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 La Vie (titre à trouver)

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Rena Circa le Blanc
Plume Novice


Messages : 25
Date d'inscription : 18/01/2015

MessageSujet: La Vie (titre à trouver)   Lun 26 Jan - 23:20

Alcid

Partie 1 - Le ballon

Alcid et Gabriel jouent au ballon. C’est la maman d’Alcid qui l’a acheté. Maman, elle dit toujours qu’il faut savoir partager son bonheur. Alors Alcid, tout content d’avoir ce ballon, a demandé à Gabriel d’aller y jouer ensemble. Ils jouent toute la journée et s’éloignent un peu du village. Et ils arrivent au bord de la rivière. Maman dit toujours qu’il faut faire bien attention parce que même s’il sait nager, Alcid pourrait être emporté par le courant de la rivière. Alors il prévient Gabriel, ils doivent être prudents.
Mais le temps passe, et ils oublient les conseils de maman. Et soudain, le ballon tombe à l’eau. Gabriel ne réfléchit pas, et va essayer de le récupérer. Mais les rochers de la rivière sont glissants. Alcid voit son ami tomber à l’eau avec un grand cri. Il ne sait pas quoi faire. Maman dit toujours qu’il faut tout donner pour aider ses amis. Mais qu’il ne faut pas jouer au héros parce qu’on peut mettre sa vie en danger.
Oui mais là, c’est Gabriel qui est en danger. Non, ce n’est pas possible. C’est une blague. Gabriel est l’ami d’Alcid. Il ne peut pas être en danger. Et puis une pensée le heurte. Est-ce que Gabriel peut mourir ? Non, ce sont les méchants des histoires et les personnes âgées qui meurent. Mais alors pourquoi Gabriel ne crie-t-il plus ? Pourquoi ne refait-il pas surface ? Et Alcid ? Pourquoi reste-t-il paralysé au lieu de se lancer à la poursuite de son ami et du ballon ? Pourquoi a-t-il si mal au creux de son estomac ? Pourquoi regarde-t-il, sans pouvoir agir, les eaux tumultueuses avaler ce qu’il reste de la veste rouge de Gabriel ? Pourquoi, soudain, plus aucun de ses membres n’accepte de bouger ? Pas un seul son ne sort de sa gorge, alors qu’il voit disparaître son ami, avec qui il voulait partager son bonheur d’avoir un ballon.



Partie II – Vu par maman.

Ah, mon Alcid. Quand il avait huit ans, c’était un bon gamin. Il était très poli. On lui a rarement fait la morale, avec son père. Mais il avait souvent tendance à se trouver au mauvais moment, mauvais endroit. Parfois, je l’appelais mon petit chat noir, parce qu’il lui arrivait toujours quelque chose. Pour sur, on s’ennuyait jamais avec son père.

Alcid, c’était un enfant très sage, très doux. Et surtout, il était vraiment très gentil. Il aimait partager sa vie avec les autres. Il avait tout un tas de petits camarades. Il y avait Julia, Gabriel, Tao, Asphodèle… et tout le monde jouait avec lui, malgré ses petits malheurs. Ils l’avaient accepté. Les autres l’aimaient bien, il était très ouvert. Il parlait à tout le monde et s’intéressait à tout. C’était un garçon très curieux. Et je pense qu’il était plus intelligent que les autres au même âge. Ce n’est pas parce que je suis sa mère, ses notes prouvent ma bonne foi. C’était un enfant un peu rêveur aussi. Il voulait explorer d’innombrables univers, inventait toujours des objets ou des bêtes bizarres avant de leur donner un nom farfelu sorti tout droit de son monde à lui.
Souvent, il souriait aux anges. Il était comme perdu dans ses pensées, qui devaient nous dépasser son père et moi. C’était un adorable petit garçon, la tête dans les étoiles, à imaginer tant de choses que nul n’a pu voir avant lui. Son père le disait niais et boiteux, mais je pense qu’il ne l’a jamais réellement aimé, parce qu’Alcid était fondamentalement gentil. Je crois même qu’il n’y a jamais eu plus gentil que lui.


Partie III – Vu par papa.

Al’ ? Bah, c’tait une catastrophe ambulante, ce gamin. Déjà petit, il était stupide, mou et il avait cette expression, vous savez, celle des imbéciles heureux. Toujours la bouche grande ouverte, pour qu’on y mette de la bouffe, des mouches, des livres, j’en sais rien moi. Parfois, j’me demande si c’était vraiment mon fils.il m’a fait honte toute ma vie, c’morveux. Et vous savez quoi ? Le pire, c’était l’adolescence.
Après l’incident avec Gabriel, il était plus l’même. Enfin si, c’était bien lui, mais en pire. Je me demandais si on pouvait être plus débile. Bah j’ai pas eu à me poser la question bien longtemps. Bon, la seule chose qu’a changé, c’est les copains. Des humains, en chair et en os, il s’est créé des amis imaginaires. Y’avait m’sieur Chapelain, et m’sieur Dur-Yère. Ah, ouais, moi j’l’appelais comme ça pour l’énerver, parce que lui il l’appelait Molle-Yère ! Alors moi j’disais Dur-Yère !
Et pis il a commencé à faire pousser des plantes que ch’ais même pas si c’est autorisé d’en avoir tellement elles étaient bizarres. Pis il a collectionné les animaux aussi. Surtout ceux qui vivent dans la flotte. Il avait un grain. Sa mère, pauvrette, elle disait « oh regarde notre bébé, c’t’un génie, c’t’un artiste » et d’autres trucs plus stupides les uns que les autres.
Moi j’voulais qu’il ait la tête sur les épaules, alors j’l’ai fais bosser à l’atelier. Ça j’avoue, il faisait du bon boulot. Mais alors, fallait voir la tête d’enterrement du p’tit, y f’sait tout le temps la gueule. Comme s’il était d’venu un de ces fichus poissons et qu’on l’avait foutu hors de l’eau. Les clients, y s’plaignaient pas, mais j’voyais bien qu’ils se d’mandaient c’qu’il avait le p’tit Al !
J’ai bien fais d’quitter sa mère. Putain d’vie gâchée.


