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 La mémoire des loups

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Myeko
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MessageSujet: La mémoire des loups   Ven 23 Jan - 9:39

Alors cette fanfic basé sur l'univers de Sonic est assez vieille. Ele est prise dans le contexte de "Origine" une fic beaucoup plus grande, nénamoins l'histoire étant totalement indépendante il est facile de la comprendre sans avoir ni aucune notion de l'univers de Sonic ni besoin de lire "Origine". Elle est courte 10 chapitres à peine, et est une forme de remerciement à quelques personnes qui m'avaient beaucoup aidée à l'époque. Tous les personnages sont de moi à l'exeption de : Kayra et Hunter.


La mémoire des loups

Chapitre 1

C’était une nuit d’encre, les nuages cachaient les lunes et presque tous dormaient à cette heure tardive. Pourtant un braillement sonore rompit le silence.
Ils étaient quatre, quatre loups réunis sur la plage autour d’une chandelle à la lueur vacillante.

Le clan s’était établi sur une île au large du grand continent, les habitants vivaient de la pêche, de la culture et du commerce avec le continent. Les loups étaient réputés pour leur qualité de navigateur. Leur cité, Kemisha, qui s’était construite sur le flan du vieux volcan était leur fierté. Les maisons en bois étaient fermées par des murs coulissants de papier fin, les rues pavées et le petit port aménagé était réputé dans Mobius entier.

Mais les jeunes gens en étaient loin. Le premier, un  canidé rouge trempé, tendit le panier plein de coquillages à sa compagne : une belle louve à la fourrure beige clair nuancée de roux. Elle fronça les sourcils. Ses prunelles bleu profond lançaient des éclairs.

—   Tu aurais pu les trier ! murmura-t-elle.
—  Parce que tu crois que c’est simple dans le noir ! répliqua le loup écarlate en chassant l’eau de son oreille droite.

Sa fourrure flamboyante, dégoulinante d’eau, n’était pas d’un rouge uniforme. Le bout de sa queue et ses bras tiraient plus sur l’orange, mais dans l’obscurité de la nuit cela ne se voyait pas. Par contre ses yeux jaune pâle luisaient de colère. Il venait de passer plus d’une demi-heure sous l’eau pour lui ramener ces coquillages. Et pour seul remerciement, Xyla lui reprochait de ne pas en avoir fait le tri ?

—  Excuse-moi ! dit-elle en vidant le panier.

Elle s’empara d’une grosse coquille en forme de bénitier et la donna à son voisin de droite.


C’était un loup au pelage blanc immaculé qui tranchait avec le noir charbon de ses yeux. Il affichait un large sourire se réjouissant de la dispute entre ses deux amis. C’était assez fréquent que Xyla et Akashi se chamaillent comme un vieux couple. C’était d’ailleurs la réflexion qu’il leur réservait lorsque cela durait trop longtemps. Cela avait le don de les calmer aussitôt. Mais ce n’était pas, pour le moment, son intention. Il préférait attendre un peu, s’amusant trop des quolibets qu’ils se trouvaient.
L’hybride blanc ouvrit habilement l’huître, en sortit la perle rose pâle et la tendit au dernier loup. Celui-ci la perça avec une fine aiguille et la rendit à Xyla qui l’enfila sur son collier. Le joyau nacré glissa le long du fil et alla rejoindre la dizaine de ses congénères déjà soigneusement enfilés. La louve poussa un soupir. Il lui en fallait encore beaucoup pour finir le collier de sa sœur, de cinq ans sa cadette. Les quatre jeunes loups s’étaient réunis tard cette nuit-là dans l’unique but de finir le cadeau de la jeune fille qui fêtait le lendemain ses quatorze ans.

Akashi avait repris le travail de tri de la louve, séparant les coquillages, suivant leur taille et conservant uniquement les plus gros. Lorsque la dernière huître eut livré son trésor, la louve porta le collier à la hauteur de ses yeux pour en juger la longueur.

— Il en faudrait encore, affirma-t-elle.
—  Pas ce soir, je meurs de fatigue, dit le loup blanc en poussant un bâillement sonore.
— Attil a raison ! Je suis vidé, s’exclama le loup rouge en s’étirant.

À contrecœur, la louve hocha la tête. Elle aurait préféré finir son cadeau ce soir pour pouvoir l’offrir dès son réveil. Mais chercher des huîtres dans le noir total était difficile et dangereux. Akashi était un bon nageur mais elle ne voulait pas lui faire prendre plus de risque. Elle attendrait le lendemain matin.
Les trois loups se levèrent, seul celui qui perçait les perles resta assis, les yeux perdus sur l’horizon. Il avait une fourrure plus épaisse que ses compagnons, d’une couleur entre le vert et le bleu, assez foncée. Dans l’obscurité de la nuit, on aurait pu croire qu’elle était noire. Ses yeux par contre étaient verts d’eau, fixés sur l’intérieur des terres, vers le volcan. Attil lui tapa sur l’épaule pour attirer son attention et fit quelques signes avec ses mains. Le loup bleu-vert lui répondit de la même façon. L’hybride blanc fronça les sourcils et à son tour regarda le volcan en plissant les yeux.

—Qu'y a-t-il ? demanda la louve qui, prête à partir, avait déjà rangé le collier dans un fin papier de soie.
—Ten a cru voir de la fumée, expliqua Attil sans quitter des yeux le volcan.
Le canidé foncé lui donna un coup dans le bras et enchaîna plusieurs signes d’un air furieux.
—  D’accord ! Il est sûr d’avoir vu de la fumée sortir du cratère... mais c’est impossible, dit-il en se massant le bras.
Akashi, à son tour, regarda le volcan en plissant les yeux.
—  J’ai confiance en Tenish, il a une meilleure vue que nous, affirma le loup rouge.

