèrent le couloir, puis, chanceux de ne remarquer personne, ils arrivèrent au rez-de-chaussée. L'enfant avait avancé jusqu'à la porte ouest. Mais avant qu'il ne fasse le moindre geste, le Daedra avait saisi délicatement son épaule. L'elfe se tourna vers lui et le Daedra hocha la tête. Seras ne devait rien faire et garder son parchemin pour plus tard.
Le drémora ouvrit le sien et utilisa son parchemin de déverrouillage. Le texte du parchemin se mit à briller légèrement pendant que le Daedra murmura le sortilège. Puis une lueur orangée s'échappa, en ayant absorbé la lumière des lettres, pour voler jusqu'aux deux battants de la porte. Un léger cliquetis s'entendit, pendant que la lumière se dissipa. Ils sortirent de la chapelle.
La nuit sombre fut baignée par une douce lumière de la pleine lune. Directement dans une rue plus loin, Seras vit la grande porte sud. Selon lui, ce fut par cette direction que le Daedra sortirait. Mais sage, il regarda le drémora pour s'assurer que c'était bien cette porte qu'il fallait ouvrir.

— Il y a des gardes, nous ne pouvons pas nous y rendre de suite.
— Comment on va faire ? fut inquiet l'enfant.
— Il faut les distraire. Je vais les obliger à regarder ailleurs. Attends ici. Et quand les gardes se déplaceront, il faut que tu coures et ouvres la porte.

Il avait les instructions et laissa le Daedra s'en aller plus loin, en prenant la rue à l'ouest. Seras ne bougea pas et observa en silence les gardes. Il attendit une petite minute avant que les deux soldats semblaient perturbés par quelque chose se passant au nord. Ils coururent en remontant la rue principale. Quand l'enfant était sûr qu'ils étaient éloignés, il fonça à son tour vers la grande porte. C'était l'une des deux entrées menant à l'extérieur des grands remparts de la ville. L'elfe se sentit confiant et ouvrit le parchemin. Il lut l'incantation comme le Daedra l'avait fait et la même lueur vola vers les grands et solides battants. Le grincement prouva que Seras avait réussi à utiliser le sortilège. Il poussa avec sa minuscule force l'un des battants, fier d'avoir rendu service à son ami.

Ce qu'il vit par la petite ouverture anéantit toute sa joie.

Loin vers la colline et sa dense forêt, une armée démoniaque s'avança vers la grande porte. Il crut reconnaître des armures mêlées de noire et de rouge. Mais il vit surtout que certains soldats, ou plutôt tous les soldats, étaient des Daedra.
Son cœur ne cessait de s'affoler. Il recula en manquant de trébucher. Ces guerriers allaient arriver... Paniqué, l'enfant regarda son parchemin mais il était devenu vierge. Il était perdu, ne pouvait-il pas inverser le sortilège ? Pressé de chercher un quelconque objet qui l'aidera à écrire, il s'aperçut du contraire. Malheureusement, il ne portait rien lui permettant de rédiger un contre-sort.
Le temps qu'il se tourne pour rejoindre la chapelle, Caldryn était derrière lui. Il resta figé et terrifié alors que le drémora portait un mauvais sourire sur son visage.

— Tu as bien agi, Seras. En rendant un grand service au chef de guerre que je suis. Pour cela, tu auras mes remerciements, et une récompense.

Certain que le Daedra allait le blesser, l'elfe était prêt à courir. Mais le drémora fut plus rapide et agrippa violemment son épaule. Par ses dons naturels, le Daedra matérialisa une dague dans sa main libre. La vue de l'arme spectrale effraya le petit garçon, pourtant il devait réagir. Il tenta de lancer un sortilège de Guérison que son père lui avait appris, l’absorption de santé. Il tendit son bras vers le cou du Daedra et envoya, vivement à cause de la peur, une fumée rouge. Tel un poison, cette substance affecta le Daedra et rendit de nouveau fragile ses poumons et sa trachée. L'effet fit tousser et désorienta son adversaire, dissipant l'arme et lâchant sa prise. L'absorption rendit à Seras l'énergie retirée et apaisa brièvement sa peur.
Il profita de cette occasion pour prendre la fuite. Mais le drémora, touché brièvement, fit demi-tour pour le rattraper. L'elfe vit une petite cavité près du rebord d'une rue et fonça en glissant à l'intérieur. Il continua de courir sous l'air nauséabond et le petit tunnel des égouts pour échapper au Daedra. Celui-ci, conscient qu'il était trop grand pour le suivre, ne put s'empêcher de retenir un grondement.

— Sale petite vermine ! cria le drémora en retenant une toux. Tu n'es plus à l'abri, même sous les pierres de ta chapelle, tu vas mourir !

Par cette menace, Seras craignait le danger. Il hésitait à retourner à la chapelle. S'il sortait, le Daedra le tuerait. Il continua alors sa course dans les eaux sales. Il ne savait pas dans quelle direction il allait, mais il espérait trouver une sortie.
Après les longs échos et le clapotement de l'eau, l'enfant crut entendre des voix à la surface. Il continua d'avancer vers le bruit, jusqu'à ce qu'il reconnaisse la voix de son paternel crier le nom de sa mère. Sûr qu'il était tout près de la chapelle, il vit sur la droite la lumière de la surface que laissait paraître les quelques trous de la plaque d'égout. Regardant vers le haut, il reconnut les murs sombres de la crypte. Cependant, avant qu'il ne fasse le moindre geste, il entendit le bruit d'un métal transperçant la peau. Et la voix de son père était basse, presque inaudible, alors que des pas agités fouillaient les lieux.
Seras retomba dans le tunnel, horrifié par ce son qu'il avait écouté. Il était paralysé entre la mort de ses parents et la peur d'être retrouvé. Il continua sans cesse son chemin pour espérer trouver une sortie vers l'extérieur de la ville. Il mit plusieurs minutes à la trouver. Et quand il découvrit la bonne sortie, les remparts de la ville étant derrière lui et que devant s'étendait la grande forêt, il s’échappa à toute jambe. Il ne se retourna jamais, fuyant pour sa vie.