Partie IV – Vu par Lise.

Alcid, c’est un homme charmant. Il est poli. Trop poli. Il est avenant. Trop avenant… et puis il est trop discret, trop calme, trop tendre, trop mesuré. Je suis tombée sous le charme de ce qu’il est mais aussi de ce qu’il n’est pas. Chaque fois que mon cœur bat, c’est parce qu’il attend d’Alcid un mot, un geste déplacé, malpoli, démesuré, extravagant. Parfois, je regarde dans son sourire, étiré au millimètre. Mais en regardant dans ses yeux, je sais qu’en réalité, ce n’est qu’une façade. Alcid est incapable de sourire sincèrement.

Alcid est beau quand il ne fait pas ce qu’il ne doit pas faire, et quand il calcule chacun de ses gestes, chacune de ses paroles. Mais il l’est plus encore lorsque tout dérape et qu’il ne sait pus rien, qu’il n’est plus l’homme parfait qu’il voudrait tant être. Je crois qu’il a vécu un drame, et depuis il est dans sa bulle.
Je ne sais rien de son passé. Il n’a jamais dit le moindre mot dessus, et je ne l’ai jamais obligé à parler. Parfois, il s’enferme dans sa serre. Pendant des heures, il regarde les poissons qu’il a pêchés dans le monde entier. Alcid n’est pas un bavard de nature. Mais je sais qu’il parle à ses poissons, avec les yeux. Pourquoi aime-t-il autant les poissons ? Je n’en sais rien. Tout ce que je fais, c’est l’aimer pour ce qu’il est et ce qu’il n’est pas. Il sait tout de moi, je n’ai pas besoin de tout savoir de lui pour le connaître comme si je l’avais fait.
Alcid est fragile. Il est maladroit et renfermé, c’est pour cela qu’il paraît si ouvert et avenant. Il est complexe et désordonné, c’est pour cela qu’il semble si simplet et rangé. C’est un oiseau blessé que je m’efforce de regarder. Il ne veut aucune aide. Il ne veut pas être soigné par autre que lui-même. Alcid est un solitaire, et il m’aime pour mes qualités et mes défauts, pour ce que je suis et ce que je ne suis pas. Et je l’aime aussi pour ça.


Partie V – Moi.

Je vis dans une rivière sans jamais en sortir. Parfois, je suis aspiré par les remous et les courants. D’autres fois, je sors la tête de l’eau. Mais jamais je ne peux quitter les vagues qui m’emprisonnent.
Gamin, je cassais tout et je tombais sans arrêt. La seule raison pour laquelle j’avais des amis, c’était parce que mon sort les faisait rire. A l’époque, j’étais trop jeune et bien trop naïf pour comprendre que ces regards qu’ils me lançaient n’étaient chargés que des pires moqueries. Il n’y avait que Gabriel qui m’aimait bien. Gabriel était mon ami. Les autres n’étaient que de sales putois. Je les aimais bien quand même. J’aimais tout le monde. Et puis il y a eu le jour du ballon. La rivière, les avertissements, l’insouciance.
Gabriel est tombé, je n’ai pas compris ce qui se passait. Je sais que j’aurais pu le sauver… si seulement j’avais réagi à temps !
Mais voilà, j’avais été pétrifié par la peur. Et une partie de moi voulait croire à une simple blague. J’étais terrifié et fasciné à la fois. Il avait été submergé pendant qu’il hurlait mon nom, et ce cri qui m’avait glacé d’effroi, retentit encore dans mes rêves les plus sombres. Alc… puis le flot qui recouvrait le corps du seul véritable ami que j’ai eu. Ce qui aurait du me motiver à bouger mes muscles pour voler à son secours, m’avait au contraire, figé sur place.
Depuis, c’est comme si j’étais lui. A sa place. Je veux comprendre. Pourquoi, comment. Pourquoi n’ai-je pas été plus fort que cette peur ? Pourquoi ne suis-je pas mort à sa place ? Quelle a été sa dernière pensée ? Savait-il qu’il allait mourir lorsqu’il a crié mon nom une dernière fois, gardait-il espoir de rester en vie ou bien était-il inconscient lorsque les eaux lui ont retiré son dernier souffle de vie ? Comment puis-je vivre alors qu’il est mort par ma faute ? Qu’est-il devenu ? S’est-il transformé en poisson ? Son âme a-t-elle disparu à jamais ou bien vit-elle quelque part, ailleurs ? Ou l’a-t-elle accompagné au fond de cette rivière ?