Les quatre loups contemplèrent la montagne, cette montagne sacrée pour eux. Elle était, dans leur tradition, la demeure de leur divinité. Ils cherchaient à apercevoir les fumées mais au lieu de cela ce fut une lueur rougeoyante qui émergea du sommet. Une lueur brûlante, qui leur glaça le sang. Xyla fut la première à réagir, elle se mit à courir vers le village en criant.

—  Il faut les prévenir !!

Ses trois amis lui emboîtèrent le pas, traversant la forêt au pas de course. Ils en connaissaient les moindres recoins, le plus petit piège que formaient les racines. Les hybrides avançaient vite, mais ils n’avaient pas encore atteint l’entrée de la ville qu’un violent tremblement de terre les jeta au sol. Un grondement sourd emplit la nuit, brisant le calme qui régnait jusqu'à présent. Puis une explosion retentit, le volcan entrait en éruption. Xyla se releva et regarda avec frayeur les coulées de lave dévaler le flan de la montagne à toute vitesse avalant goulûment la végétation. Tenish la prit par les épaules pour la faire réagir. Il lui indiqua la plage d’où ils venaient. Le loup muet voulait repartir, il n’y avait plus aucune raison de prévenir les habitants, le volcan s’en était chargé. Partout des têtes éberluées sortaient des maisons pour regarder le volcan. Xyla repoussa son ami violemment et se mit à courir vers le village.

-   Ma sœur !! cria-t-elle.

Tenish pouvait lire sur les lèvres, mais la louve lui tournait le dos. Il se retourna vers ses amis et leva les mains dans un signe d’incompréhension. Le loup blanc aidait Akashi à se relever, celui-ci s’était blessé à la cheville dans sa chute.  L’hybride rouge comprit immédiatement ce qui motivait la louve.

— Elle est rentrée chez elle ! dit-il
— Je vais la chercher. Avec Ten vous allez préparer un bateau ça va vite être la panique.
— Mes parents, je dois aller les chercher ! Protesta le loup rouge en essayant de marcher.
— Je m’occupe de tes parents aussi ! s’exclama Attil.

Il se tourna alors vers le loup sombre, lui fit quelques signes et partit immédiatement en courant à la suite de la louve.


Tenish regarda son frère partir avec angoisse. Les deux loups n’étaient pas frères de sang, la famille d’Attil avait recueilli le loup bleu vert lorsque celui-ci avait perdu ses parents. Les deux garçons avaient le même âge et s’étaient rapidement pris d’affection l’un pour l’autre. Ils avaient même inventé un langage codé de signes pour communiquer puisque Tenish, sourd de naissance ne savait pas parler.
Il lui avait demandé de ne pas se préoccuper de lui, de partir dès que possible. Il n’y avait pas assez de navires pour emmener tous les loups du village, les bateaux allaient être pris d’assaut. Attil avait peur de se retrouver sans moyen de partir, alors il avait envoyé son frère en préparer un. Tenish le comprenait, mais se refusait à l’abandonner.

Le loup aux yeux verts passa le bras de son ami autour de son cou pour l’aider à marcher et se dirigea vers la plage. Akashi regardait encore en arrière, une nouvelle explosion manqua de les renverser de nouveau.

Le cratère crachait des cendres et des braises qui tombaient en pluie sur le village. Le quartier ouest avait pris feu. Partout autour des loups, les villageois s’enfuyaient sans rien emporter, abandonnant tous leurs biens. Ils se précipitaient vers la plage. Attil avait vu juste, s’ils ne se pressaient pas, les jeunes gens ne pourraient plus partir. Tenish allait reprendre son chemin, mais Akashi se mit à crier et se débattre. Il profita que le loup sourd le regarde pour l’implorer de le laisser partir.

— Mes parents ! Ils sont là-bas ! dit-il en désignant le quartier en feu. Je dois y aller !

Tenish secoua la tête. Le loup rouge se débattit de plus belle, essayant de se dégager de l’emprise de son ami.

— Lâche-moi Ten ! cria-t-il.

Ce qui était parfaitement inutile. Le loup bleu-vert ne le regardait pas. Il y avait de plus en plus de monde qui se dirigeait vers la plage. Tenish tenta de le faire comprendre à Akashi mais sans succès. Il se décida à utiliser une méthode bien moins subtile. Il prit son ami par les épaules pour l’obliger à le regarder. Akashi profita de ce moment pour essayer de le convaincre.

— Mes parents ! Je dois aller les…

Ten ne le laissa pas finir, il le frappa au ventre. Le loup rouge eut un hoquet de surprise puis ses yeux se révulsèrent et il  bascula en avant dans les bras de son ami. Le loup sourd le chargea sur son épaule et retourna à la plage, le plus vite possible.  Arrivé au bord de l’eau, il installa le loup rouge dans une des plus grandes barques, et la mit à l’eau. Habilement, il la dirigea sous le couvert des arbres qui plongeaient leurs racines dans la mer et attendit en fixant la plage. Une attente qui lui sembla une éternité. 
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Myeko
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MessageSujet: Re: La mémoire des loups   Lun 2 Fév - 11:52

Chapitre 2

Xyla courait à en perdre haleine, elle ne prenait même pas garde aux braises qui tombaient un peu partout, brûlant sa fourrure. Elle n’avait d’yeux que pour la petite maison aux murs de papier blanc qui était en flammes. C’était la plus proche du volcan. La louve ne fit pas attention à l’arbre en feu qui s’effondrait sur son passage. Elle se sentit soudain ceinturée et entraînée au sol. L’arbre tomba à quelques centimètres d’elle.
Son regard tomba sur le loup blanc qui se relevait en lui tendant la main pour qu’elle fasse de même.

— Foncer tête baissée ne t’avancera à rien ! s’exclama-t-il.

Xyla l’écouta à peine et aussitôt sur pied, elle voulut reprendre sa course. Attil la retient. La petite maison avait les pieds dans la lave, la louve ne pouvait plus rien faire.

— Kayra !! cria-t-elle les larmes aux yeux.