~ * * * ~


Le Daedra, contraint de quitter son cours de magie d'Altération, devait rejoindre l'entrée de l'Académie de Fortdhiver*. Il se rendit à l'extérieur, dans la grande cour, où un visiteur particulier l'attendait.

L'individu en question portait une robe au teint turquoise avec des bordures dorés. Il paraissait être un magicien avec les manches longues de sa robe. Pourtant, sa robe semblait un peu plus courte car ses gantelets et ses bottes en argent étaient visibles. De plus, il portait autre chose qui mit en garde le Daedra, au point qu'un frisson parcourut ses veines. La personne, portait une amulette avec comme symbole une corne un peu tordue. Le drémora savait que ce collier était une amulette de Stendarr. Et le « magicien » était un prêtre, plus précisément un Dunmer au regard serein mais dangereux. Ses lèvres étaient neutres, ne montraient aucun signe de nervosité et partageaient une once de sévérité avec ses sourcils froncés. D'âge plus ou moins moyen, autour de la trentaine, il avait des cheveux noirs légèrement ondulés et glissant sur ses épaules.
Que cet elfe soit un prêtre ou non, le Daedra gardait son visage caché. Par pur respect, rien d'autre. L'un de ses yeux avaient observé l'apparence de ce Vigile, mais sans le sonder davantage. Le drémora pensait que cet homme pourrait être offensé.
Les yeux du Dunmer ne cherchaient pas à espionner l'élève de l'Académie. Pas encore. Il observait, tout en se présentant, si le Daedra devant lui était armé ou se sentait suffisamment en danger pour utiliser la magie.

— Seras Hleran, meneur des Vigiles de Stendarr de la ville d'Aubétoile*.
— Kriinved, je suis un élève de l'Académie.

Le Daedra resta encore silencieux, alors le prêtre avait avancé pour observer enfin son visage. Kriinved essayait de se cacher en penchant légèrement la tête.

— Je sais que vous êtes un élève. Même si vous portez une capuche, je reconnais la créature que vous êtes. Cependant... Stendarr nous accorde la tolérance. Je ne ferai que vous observer pour le moment.
— Je sais qui vous êtes. Les Vigiles sont des prêtres et des chasseurs de monstres. Vous cherchez à purifier le mal de ce monde en exterminant les lycanthropes, les vampires, et plus particulièrement les Daedra. Mais, vous vous trompez sur moi.

Ses yeux regardèrent enfin le Dunmer, qui ne montra aucun étonnement devant ce visage de drémora. Sous sa capuche, le Daedra dissimulait ses cheveux noirs comme ceux de Seras mais plus lisses. Il cachait aussi ses deux petites cornes sombres, entremêlés dans ses mèches, du haut de son crâne. Étrangement, ses yeux  de serpent avaient quelque chose de différent. Ses lèvres semblaient différentes aussi. Un drémora ordinaire, assoiffé de sang et de destruction, fronçait les sourcils et montrait les dents. Ce Daedra plissait avec neutralité ses lèvres et ses sourcils étaient un peu plus détendus.

— Vous portez un regard plus serein, mais qui n'a de source que votre ruse. déclara Seras.

Afin d'éviter la moindre hostilité, le drémora s'exprima de manière calme, indulgente et honnête.

— Devant vos dieux, je vous dirai seulement et uniquement la vérité. Je ne suis pas une créature hostile ou avide de sang. Je ne sers pas le Prince Daedra de la Destruction, je ne sers même aucun Prince Daedra. Je ne remettrai jamais en doute votre devoir et votre fonction, maître Hleran.

Mais différent du drémora, le Dunmer avait parlé clairement, d'une manière froide et austère.

— Cela est ce que vous dîtes. Si vous ne mentez pas, le séjour que je passerai dans cette Académie ne devrait avoir aucun problème.

Le Daedra inclina sa tête, en signe de pardon.

— Je ne vous causerai pas de problèmes, maître Hleran.


N'écoutant que le mal auquel le Daedra Caldryn l'avait rongé, Seras avait tout fait pour chasser l'élève de l'Académie. Il jugea par l'apparence et le moindre acte de tendresse qu'il remarqua chez le Daedra le répugna. Toute pureté était pour Seras artificielle, les Daedra n'étaient que des abominations manipulant les sentiments des mortels.
Persuadé de prendre la bonne – et la plus cruelle – décision, il enleva le drémora. Il donna pour ordre à ses Vigiles de l'exécuter. Cependant, le Daedra connaissait son innocence. Il se défendit contre les prêtres. Mais il fut contraint de fuir et de vivre en exil. Loin de Fortdhiver.
Seras ne retrouva jamais la trace de Kriinved.


Dernière édition par Vano Vaemone le Mer 11 Mar - 0:54, édité 4 fois (Raison : Ajout du lexique + quelques corrections)
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La rancœur de la pitié
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