J’ai fais des poissons ma passion, mon métier. Et parfois, entre deux flots de la vie qui me submergent, je parle à mes poissons. Je leur raconte, je leur demande. Pour moi, ils s’appellent tous Gabriel. Mon ami vit à travers eux.
J’ai trouvé mon âme-sœur. Elle me sort la tête de l’eau, comme mes poissons. Je sais tout d’elle, et elle n’a pas besoin de tout savoir de moi pour me connaître et me comprendre. Elle m’aime pour mon calme apparent et les sautes d’humeur que je n’aurai jamais. Elle seule, m’a vraiment compris. Je suis incapable de sourire, je suis incapable d’être heureux, parce qu’avec Gabriel, je suis mort aussi. J’ai tenu à m’enfermer dans les livres et la comédie. Chaplin et Molière ont été mes guides spirituels. Je me suis coupé des hommes, parce que s’ils ne sont pas méchants, ils se voilent la face ou meurent dans une rivière bruyante. Lise est mon âme-sœur. Elle m’aime pour ce que je suis et pour ce que je ne suis pas. Et les poissons sont mes enfants. Je les ai appelés Gabriel pour qu’il vive à nouveau.

Je m’appelle Alcid, et lorsque j’avais huit ans, j’ai regardé mon ami mourir sans savoir quoi faire.


Dernière édition par Rena Circa le Blanc le Lun 26 Jan - 23:23, édité 1 fois
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Rena Circa le Blanc
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MessageSujet: Re: La Vie (titre à trouver)   Lun 26 Jan - 23:20

Cuffingham

La semaine dernière, mon père est mort. Il a suivi ma mère qui a succombé, il y a déjà quelques années, d’un AVC. Etant leur seul et unique enfant, j’ai du rassembler les affaires qu’il restait dans leur maison pour me décider de mettre ou non cette dernière à la vente. Ayant déjà moi-même un grand appartement, je ne peux pas assurer les frais de deux foyers.
C’est en ouvrant cette vieille boite en métal rouillé, que tous les souvenirs ont ressurgit d’un coup. A l’intérieur, entre quelques lettres d’amour, de vieilles bagues et des bougies n’ayant servi qu’à moitié, se trouvait un objet poussiéreux, un vieil ami oublié depuis longtemps. Oublié, et à la fois toujours présent. Cela faisait au moins vingt ans que je ne l’avais pas vu. Au moins vingt ans que je ne cherchais même plus à le retrouver. Cet objet a participé à ma vie d’enfant, et aucun autre n’a jamais su le remplacer. Je n’ai même pas cru ce que je voyais, quand j’ai aperçu sa forme significative en ouvrant cette boite à souvenirs que gardait précieusement mon père. Immédiatement les larmes me sont montées aux yeux, alors que passaient devant eux les images de ma jeunesse passée avec ce compagnon d’aventures. Il m’a fallu quelques minutes pour me remettre du choc émotionnel et trouver enfin le courage de me saisir de l’objet, pour me prouver qu’il était bel et bien là. Aussitôt, j’ai retrouvé mes cinq ans et demi, l’odeur de parfum à la rose de ma mère, les chemises rayées de mon père, le bruit grinçant des escaliers en bois de notre maison, et les aboiements frénétiques des lévriers de notre voisin de l’époque.
En passant le doigt sur la poussière, qui avait transformé mon ami en statue de sable, j’ai retrouvé toutes les aspérités et toutes les couleurs – ou presque – de celui qui rythma mon existence pendant près de dix ans. Et c’est seulement à présent que je comprends le sens de ma vie.

Il s’appelait Cuffingham. Cuff pour les intimes. C’était une petite statuette d’environs 7cm de haut qui ressemblait à un homme de la noblesse dont la seule caractéristique inédite était sa tête allongée de reptile. Il était soudé à un socle aux bords arrondis, pour tenir debout. Tournant légèrement la tête sur le côté, avec un regard malicieux, il se tenait outrageusement droit et souriait sans montrer ses crocs. Il portait une longue veste blanche à queue de pie, dont les bordures étaient dorées et dont le col ressemblait à celui d’un monarque, col qu’il ajustait fièrement de ses mains gantées. Ses bas étaient aussi blancs que sa veste, montants jusqu’à son pantacourt qui était gris. Enfin, il possédait aussi des chaussures noires cirées, tout à fait représentative de l’époque dont son créateur avait voulu le tirer. Son créateur, c’était mon père. Il me l’avait offert, quand je n’étais encore qu’un petit garçon qui aimait fabriquer des maquettes d’avion et jouer au train mécanique. Moi qui préférais à cette période les machines aux personnages, j’en fis pourtant le héros de toutes les histoires que j’aimais alors imaginer. Nous devînmes vite inséparables, et je pus trouver en Cuff le confident et le meilleur ami que je n’avais jamais eu.
Cuff me suivit donc jusqu’à mon adolescence, où il restait le chef de guerre, le duc, le prince de toutes mes péripéties. D’autres personnages le rejoignirent, mais aucun n’eut une telle importance pour moi que celui-là. Cuffingham était au centre de mes histoires, de mes travaux à l’école, de mes discussions… au centre de ma vie en réalité.