Comme pour répondre à son appel désespéré, deux loups apparurent dans la maison en feu, un adulte tenant, serré dans ses bras, une jeune louve à la fourrure brune.

— Reste ici ! ordonna le loup blanc à Xyla avant de se précipiter vers les hybrides prisonniers des flammes.

Xyla était bien incapable de bouger, ses jambes refusaient de la porter. Elle ne voulait pas revivre ce cauchemar, perdre encore les personnes qu’elle aimait.
Attil s’approcha au maximum. La lave gagnait du terrain et le propriétaire de la maison dut sauter pour atteindre un lieu sûr. Sitôt qu’il eut rejoint le loup blanc, il lui confia la louve qui tremblait dans ses bras.

— Emmènes-les à l’abri ! Je vais essayer d’aider les voisins ! s’exclama-t-il.

Attil ne put qu’affirmer de la tête, le temps leur était compté. Il ne pouvait pas s’attarder. Le jeune loup retourna auprès de Xyla. Elle s’était reprise et de nouveau sur ses pieds, elle s’empressa de serrer sa sœur dans ses bras quand ils l’eurent rejointe.

— Kayra tu n’as rien ? Où est papa ?

Kayra leva un regard azur rempli de larmes vers sa sœur. La tresse qui attachait ses longs cheveux bouclés se défaisait, des mèches brunes descendaient en cascade sur ses épaules secouées de soubresauts. Réveillée en sursaut, elle était complètement perdue.

— Il est parti aider les autres ! expliqua brièvement Attil. Rejoins la plage, Ten t’y attend avec un bateau.
— Et toi ? demanda la louve.
— Je dois aller chercher les parents d’Akashi. Je n’en ai pas pour longtemps, je vous rejoindrai ! assura-t-il.
— Je viens avec toi !
— Non j’irai plus vite seul et tu dois t’occuper de ta sœur.

Le loup blanc tourna les talons et partit en direction de l’incendie sans que les louves puissent l’arrêter. Xyla prit la main de sa sœur et l’entraîna vers le centre du village, elles devaient le traverser entièrement pour retourner sur la plage. Les loups, paniqués, s’enfuyaient de toute part, tout le monde courait, hurlait, pleurait, se bousculant, se piétinant. Il n’y avait plus d’amitié, plus de relation de bon voisinage, chacun tentait de sauver sa vie et celle de ses proches. Kayra serra plus fort la main de sa sœur. Elles ne devaient pas se perdre l’une l’autre et devant elles, la forêt qui les séparait encore de la plage, était en feu.
La jeune louve brune était maintenant parfaitement réveillée et consciente du drame qui se jouait. Autour d’elle, les gens s’arrêtaient paniqués, d’autres remplis d’espoir tentaient quand même de traverser le brasier. On entendait les cris de souffrance raisonner dans la nuit. Kayra rassura sa sœur.

— Je peux passer.

Xyla affirma de la tête, connaissant bien les pouvoirs de la jeune louve. Mais redoutant la convoitise des autres, elle regarda furtivement les villageois. Certains s’approchaient déjà d’elles.

Un globe lumineux aussi rayonnant qu’un soleil entoura Kayra ainsi que sa sœur. Xyla n’était pas de nature égoïste, mais elle savait bien que jamais la jeune louve ne pourrait générer un bouclier suffisamment grand pour tout le monde. Elle l’entraîna aux travers des flammes sans se soucier des cris qui les suppliaient dans son dos. Kayra sentit son cœur se serrer, elle aurait aimé sauver le plus de monde possible mais Xyla l’entraînait d’une main ferme. Maintenant c’était leurs propres vies, qui étaient en jeu. Elles débouchèrent sur une plage presque vide. Il n’y avait plus un seul bateau. Les quelques loups qui comme elles, avaient réussi à passer, se jetaient dans l’océan en désespoir de cause. Ils n’avaient aucune chance de s’en sortir sans embarcation. Xyla chercha du regard le loup sourd, mais son pelage sombre le dissimulait aux regards. Ce fut Kayra qui l’aperçut. Elle prévint sa sœur et ensemble, elles se dirigèrent vers le jeune garçon. Tenish aida les filles à monter à bord, puis il saisit brusquement le poignet de Xyla. Il dessina un cercle sur sa poitrine puis tapa le centre. Ce code ainsi que quelques autres était connu de la louve, il désignait Attil.

— Il arrive, avec les parents d’Akashi.
— Que lui est-il arrivé ? demanda Kayra en désignant le loup rouge étendu sur le fond le la barque.

Tenish regarda un moment son ami et haussa les épaules. C’était inutile de tenter de lui expliquer, cela prendrait trop de temps. Il se remit à fixer la rive.

D’autres hybrides émergèrent de la forêt en feu, hurlant, courant droit vers l’eau pour éteindre les flammes qui leur dévoraient les poils. Bientôt il n’y eut plus personne, les cris même se turent. La plage fut envahie par la lave, ils ne pouvaient plus attendre, ils devaient partir. Xyla tira Tenish par le bras pour l’obliger à la regarder.

— On doit partir ! articula la louve.

Le loup secoua la tête et reporta son attention sur la rive. Xyla lança une rame à sa sœur et s’empara d’une autre. Lentement, elles s’éloignèrent de la plage, de leur île qui partait en fumée. Lorsqu’ils furent suffisamment éloignés, la louve beige posa sa rame et tenta de rassurer son ami.

— Je suis certaine qu’Attil s’en est sorti ! Tu le connais, il s’en sort toujours !

Tenish approuva de la tête mais n’y croyait pas, Xyla elle-même n’y croyait pas, d’ailleurs.

Akashi émergea de l’inconscience, il se redressa doucement en gémissant, la main sur le ventre. Il essaya de rassembler ses souvenirs, l’éruption, la fuite… Son regard tomba sur Kayra qui lui souriait tristement.

— Tu vas mieux ? Que t’est-il arrivé ?