Et puis mes parents décidèrent de déménager. Mon père avait eu une offre d’emploi, et nous avions quitté notre petite maison de village, pour nous retrouver dans une autre bâtisse, plus grande, plus confortable… mais dans un quartier infiniment plus bruyant puisqu’il s’agissait d’un des plus grands de Paris.
J’ignore comment cela avait bien pu se passer, mais le jour de l’emménagement, Cuff manqua à l’appel. Il n’y avait qu’une seule raison à cela : je l’avais oublié dans mon ancienne chambre, lorsqu’il avait fallu monter dans le camion qui nous emmènerait loin de mon village d’enfance. Cependant, je savais une chose : je n’avais pas pu l’oublier. C’était purement et simplement impossible. Du haut de mes douze ans, je suppliai mes parents de retourner à notre ancienne maison pour récupérer mon ami, mais ils me firent comprendre que je n’avais pas besoin d’un jouet d’enfant pour vivre, et que je devais apprendre à grandir. Je passais des jours à penser à mon infortuné compagnon, devenu solitaire, des nuits à pleurer son absence.
Mais comme me l’avaient dit mes parents, je finis par grandir. Sans vraiment l’oublier, je pus faire le deuil de cette perte inestimable. L’époque du collège, ne fut pas bien différente que celle de l’école, à l’exception de ce cruel manque de compagnie. Je ne recherchais pas particulièrement l’affection des gens, mais une présence, même immobile, m’apaisait. C’est pourquoi, intuitivement, je me tournai vers l’Histoire, puis la préhistoire. Au lycée, mes capacités en sciences, en biologie et en archéologie me guidèrent vers l’Histoire naturelle.
Puis vint ma vie d’adulte. Après m’être spécialisé dans la paléontologie, et avoir voyagé à travers le monde entier à la recherche de fossiles, tous plus impressionnants les uns que les autres, je rejoignis les plus grands savants d’Europe, pour parfaire les recherches sur les sauropodes du jurassique, du trias et du crétacé. Au jour d’aujourd’hui, je suis un expert en dinosaures carnivores, et je me rends compte que je ne dois pas cela au simple hasard.
Toutes mes envies, toutes mes recherches, toutes mes fouilles, toutes mes idées sur ces monstres majestueux d’avant l’Histoire, je les faisais parce que j’en avais besoin. Parce que je voulais retrouver mon ami, mon Prince, mon seigneur d’enfance. Chaque bête que j’ai découverte, exposée au grand jour, déterrée, dépoussiérée, heure après heure, jour après jour, semaine après semaine, chaque créature qui m’impressionnait par sa taille et son aspect de seigneur de son temps, n’était en fait qu’une reproduction de ce que je recherchais réellement : Cuffingham.

A présent, je comprends. Je n’ai plus besoin de déterrer des dinosaures. J’ai trouvé la seule chose qui manquait à mon bonheur. Toutes mes histoires, tous mes rêves d’enfant, tout ça est avec lui. Il est temps de passer à autre chose. Le passé est une notion abstraite, je le laisse à ceux qui ont du temps à perdre.
Quand j’étais enfant, je rêvais d’être écrivain, et de raconter les fabuleuses aventures du monarque déchu d’un royaume oublié, Sire Cuffingham. Pour ça, rien de plus simple : du papier, un crayon, et un peu de courage. Mais avec Cuffingham à mes côtés, je suis invincible.
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Rena Circa le Blanc
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MessageSujet: Re: La Vie (titre à trouver)   Lun 26 Jan - 23:25

L'Aurélie Alambiquée


Comme toutes les personnes précieuses, Aurélie avait tout un tas de manières, aussi alambiquées les unes que les autres. Alors qu’il suffisait à certains de lever la tête pour regarder la forme des nuages, elle faisait mille gestes de son buste et de ses mains, comme si cela allait influencer la position desdits nuages. Chaque mouvement se voulait gracieux et devenait inutile, chaque parole se souhaitait censée, et prononcée de la plus belle des voix, et Aurélie se retrouvait à agacer son entourage avec des phrases faussement chantées…
Son énorme derrière, constamment posé sur le plus beau fauteuil qui lui était réservé, se rehaussait de façon grotesque lorsqu’elle voulait jouer à la Dame. Et sa bouche en cul de poule n’impressionnait réellement personne.

Certains jours, Aurélie avait sur les lèvres un soleil rayonnant de bonheur, qui la rendait presque plus belle que ses domestiques. Les jours de sourire rayonnant, elle donnait congés pour la journée à son armée de domestiques, bien qu’une fois seule, elle se retrouvait affamée car totalement incapable de préparer la moindre salade. Mais elle n’en avait que faire. Elle partait ensuite se joindre à la foule de manants et de gueux qui faisaient le marché, déguisée comme l’un d’eux, et oubliant ses bonnes manières de Dame.
D’autres jours, Aurélie avait un air d’Hankou, et se trouvait d’humeur absolument massacrante. En général, ces jours-là suivaient ceux qui l’avaient vue se lever avec un sourire radieux. En se couchant alors, elle était si affamée et révoltée à l’idée qu’elle pouvait, à l’instar de ses domestiques, se trouver sans le sou, qu’elle n’en dormait pas de la nuit. Le lendemain, ainsi que les vingt ou trente jours suivants, étaient amers.
Pour palier à cette baisse d’humeur et de moral, elle faisait ce que toute personne appartenant à la noblesse faisait : elle invitait des amis à ses banquets et autres bals masqués, où elle faisait toujours en sorte que l’on remarque son intelligence creuse et sa beauté inexistante. Puis, elle faisait ce sport d’homme, que son mari, mort quelques années auparavant, lui avait enseigné : chaque après-midi, en compagnie de quelques gentilshommes qui partageaient sa passion, ainsi que de quelques domestiques chargés de s’occuper des chiens, elle partait à cheval dans les collines de son territoire… ou plutôt dans le territoire de son défunt mari.
Jusqu’à la tombée de la nuit, elle tirait faisans, grives, bécasses et autres canards, qu’elle laissait sur place. Après tout, elle avait déjà une large réserve de nourriture. Que pourrait-elle faire de tout ce gibier ? L’offrir aux gueux qui mouraient de faim au portail de son immense domaine ? et puis, c’était avant tout pour le plaisir de savoir qu’elle valait mieux que tous ces laquais, paysans, et surtout ces vulgaires bourgeoises – dont elle faisait bien évidemment partie – qui se prenaient pour des dames de noblesse, et qui avaient pour la plupart, épousé un homme dans le seul but d’hériter de son nom et de ses terres.