Cette simple question lui rafraîchit la mémoire, il se releva brusquement manquant de faire chavirer le petit navire et décocha un coup de poing dans le visage de Tenish. Le loup bleu-vert ne tenta même pas de l’éviter. Il tomba lourdement sur les fesses.

— Hé ! Mais ça ne va pas ! s’écria Xyla en s’interposant entre les deux garçons. Qu’est-ce qui te prend ?
— Ce qui me prend ? Demande-lui pourquoi il m’a assommé ? s’insurgea le loup rouge en colère.
— Quoi ? s’exclamèrent les deux louves en chœur.
Akashi profita que le loup bleu-vert lève les yeux sur lui pour continuer.
— Tu voulais m’empêcher de chercher mes parents ! Les tiens ne sont pas sur l’île ! Tu ne peux pas comprendre ! hurla-t-il.

Ces paroles étaient à peine sorties de sa bouche qu’il les regretta. Elles étaient injustes, Tenish avait déjà perdu sa famille biologique. Mieux que quiconque, il savait ce que cela signifiait.

— Attil est resté sur l’île, murmura Xyla en le regardant droit dans les yeux.
Elle tournait le dos au loup sourd et de toute façon, il baissait la tête regardant fixement le fond du bateau en se massant le menton. Baissant à son tour le museau pour éviter le regard de Kayra, elle continua.
— Papa aussi.

Ils n’eurent pas le loisir de se disputer plus longtemps. Un nouveau tremblement de terre secoua l’île. Le volcan explosa achevant de répandre son liquide brûlant sur leur territoire. Une vague gigantesque balaya l’embarcation.



Attil n’avait même pas pu atteindre la partie ouest de la ville ravagée par l’incendie et la lave lui bloquait toutes retraites. Il ne lui restait, comme seule solution, que de tenter de fuir par la falaise. À l’est de l’île, la côte était formée de hautes falaises dont les pieds plongeaient dans l’eau tumultueuse. Cet endroit était impraticable en navire à cause des récifs qui envahissaient la zone. Le loup blanc arriva au bord de la falaise. Devant lui le vide et dix mètres plus bas, les rochers où venaient s’écraser les vagues furieuses ; derrière, la lave toujours plus présente. Il n’hésita pas. Quitte à mourir, il préférait sauter.
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MessageSujet: Re: La mémoire des loups   Jeu 12 Fév - 15:43

Chapitre 3


Le jour venait de se lever. La hérissonne violette s’efforça de coiffer ses épines rebelles, comme à son habitude. En désespoir de cause, elle se servit d’un ruban aussi vert que ses yeux comme serre-tête.

— Zelquia, dépêche-toi ! intima une voix grave.

La hérissonne haussa les épaules, se regarda encore une fois dans le petit miroir. Elle n’avait pas de fleurs dans ses épines, pas de collier ou d’autres bijoux. Sa musculature harmonieuse lui assurait de jolies formes, mais elle n’avait que peu de poitrine et ses épines courtes ne lui donnaient pas vraiment la même apparence que les autres filles du clan. Son caractère un peu garçon manqué n’aidait pas non plus. Elle était d’ailleurs une des rares femmes à assurer les mêmes taches que les garçons. Elle s’empara de ses armes et sortit. Un chat roux l’attendait en tapant du pied.

—  Enfin ! Trois heures pour te pouponner ? T’es pire qu’une fille ! soupira-t-il.  

Zelquia ne répondit pas, mais lui lança un regard lourd de reproches. Elle avait passé la majeure partie de la matinée à finir les préparatifs pour le départ prévu le soir même. Le félin qui venait de se lever, n’avait absolument rien fait, contrairement à ses promesses de la veille. Quant à sa dernière remarque, elle ne la releva même pas.

— J’irais plus vite si tu me donnais un coup de main ! répliqua-t-elle.

L’interpellé poussa un bâillement sonore et hocha la tête, pas plus concerné que si son amie lui avait parlé de la pluie et du beau temps. Zelquia soupira et à pas silencieux ils sortirent du campement. Ils n’allaient pas revenir sur la côte avant plusieurs mois, il leur fallait faire des provisions d’algues et de coquillages. La hérissonne n’aimait pas cette corvée et la faisait à contre cœur. Etre en plus obligée d’y aller avec un fainéant comme Venioc ne l’enchantait pas, bien qu’ils soient très amis.

Le félin agrémenta le chemin d’un long et ennuyeux monologue sur ses prétentions auprès des filles du clan. Zelquia préféra faire la sourde oreille pour se contenter d’admirer le paysage. Lorsqu’ils arrivèrent sur la plage, elle remarqua la première les quatre loups étendus sur le sable et coupa court à la longue tirade de son ami.

—  Je te jure, elle m’a envoyé sur les roses ! Je suis le gars le plus mignon du clan ! Je lui demandais juste de m’accompagner pour la cueillette. Elle m’a répondu que même si j’étais le dernier hybride sur Mobius, elle ne voudrait pas être avec moi ! Ha ! Je suis persuadé qu’elle a dit ça pour me faire marcher. Si demain je lui propose, elle se jettera dans mes bras. D’ailleurs sa sœur est pas mal aussi ! Tu crois que je devrais lui demander ? Ou alors  Liady… Et Hawa ? Ou bien…
—  Ferme la Venioc, regarde !
— Quoi ?
Le chat roux posa enfin le regard sur les corps et écarquilla les yeux.
—  Ho ! Mince alors ! Que s’est-il passé ?
— J’n’en sais rien.
— Elles sont pas mal ! souffla-t-il en regardant les deux louves.

La hérissonne soupira, ce félin était incorrigible. Elle s’approcha du plus proche canidé, la femelle aux longs cheveux marron. Elle posa la main sur son visage pour s’assurer qu’elle était encore en vie. Comme si cela l’avait aidée, la jeune louve toussa et ouvrit les yeux.

— Tu vas bien ? demanda la hérissonne.
—  Hum ! Je crois oui !