Un de ces jours où elle se pavanait au milieu de prétendants et de comtesses, au cours d’un énième banquet, elle y rencontra Camille, qu’un de ses amis chasseurs lui présenta. Etrangement, Camille sembla présenter toutes les particularités qui différenciaient Aurélie du reste du monde. Cela tombait sous le sens, et pourtant, personne d’autre ne semblait avoir compris la subtilité qui unissait les deux femmes. En se présentant, Camille avait ce regard et ce ton de voix qui ne trompait pas.
Camille était une manipulatrice et avait joué les miroirs face à Aurélie pour la mettre en confiance. Elle était née pour faire chanter le monde à son rythme et à sa façon. Dès que leurs regards se croisèrent, Aurélie se dit qu’elle pouvait probablement profiter de l’aubaine, et devenir comme cette nouvelle connaissance. Pouvoir comprendre les pensées des autres d’un seul coup, être capable de les rabaisser plus encore sans en avoir l’air, et tout en entrant dans leurs bonnes grâces. Et ainsi se venger sur ses valets et ses bonnes. Parce qu’elle s’était bien rendue à l’évidence qu’ils l’observaient parfois, et tournaient ses manies au ridicule. Elle voulait qu’on en fasse plus encore pour elle, et sans avoir à quémander cette fois.
Les premières semaines, à force d’étudier ses manières et son comportement, elle se rendit compte qu’elle parvenait à jouer, elle aussi, avec ce pouvoir merveilleux dont était dotée Camille. Et mieux encore, elle avait conscience de ce talent, qu’elle avait aussi utilisé à l’encontre de cette « nouvelle amie » grâce à qui elle parvenait à faire tourner la Terre dans le sens qui lui plaisait. Elle avait réussi à manipuler même la jeune femme qui lui servait de modèle.

Mais chassez le naturel, et vous verrez qu’il revient toujours au galop. Au bout de quelques temps, qu’elle était persuadée de pouvoir mener son monde à la baguette comme on guide un âne avec une carotte au bout du fil d’une canne à pêche, elle comprit, qu’en réalité, elle ne trompait bien qu’elle, depuis le début. Ses domestiques n’avaient jamais cessé de se moquer d’elle alors qu’elle se croyait définitivement hors d’atteinte, telle la colombe que la bave du crapaud n’atteint pas. Et ses jours de face d’Hankou se firent plus nombreux.
Elle multiplia ses contacts avec Camille, sans succès. Elle redoubla d’effort à la chasse, mais cela ne lui fit que provoquer la mort de plus d’oiseaux.
Oubliant alors l’idée de devenir la maîtresse de toutes les marionnettes qui l’entouraient, elle se laissa retomber dans ses travers. A quoi bon vouloir se changer, si au final, elle restait la même ?
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Rena Circa le Blanc
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MessageSujet: Re: La Vie (titre à trouver)   Lun 26 Jan - 23:27

Sueurs froides du Pacifique


Elle est passée partout. Dans tous les endroits farfelus que la Terre a bien voulu lui fournir, par tous les moyens imaginés et créés par l’être humain, dans toutes les conditions possibles et imaginables.
Pour en arriver là. Dans cet endroit qui lui sied tant, dans cet environnement où elle se sent sœur de toutes ces gracieuses créatures ondulantes, vagabonde des ondes marines, princesse de l’eau, reine des profondeurs.

Après s’être retrouvée phénix parmi les oiseaux, fendant le ciel de sa large voile dorée avec agilité, après s’être mise dans la peau d’un dragon en gravissant les plus hauts sommets à l’aide de sa souplesse naturelle, après avoir revêtu la carapace du légendaire Sphinx en affrontant la chaleur du Sahara, elle a besoin de changement. Toutes ces bêtes aux ailes grandes ouvertes l’ennuient. Elle veut autre chose, elle veut voyager dans un endroit qu’elle n’a pas encore exploré. L’eau lui a toujours fait peur ; mais les sensations qu’elle recherche sont fortes. Et elle n’en éprouve plus.
Alors soit, elle n’a qu’à tenter le tout pour le tout. Bien des gens aiment l’eau, pourquoi aurait-elle peur ?
Pourquoi ne pourrait-elle pas, à son tour, trouver ce qu’elle recherche vraiment, trouver cet aboutissement, cette apologie de l’extrême ?