Kayra se redressa et s’assit. Elle balaya des yeux les alentours, s’arrêta sur la hérissonne qui lui souriait, puis sur ses amis. Sa sœur était qu’à quelques pas d’elle, un chat roux penché sur elle.
—  Xyla ! s’exclama la louve, se remettant brusquement sur pied, bousculant Zelquia au passage.

Kayra s’aperçut rapidement que sa sœur n’était pas sérieusement blessée. Très vite Akashi émergea à son tour de l’inconscience, rapidement suivi de Tenish. Le loup rouge avait encore la cheville enflée à cause de sa chute de la veille. Kayra possédait un don pour soigner les blessures et s’en servit sans hésiter. En quelques mots, sans entrer dans les détails, les canidés expliquèrent aux deux hybrides leurs mésaventures. La hérissonne leur proposa d’en parler avec leur Sage. Le campement nomade n’était pas très éloigné, ils pourraient s’y reposer.

Venioc proposa à son amie de poursuivre seul leur corvée,  pendant qu’elle les conduisait auprès de leur Sage. Zelquia acquiesça et guida les loups jusqu’au camp. Le chat les regarda partir puis se mit au travail. Mais ce n’était plus des algues qu’il cherchait. Il parcourait l’ensemble de la plage pour chercher d’éventuels survivants.

La hérissonne violette les présenta à un vieux lièvre, Nacho. Le poids des années lui courbait l’échine, il s’appuyait sur une canne biscornue. Pendant qu’Akashi expliquaient en détails les événements de la nuit, Zelquia montra à Kayra et Tenish un endroit où ils pourraient installer la louve beige qui n’avait toujours pas repris conscience. Cela inquiétait sa sœur et elle ne voulait pas la quitter. Après avoir installé Xyla dans une couche, Tenish et Zelquia rejoignirent le loup rouge laissant les deux sœurs seules.

Kayra s’était assise à côté de la paillasse et tenait la main de Xyla. Elle n’avait trouvé aucune blessure et ne comprenait pas pourquoi elle ne se réveillait pas. La jeune louve se sentait impuissante, malgré ses dons, elle ne pouvait rien faire. C’était comme dans la forêt. Pourquoi n’avait-elle pu sauver plus de monde ? Etaient-ils morts ou avaient-ils réussi à fuir comme eux ? Kayra ne s’en souvenait pas mais elle avait déjà perdu sa mère, morte en couche. Son père avait disparu, il ne lui restait que Xyla. Quelques larmes roulèrent sur ses joues pour venir s’écraser sur le museau de la louve beige.

— C’est toi Kayra ? s’exclama une voix dans son dos.

La jeune louve se retourna et essuya machinalement ses yeux azur avec son bras. C’était le félin de la plage. Un chat aux poils roux ébouriffés. La pointe de ses oreilles et sa queue étaient noires, fournies de longs poils qui lui donnaient une apparence un peu enfantine. Son regard améthyste se voulait charmeur. Il lui fit un clin d’œil et un sourire.

— T’es trop mignonne pour pleurer ! affirma-t-il. Je m’appelle Venioc.

Kayra resta interloquée ne sachant que répondre. Le félin s’approcha d’elle, prit le menton de la jeune fille dans la main et essuya les larmes qui maculaient ses joues, de l’autre.

—   On a trouvé des membres de ton clan, mais il y a des blessés. On m’a dit que tu pouvais aider ?
—  Oui … Mais, je…, répondit-elle en essayant de ne pas rougir.
—  Très bien ! Viens !
Le chat lui prit la main et l’entraîna dans une autre tente.

Les nomades avaient aménagé plusieurs lits, pour accueillir les loups blessés. Kayra les connaissait presque tous. Elle chercha son père, espérant secrètement qu’il soit ici mais sans succès. Deux nomades s’occupaient déjà des blessés. Un tatou posait un cataplasme sur l’épaule brûlée d’une femme. Et une musaraigne tentait de calmer un petit hybride d’à peine quatre ans, terrorisé. Une grande balafre lui barrait le visage, il réclamait ses parents. La jeune louve marron s’agenouilla près de lui, posa sa main sur sa tête et lui parla doucement pour le rassurer.

—  Je suis certaine que tes parents vont bien Telly. Tu dois être courageux.
Kayra laissa faire ses dons. Une douce lumière orangée vint recouvrir la blessure et lorsque la louve retira sa main, la coupure avait disparu. Il ne restait que les traces de sang qui collaient les poils de l’enfant. Elle ébouriffa les cheveux du louveteau et lui sourit.

— Va te débarbouiller ! dit-elle.

L’enfant affirma de la tête en reniflant, et se sauva. Kayra le regarda sortir. Les larmes commençaient à lui monter aux yeux. Elle n’aimait pas mentir. La musaraigne posa la main sur son épaule.

— Tu as un don bien utile, dit-elle. Occupe-toi des cas les plus graves, M’yemba et moi allons soigner les autres. Je m’appelle Doleyen, et toi tu es Kayra ?
La louve affirma de la tête incapable de parler tant sa gorge était nouée d’angoisse.
— Je… Je lui ai menti… Je n’ai pas vu ses parents… Ils sont…
La musaraigne lui fit un sourire triste.
—  Tu as eu la bonne réaction. Cet enfant avait besoin d’espoir. Il faut garder espoir.


La jeune louve hocha la tête et se mit au travail. Elle pouvait enfin se rendre utile et cela lui évitait de trop penser à sa sœur, à son père et à tous les autres.

Alors que la journée touchait à sa fin. Kayra prit le temps de se reposer. Sa sœur s’était réveillée et était déjà venue la voir. Maintenant elle aidait à compter les survivants.
Il n’y avait presque plus de blessés. Les deux nomades finissaient les derniers soins. Durant les premières heures, ils avaient vu défiler beaucoup de loups qui arrivaient au camp, soit escortés par les Nomades que Nacho avait envoyés, soit par leurs propres moyens.
Le fait que, depuis plus de deux heures aucun n’était arrivé au camp permettait à Kayra de se reposer mais cela l’inquiétait. Ils n’étaient plus qu’une trentaine, et personne n’avait vu son père, Attil ou les parents d’Akashi.  