Elle a mis son masque sur ses yeux. Elle ne peut plus respirer que par la bouche.
Elle s’est entraînée pendant un mois entier. A contrôler sa peur, à contrôler sa respiration, à contrôler ses gestes. Deux niveaux en un mois. Elle est armée pour affronter cet environnement dont elle ignore tant de choses.
Elle s’assoie sur le rebord caoutchouteux du zodiac lui servant de moyen de locomotion pour la journée, réajuste les sangles de son gilet, exerce à deux reprise une pression sur le côté de sa bouteille pour voir si elle y est bien attachée, teste le détendeur pour voir une dernière fois s’il n’y a rien qui cloche en appuyant sur le clapet, et lorsque la réponse, sous forme d’un souffle bruyant et glacé, lui revient au visage, engloutit le dentier qui la reliera dans quelques instants à la vie. Une inspiration, une expiration. Dernière vérification concernant ses palmes. Elle voulait utiliser un monopalme, car pour elle, une sensation extrême se vit à fond ou ne se vit pas du tout, mais l’outil était trop difficile à manier pour elle. Le but n’était pas de mourir bêtement. Sa main vient se placer de façon protectrice sur son masque et son détendeur, pour les tenir en place lorsqu’elle heurtera la surface aqueuse de l’environnement de tous ses cauchemars.
Elle ferme les yeux et bascule d’un coup en arrière. Personne ne la suivra ; personne ne l’a jamais suivie. C’est une grande fille, elle a toujours su se débrouiller. De plus, elle préfère voyager en solo. Le danger, c’est la seule chose qu’elle ne souhaite partager avec personne. C’est pour elle, pour elle seule. Mère de famille, elle a tout donné, elle veut garder cette unique chose.
Le choc ne se laisse pas attendre, elle fend la surface pour plonger d’un coup, enveloppée par cette fraîcheur qui lui procure déjà des sensations nouvelles. Les récifs coralliens, c’est une bonne idée, avait dit son entraîneur de plongée. Quelle sensation ! Cela faisait longtemps qu’elle n’avait pas vécu chose pareille, qu’elle n’avait pas senti son cœur battre aussi fort dans sa poitrine. Elle n’est plus dragon, phénix ou sphinx. Elle est bien mieux que cela. Elle est sirène, elle est ondée parmi toutes les autres.

Son moniteur de plongée lui avait bien dit que le pacifique était une merveille à savourer, mais qu’il était dangereux, et qu’il ne fallait pas plonger seule. Peu importe à présent, elle sait parfaitement qu’elle est dans son environnement, ici. Chez elle, enfin. Femme qui a toujours cherché sa véritable place dans un monde où les vautours sont les seuls à se régaler des restes de leurs confrères qui ont eu la malchance de laisser leur peau ici. Encore des créatures ailées.
Elle n’a jamais fait partie des animaux à plumes, elle le sait à présent. Son nom lui-même est une référence à ce qu’elle est réellement. Ondine. Ce qu’elle a toujours été. Et elle n’en prend conscience qu’à présent qu’elle est cernée par ses sœurs éternelles, qu’elle a pourtant rejetées depuis son enfance, qu’elle a renié au profit de la terre, de l’air et du feu. Derrière son masque, elle sait que l’eau lui sourit, heureuse de voir une de ses innombrables filles comprendre enfin le sens de sa vie. Heureuse.
Elle se laisse happer par les eaux turquoises et calmes qui l’encerclent, attendant d’avoir pris suffisamment d’assurance pour s’enfoncer plus avant dans cette nouvelle demeure qu’elle a déjà hâte d’apprendre à connaître. Rien à voir avec la piscine. Rien à voir avec ces quatre semaines enfermée à l’intérieur de cet endroit où elle a fait son baptême et où elle a passé son premier puis son deuxième niveau. Ici, tout est si féérique, tout est si merveilleux, tout est si différent de la réalité de la surface ! Comment a-t-elle pu passer à côté de ça pendant si longtemps ?

Après quelques inspirations bien contrôlées, elle commence à réellement observer ce qui l’entoure. Les récifs coralliens sont véritablement des chefs-d’œuvre de la nature ! Et ce silence ! Si solennel, si tranquille, si doux… Elle pourrait se croire à l’origine, quelques secondes avant sa naissance, comme un fœtus. Un tout petit bébé qui n’est pas encore né. Si ridicule comparé à cet océan immense.
Jetant un dernier coup d’œil à l’ombre que jette le zodiac, elle descend ensuite en tournant autour de la chaine de l’encre, lentement, au rythme des bulles qui s’échappent de son détendeur, tel un prédateur à l’affut de la moindre faille. Jusqu’à ce qu’une nouvelle ombre vienne troubler le tableau en différentes teintes de bleu qui lui fait face. Là, elle s’arrête, s’accroche à la chaine qui teinte tendrement à son contact, et observe l’ombre.
Son moniteur de plongée lui avait dit qu’elle devrait s’attendre à trouver des baleines, ou des bancs de dauphins, mais qu’elle serait obligée de faire attention aux requins. Qui ne pardonnent pas. Pour eux, toute chose vivante est une proie. Les Peau Bleues sont les plus dangereux : en masse, ils ne font qu’une bouchée d’un élément solitaire. Il suffit de regarder un Grand Blanc dans les yeux pour qu’il se détourne, car il n’aime pas attaquer une cible qui sait quel est son futur meurtrier.

Alors elle attend. Elle attend de savoir s’il s’agit d’un bon ou d’un mauvais présage ; au pire, elle a son couteau, attaché à son mollet droit… Mais il ne faut pas penser dès à présent qu’il s’agisse d’un requin, elle a une chance sur… allez, requins, marsouins, dauphins, baleines. Disons qu’elle a une chance sur quatre de tomber sur le mauvais lot. Et plus la forme se rapproche, plus elle est confiante. Jusqu’à ce qu’elle observe qu’aucun bec ne précède la masse énorme et sombre qui vient à sa rencontre. Elle n’a alors plus le choix entre le requin et le marsouin… or le second choix est peu envisageable, étant donné l’épaisseur de son corps massif et le peu de mouvements qu’il semble effectuer pour se déplacer. Ses nageoires, elles aussi, sont bien différentes de celles d’un de ces mammifères.
En seulement quelques secondes, le nouveau venu a franchi les quelques disaines de mètres qui le séparait de la plongeuse. C’est un requin. Et pas des moindres, un grand requin blanc, une de ces créatures gigantesques qui laissent sans voix ; un de ces monstres des océans qui font si peur aux petites filles ; une de ces bêtes de cirque qui n’ont jamais le beau rôle ; un de ces animaux qui sont gracieux et souples dans leurs gestes, qui sont à deux doigts de passer sirènes mais qui n’obtiendront jamais ce rang à cause de leurs mâchoires dignes du Kraken.
C’est absolument extraordinaire pour elle. Une telle rencontre, en plein océan pacifique, lors de sa première plongée hors d’une piscine. Il ne semble pas avoir besoin de bouger pour se déplacer, sa vitesse ressemble à celle des vaisseaux spatiaux du dernier film qu’elle a regardé, avec son mari. Et le soleil joue avec les vagues en dessinant des formes inédites sur son dos à chaque seconde.