Dès le coucher du soleil, lorsque la chaleur se fit moins sentir, les loups accompagnés de plusieurs guerriers nomades et du vieux lièvre se mirent en route pour le Grand Conseil.

Kayra avait tenu à les accompagner, elle n’était plus d’aucune utilité au campement et elle ne voulait pas quitter Xyla. Elle avait trop peur de la perdre. Elle redoutait que la longue marche lui fasse ruminer des idées noires mais Venioc se chargea de détendre l’atmosphère avec ses pitreries.

Le félin discuta un long moment avec la jeune louve, se vantant de ses nombreuses conquêtes. Quoique le terme monologue était plus adapté, Kayra se contentait d’hocher la tête de temps en temps. Il tenta ensuite sa chance avec Xyla, lui proposant ouvertement de sortir avec lui. Le chat récolta une gifle. Il se dirigea vers la hérissonne penaud.  

— Non mais, tu les comprends toi les femmes ?
Zelquia lui décocha une seconde gifle avant de répliquer.
—  Je te signale que j’en suis une ! Crétin !
Venioc ralentit le pas pour revenir à la hauteur de Kayra en se massant les joues.
— Toi au moins t’es douce ? Ce n’est pas comme cette furie ! dit-il en jetant un regard noir à la hérissonne.
Pour la première fois depuis des heures, Kayra rigola franchement et le regard abattu de Venioc y était pour beaucoup.
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MessageSujet: Re: La mémoire des loups   Jeu 12 Mar - 14:13

Chapitre 4


Les douleurs parcouraient son corps entier, de la tête aux pieds. Chaque mouvement était un supplice. Attil avait l’esprit embrouillé, il ne se souvenait que s’être fait ballotté par le fort courant avant de sombrer dans un puits sans fond. Or il n’était plus dans l’océan, il était allongé sur le dos, dans ce qui semblait un endroit relativement chaleureux par rapport à l’eau glaciale. Lentement, il ouvrit les paupières, une lumière vive, se réfléchissant sur les murs blancs de la pièce, lui agressa les yeux. Il les referma en gémissant. Il cligna plusieurs fois des paupières pour s’habituer à la luminosité et promena son regard sur son environnement. Il n’était plus dans l’océan, il l’avait déjà constaté mais dans une habitation. Il tourna la tête sur le côté et son regard s’arrêta sur la silhouette encore floue, d’un hybride assis à ses côtés.

- Alors, on se réveille jeune loup ? demanda l’hybride sur un ton joyeux.
Attil avait la bouche pâteuse mais il articula quelques mots.
- Où suis-je ?
- Chez moi ! J’étais en mer lorsque je t’ai trouvé dérivant sur un tronc d’arbre.

L’hybride fit une pause. Attil discernait mieux ses traits, il s’agissait d’un vieux morse qui mâchouillait une pipe éteinte en bois rare. L’hybride avait une épaisse fourrure brune et deux canines proéminentes. Il alla chercher un verre d’eau et aida le loup à se redresser doucement pour boire.
- Nous sommes en Atliquia ! dit-il.
- Atliquia ?

Le Pole Sud de Mobius était recouvert de glace en permanence, été comme hiver et cette année malgré la canicule, c’était la même chose. Le Pole n’était habité que par les Atliquiciens. Ce peuple sédentaire vivait dans des igloos qu’il construisait avec la glace, en parfaite autarcie malgré le manque de vivres, que le dur climat imposait. Attil avait donc dérivé sur plusieurs kilomètres en s’accrochant désespérément à un morceau de bois ? Il n’en avait aucun souvenir.

- Tu peux t’estimer chanceux. Quelques heures de plus dans cette eau glaciale et tu finissais en glaçon. Tu peux me dire ce que fait un jeune loup en pleine mer, de nuit, le corps couvert de brûlures ?

Instinctivement Attil regarda sa poitrine. Plusieurs bandages lui serraient le corps. Tous les événements de la nuit rejaillirent comme un flot continu d’horreur.
- Je m’appelle Attil, je suis le fils de Raggar. Il y a eu une éruption sur notre île. Je me suis enfui en plongeant de la falaise. Après les courants m’ont fait dériver, je suppose. Je ne m’en souviens pas.
Le vieux morse se frotta le menton et soupira.
- Repose-toi, je vais faire le nécessaire, dit-il avant de quitter la pièce.

Le loup blanc se laissa retomber sur le lit et soupira. Le vieil atliquicien n’avait pas mentionné d’autre loup. Il espérait que les autres s’en soient aussi bien sortis que lui. Très vite la fatigue le rattrapa terrassa et il s’endormit.

***

Le soleil venait de se lever sur le Grand Conseil. Il s’était établi déjà depuis longtemps à la frontière entre le territoire des nomades et celui de la vallée.
Un petit village s’était construit pour le moment, il n’y avait que trois habitations mais d’autres allaient bientôt voir le jour.

Raggar était un vieux loup gris au regard sombre. Une longue cape noire lui couvrait d’ordinaire les épaules mais avec la chaleur ambiante, il l’avait posée à ses côtés. Il résidait avec sa femme en permanence au Grand Conseil. Cela ne lui déplaisait pas, même si la présence de ses fils lui manquait. Mais les deux jeunes loups étaient maintenant adultes et vivaient leurs vies de façon autonome.
Il était installé face à la petite table, le coude appuyé sur le genou, le menton dans la main. Il réfléchissait à ce qu’il allait jouer. Face à lui, assise droite, une tourterelle blanche au regard malicieux souriait. Elle avait les mains jointes posées sur les genoux et attendait. Elle lissa sa robe mauve, remua légèrement des ailes comme pour les dégourdir.
Le vieux loup déplaça une pièce sur le plateau, la tourterelle fit de même rapidement en réprimant un petit rire. Raggar soupira et se replongea dans une longue contemplation du jeu.