Il s’avance vers elle, et tandis qu’elle l’observe, tétanisée, lui tourne autour, exactement comme elle a fait quelques secondes auparavant avec la chaîne de l’encre… de son œil, il la regarde. Il ne possède pas de nom, mais il ne s’en porte pas plus mal. Il n’en a pas besoin pour vivre, pour savoir qui il est. Il sait qui il est, cela lui suffit. Jamais il ne doute, jamais il ne fuit. Il n’a pas besoin non plus de ces choses frivoles que sont les sensations fortes, les films, les livres, la musique, l’alcool et tant d’autres choses encore dont a besoin cette chose qu’il a devant lui. Il mange, il vit. C’est tout. Cela lui suffit. A quoi bon chercher plus loin ?
Effectuant avec lenteur et finesse son ballet majestueux autour d’elle, bougeant tout en paraissant immobile, il la menace sans le faire de ses dents aiguisées. Comme un parrain de la mafia qui irait rappeler à un ennemi qu’il est le plus fort, avec ses mots aigres-doux, avec sa voix tendre mais ferme. Si elle fait un seul mouvement, elle est morte. Elle le sait. Et pourtant, elle est comme hypnotisée par cette danse macabre qu’il improvise près d’elle, pour elle. Ne pas le quitter des yeux, ne pas le quitter des yeux. Respirer, toujours respirer. La bouteille, c’est la survie.

Finalement, il est plus curieux qu’affamé. Il ne cherche pas à la provoquer, à trouver la faille sous le regard qu’elle n’ose pas détourner de lui, il ne cherche qu’à l’étudier comme elle l’observe. Il a rarement vu des spécimens du genre. Petit queue-plate, il a vu ; grand queue-plate, il a chassé ; grand noir-et-blanc, il a fui ; petit-et-gros, il a traqué. Mais cette chose-là est toute nouvelle pour lui. Elle ne ressemble à aucune autre. Elle aurait sans doute un goût innovant, mais est-il essentiel de penser à manger, tout de suite ? Ne peut-il pas jouer un peu avant ? Petit-et-gros, un bon jouet. Cet étrange animal à la queue bien longue et séparée en deux comme cette dernière lui fait penser à petit-et-gros. Il aime jouer avec petit-et-gros. Celle-là lui ressemble, avec une queue plus grande. Aussi élégante que petit queue-plate. Mais pas aussi grande.
Peu importe. Il s’approche, pour connaître l’odeur de ce qu’il a soudain eu envie de connaître sous « petit queues-longues » et ce dernier sent… Odeur d’œstrone, odeur de froid, odeur piquée… La femelle. La peur. Seul dopant pour lui. La peur. Il ne lui suffisait que cela ! Il s’approche plus encore, il sait qu’elle va faire une erreur, tôt ou tard. Et cette erreur sera fatale. Déjà, les bulles qu’elle jette et qui rejoignent leur élément naturel sont éjectées plus rapidement, ses petits yeux derrière leur grand voile sont plus écarquillés, tout à coup. Oui, il va jouer, il va tester petit queues-longues.

Elle sait qu’il vient de s’approcher, elle sait que c’est dangereux. Elle sait qu’il ne peut pas résister à ses instincts primaires très longtemps. Il continue ses rotations, toujours plus proche d’elle, toujours plus dangereux. Son cœur bat si fort qu’elle éprouve du mal à respirer, ses sensations sont fortes, très fortes, trop fortes. Peut-être va-t-elle rester ici indéfiniment, à observer le squale faire des pirouettes dans l’eau avec sa beauté naturelle… non, pas indéfiniment.
Il donne quelques coups rapides de nageoire, il dodeline de la tête vers elle, ouvrant légèrement la gueule pour connaître ses réactions, et elle ne tarde pas à les montrer. Finalement, il la frôle, il la caresse presque de son corps, la tendre chair de sa proie en devenir se tend sous l’effet du stress. Mais elle n’ose bouger. Pour sentir, encore, cette sensation forte qu’elle éprouve ; pour repousser ses limites de mortelle ; pour voir si elle est capable d’aller plus loin.
Finalement, elle tend la main vers lui, doucement, pour le caresser, elle aussi. Pour jouer, sans doute. Entre eux se déroule alors une sorte de langage silencieux, comme s’ils se connaissaient depuis longtemps. L’un tourne en cercle autour de l’autre qui l’observe aussi longtemps que faire se peut ; se touchant de temps à autres, s’éloignant puis se rapprochant. Elle prend de plus en plus d’assurance, lui aussi.