Il y avait en permanence trois sages sur le site. Pour passer le temps, ils jouaient souvent à ce jeu de stratégie que leur avait appris le loup mais l’oiseau s’était vite montrer plus forte que le professeur. Un peu plus loin, la porte était grande ouverte pour faire entrer les courants d’air et rafraîchir la pièce. Appuyée contre le chambranle, se tenait une échidné. Elle soupira en regardant les joueurs. Elle s’ennuyait et attendait la relève avec impatience. Voir Farya battre encore une fois Raggar ne l’amusait plus depuis bien longtemps.

C’était une hybride vermillon dont les longues épines tiraient sur le rouge bordeaux. Son regard vert fixait les joueurs tandis qu’elle jouait négligemment avec son bracelet. Elle portait une robe bariolée, comme il était de tradition dans son clan et un lourd plastron en or reposait sur sa poitrine. Layen soupira, son fils était déjà arrivé pour venir la chercher, elle attendait que Nacho vienne la relever. En se tenant ainsi en travers de la porte, elle surveillait les arrivées, tout en veillant à ce que le loup perde.

Alors lorsqu’enfin, elle aperçut au loin les longues oreilles du lièvre, elle s’en réjouit et sourit. Pourtant son sourire disparut rapidement lorsqu’elle s’aperçut que le nomade n’était pas seul. Une dizaine d’hybrides l’accompagnaient dont quatre loups. Elle reconnut le plus grand, un jeune garçon au pelage sombre. Un des fils de Raggar.
Ce n’était pas rare que les enfants du Sage viennent voir leurs parents, mais il y avait quelque chose d’inhabituel. D’une part, il était seul : Attil n’était pas là et de plus le jeune loup marchait tête basse, l’air abattu.

- Raggar ! Viens voir ! murmura-t-elle sans quitter les arrivants des yeux.

Le vieux loup redressa la tête, le regard sombre de l’échidné l’inquiéta.

- Qui a-t-il ? demanda-t-il en s’approchant.

Layen ne répondit pas mais désigna les arrivants d’un geste de la main. Raggar tout comme elle comprit que quelque chose se tramait. Il se précipita vers son fils adoptif et ses amis.

- Ten ? Que faites-vous ici ? Que se passe-t-il ?

Farya avait rejoint l’échidné et toutes deux regardèrent la scène avec angoisse.
- Je crois que je suis encore ici pour un moment, ironisa l’échidné, dans un humour douteux.
- Je crois qu’il va falloir prévenir les autres, répliqua la tourterelle sur le même ton.

Akashi raconta encore une fois son histoire aux sages. Lorsqu’il aborda la question des survivants et des disparus Tenish s’écarta du groupe et alla se réfugier derrière une maison. Il se laissa glisser le dos appuyé contre le mur et s’assit par terre, la tête dans les mains. Il se sentait coupable. Coupable de n’avoir pas attendu Attil, de ne pas avoir tenté de le chercher.

Il resta ainsi un long moment jusqu'à ce que son père vienne à lui. Il s’accroupit près du jeune garçon pour se mettre à sa hauteur et lui tapa sur l’épaule.
Tenish releva la tête et s’essuya les yeux d’un geste furtif.

- Ce n’est pas ta faute ! articula le vieux loup. Je ne t’en veux pas, personne ne t’en veut.

Raggar connaissait bien son fils adoptif, il le savait bien plus fragile qu’il n’en avait l’air. Tenish c’était toujours senti redevable envers ses parents adoptifs et surtout envers Attil.
Le jeune loup balaya la main d’un geste et enchaîna plusieurs autres mouvements rapides des mains. Bien trop rapide pour que Raggar puisse suivre.

- Calme toi je ne comprends rien.
Tenish soupira, son frère lui manquait. Plus lentement il recommença.
- Tu veux repartir sur l’île ? demanda le vieux sage pas certain d’avoir compris.
Tenish hocha la tête et continua. Il était décidé à retrouver son frère ou au moins son cadavre.
Raggar soupira et se releva.
- Il faut de toute façon aller constater les dégâts, alors tu dirigeras l’équipe, dit-il en tendant la main à son fils.

Le loup bleu-vert se releva à son tour et ensemble ils rejoignirent les autres.
Deux jours leur furent nécessaires pour préparer l’expédition. Akashi et Xyla s’étaient portés volontaires pour y participer. De même que Venioc, prétextant qu’il ne fallait pas laisser une jolie fille sans défense, faire seule ce genre de voyage, ce qui lui valut une nouvelle gifle. La hérissonne fit de même. Elle ne voulait pas laisser le chat partir sans chaperon. Enfin Kayra malgré les réticences de sa sœur intégra l’équipe. Au dernier moment, Layen insista pour que son fils parte avec eux. Le jeune échidné prénommé Hunter s’ennuyait ferme et s’était assez rapidement lié d’amitié avec la jeune louve brune.


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MessageSujet: Re: La mémoire des loups   Jeu 4 Juin - 9:18

Chapitre 5


À des lieux de là, Attil se réveilla brusquement. Son cri se transforma en gémissement tant ses muscles étaient douloureux. Avec efforts et grimaces, il parvient à se redresser et s’asseoir sur le lit. La pièce n’avait pas changé, mais le vieux morse n’était plus là. Le loup avec précaution se leva et fit quelques pas dans la chambre jusqu'à la porte. La pièce suivante était aussi vide de meuble que la chambre. Il n’y avait qu’une étagère, pas même une table ou des chaises. L’étagère n’avait d’ailleurs pratiquement rien dessus. On aurait pu croire qu’elle servait uniquement de décoration. Attil alla jusqu'à la seule porte menant à l’extérieur.
Le village des Atliquiciens était en effervescence. Sitôt dehors, le loup faillit se faire renverser par un hybride, les bras chargés de paquets qui n’avait pas vu le jeune garçon. Partout, les hybrides allaient et venaient avec des meubles et des affaires. Le loup blanc les regarda faire, un peu perdu, personne ne s’occupait de lui.