Lorsqu’une dernière fois, il s’éloigne quelque peu d’elle, gardant toujours un œil fixé sur cet être nouveau qui a franchi les portes de sa connaissance, elle entend un étrange bruit à ses côtés, un bruit de bulle qui n’est pas celui de son détendeur puisqu’elle n’expire plus. Elle tourne la tête. Le tuyau qui reliait la bouteille à son gilet se met à tournoyer follement, laissant l’air s’échapper à son gré jusqu’à la surface. C’en est trop pour lui, c’est un signe.
Il fonce alors sur la pauvre créature sans défense qui n’a d’autre réflexe que celui de mettre la main devant son visage, se privant ainsi de sa dernière échappatoire en cachant l’image du prédateur à ses yeux paniqués. Les dents cauchemardesques s’ouvrent enfin pour se refermer inévitablement sur elle, le bras de la pauvre femme n’ayant finalement pas servi à grand-chose…

Ondine, parmi les siennes, dans une couleur qui, si elle n’avait été celle du sang, aurait été appréciée par bien des amoureux de la poésie…

Finalement, peut-être aurait-elle du se rendre compte qu’il y a une limite à tout et se contenter de ce qu’elle avait.
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Rena Circa le Blanc
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MessageSujet: Re: La Vie (titre à trouver)   Lun 26 Jan - 23:28

Mal à l’aise…


Est-il possible de la sentir ? Cette menace qui pèse soudain sur les épaules devenues frêles ?
Tout autour, les bruits se sont tus, remplacés par cette vague sonnerie immuable, un do mineur, un son parfait, qui fait monter la chaleur accompagnée par son éternel rouge aux joues, et aux oreilles. Ce son donne tellement chaud que l’eau veut à tout prix s’échapper du corps figé, et se forme en gouttelettes malheureuses au bord inférieur de chacun des yeux ; pendant ce temps, plus aucun brin d’air ne rentre ou ne sort des poumons glacés par l’horreur, et le cœur a du mal à battre sur un rythme régulier. Avoir été si certain de soi, si respectable d’ailleurs pour cette noble qualité. Est-il possible d’observer sans pouvoir l’abattre ce qui tord le cœur en tous sens et provoque en l’être ce son si monstrueux et si blessant, de ne plus savoir où se mettre, de désirer ardemment fuir cette réalité malsaine, de souhaiter si fort devenir aussi petit que des grains de sables, sans savoir que c’est déjà exactement la réalité ? Il semble que soudain, tous autour se tournent et rient à gorges déployées, regardez, regardez et moquez-vous.
Les yeux restent fixés malgré eux sur cette chose, cette abomination. Rêve de l’arracher à son point d’attache comme rendu à la séparation du pauvre navire spirituel, se perdre loin du confortable engin si agréable à sentir lors d’une tempête. C’est tempête, et plus de bateau.
Un homme à la mer...
Personne n’entend. Autour, la vie continue comme pour faire plus mal encore. Souhaiter que quelqu’un vienne en aide alors que le mal est déjà fait, et cependant, refuser en même temps que qui que ce soit ne se tourne et ne s’approche, que ça soit par amitié ou pitié.
Rien ne bouge, passer d’être vivant à poupée de cire qui se fond sur elle-même.
Se dire « Malheur. Malheur, que se passe-t-il ?! »
Puis ce goût atroce dans la gorge, comme si l’estomac n’était pas bienheureux, comme le reste du corps, de ce que les yeux voient. Cette inondation buccale, causée par la peur, la peur de ce qu’ils voient, ces yeux. La bouche n’ose même pas s’ouvrir, les mâchoires se contractent, le souffle se fait saccadé. Malheur. Souffle saccadé par les multiples coulées, le corps tout entier se noie sous un flot d’incompréhension. Et comme il est impossible de détruire directement ce qui cause tout cet embarras, l’envie de frapper la chose la plus proche et la plus importante pour cet objet de tant de délires, et en même temps, le besoin irrépressible de ne pas se trouver là, d’avoir fais d’autres choix, d’avoir eu une autre vie, de ne jamais avoir été là, de ne jamais avoir existé. Une vague idée de suicide, qui s’évapore au moment du contact avec l’esprit. Mais qui l’a touché tout de même. Avant d’être repoussée vers de plus lointaines planètes spirituelle. Ne pas être assez faible pour en venir à une telle bassesse, ne pas avoir assez de cran pour appuyer sur la détente. Et puis garder cette petite flamme qui réchauffe un tant soit peu le cœur, seul organe encore en marche, même s’il fait mal en battant son rythme régulier.
Est-il possible de perdre les pédales aussi facilement ?
Est-il possible de se reprendre ? Se retrouver comme avant ?
Non.

Il est impossible de redevenir un jour comme avant ce moment fatidique qui a, un instant, fait vaciller tout un corps sans l’avoir poussé, sans l’avoir touché. Qui n’éprouve aucune compassion. Qui n’éprouve aucun sentiment, d’ailleurs.
Haïr cet objet de toutes les peurs, de tous les malheurs. Cette chose créée par des semblables. Trahison. Rêver d’être quelqu’un d’autre, d’être autre chose, un animal ou une plante, pourquoi pas ? La vie serait si facile alors, plus de questions, plus de recherche de soi ou des autres. Juste vivre.

Mais la flamme fait doucement fondre le gel qui s’est emparé de tout le corps, les poumons se remplissent et se vident d’air, reprenant doucement un rythme aussi régulier que celui du cœur. Les larmes ne veulent toujours pas revenir et l’une d’entre elles décide de dévaler la pente rose. Pour se perdre dans les limbes. La flamme force l’esprit à croire qu’il ira mieux d’ici quelques temps, qu’il sera en mesure de parer la prochaine vague, de trouver un nouveau navire.

Mais ce n’est en fait que le début…
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