- Tu ne devrais pas rester ici ! Ronchonna une voix aiguë dans son dos.

Il se retourna vivement, pour découvrir une lapine au pelage aussi blanc que le sien. Elle le fixait d’un regard saphir, les poings sur les hanches.

- Ake, laisse notre invité tranquille ! Intima le vieux morse qui avançait péniblement les bras chargés de paquets qu’il déposa à ses pieds.
La lapine haussa les épaules sans quitter Attil du regard.
- Tu as dormi presque deux jours, expliqua le morse.
Il continua en désignant la lapine.
- Akelyamie t’a veillé durant tout ce temps. Je suppose que tu dois avoir faim ? Elle va te trouver quelque chose à manger.

Sur ses paroles, le vieil hybride prit ses paquets et s’en alla. Attil regarda la lapine. Celle-ci lui prit la main et l’entraîna un peu à l’écart.

- Tu as déjà goûté des gallies ? Ce sont des fruits qui poussent sur les arbres hivernaux. C’est bien la seule chose qui pousse ici ! Il va falloir que tu m’expliques ce qui t’est arrivé. Bolidas n’a rien voulu me dire ! À part que tu t’appelles Attil. C’est bien ça non ?

Le loup n’eut pas le temps de répondre qu’elle enchaîna en lui tendant un fruit à la peau velue rose pâle.

- Vas-y mange ! C’est un peu amer, mais au moins c’est nutritif ! Et ça donne des forces, tu en as besoin ! On n’a pas idée de dormir pendant des jours ! Et pendant ce temps, nous on travaille ! Enfin les autres, moi fallait que je le surveille. Tu m’as pas dis ce qui t’était arrivé.

Attil fut presque surpris de ne pas l’entendre reprendre son bavardage. La jeune hybride attendait visiblement une réponse et tapait du pied.

- Il y a eu une éruption volcanique sur mon île. Je me suis sauvé en sautant dans l’océan. Je ne sais pas ce qu’il est advenu des autres, dit-il en baissant les yeux.
- Hum, moi c’est Akelyamie ! Mais tout le monde dit Ake, c’est plus rapide. Celui qui t’as trouvé dans l’eau c’est notre Sage : Bolidas. Il est gentil mais ce n’est pas un bavard.

Le garçon ne put s’empêcher de penser qu’à côté de la lapine, personne ne devait être aussi bavard. Ake continuait son monologue, imperturbable.

- On n’a trouvé aucun autre loup, mais ils sont peut-être sur le grand continent ? Par contre, il y a eu un grand raz-de-marée ! C’est pour ça qu’on déménage. La banquise s’est fragilisée, il faut qu’on migre un peu plus vers le sud. Moi qui venais de faire mes plantations d’arbres hivernaux ! Va falloir que je recommence tout ! Et puis faudra aussi que je refasse un…Le morse revint auprès d’eux coupant la tirade de la jeune fille.
- Je viens de recevoir un message du Grand Conseil. On réclame ma présence. D’autres membres de ton clan ont réussi à se sauver, ils sont avec les Nomades. Je pars cet après-midi, si tu veux te joindre à moi, dit-il au loup blanc.

Attil hésita, oui il voulait retourner auprès de son père rien que pour lui dire que tout allait bien, mais il voulait aussi voir ce qu’il était advenu de son île.

- Il est possible de passer par Kemisha ? J’aimerais voir…

Voir quoi exactement ? Il n’en avait aucune idée. Les dégâts ? Chercher d’éventuels survivants ? Ou tout simplement s’assurer qu’il ne cauchemardait pas ! Le vieux morse secoua la tête.
- Je préfère aller directement au Grand Conseil, mais Ake peut t’accompagner jusqu’à l’île. Vous nous rejoindrez plus tard. Je rassurerais ton père en ce qui te concerne, ne t’inquiète pas !
Tandis que le loup remerciait le vieux Sage, Akelyamie sautait de joie.
- On va faire une balade ! S’exclama-elle joyeusement.

Elle partit en courant pour préparer le voyage. À peine une heure après, ils naviguaient tous deux vers l’île des loups. Le voyage sembla interminable à Attil. La lapine passait son temps à parler. Lorsqu’ils accostèrent, il savait absolument tout sur le clan d’Atliquiciens, sur la jeune femme et sa famille. Alors qu’Attil tirait l’embarcation sur ce qu’il restait de la plage, il aperçut une autre embarcation plus grande.

- Il y a du monde ici ?



Tenish se retrouvait donc à la tête d’une drôle d’équipe. Hunter prétextant ne rien y connaître en navigation s’était installé dans un coin et n’en bougeait plus. C’était un jeune garçon d’une quinzaine d’année. Ses épines noires encadraient un visage éclairé par des yeux améthyste qui semblaient fixer Kayra. Plus d’une fois Tenish le vit détourner le regard lorsque la louve se tournait vers lui. Les loups manœuvraient le bateau en silence, tandis que les deux nomades passaient le plus clair de leur temps à se disputer. Ce qui mettait une certaine animation ! Pourtant lorsqu’ils accostèrent tous se turent.

Le volcan avait fini de cracher sa lave depuis déjà longtemps, le calme était revenu. Un calme irréel, il n’y avait plus un bruit dans l’île, les oiseaux l’avaient désertée, et la plupart des petits animaux avaient péri. Les coulées n’étaient pas encore toutes solidifiées, l’ensemble du paysage s’était transformé. De la plage, il ne restait pas grand-chose, une coulée de magma l’envahissait en partie. La forêt était calcinée. Seuls quelques troncs noircis restaient encore debout. Les hybrides s’avancèrent en silence dans les terres. Des terres dévastées, brûlées ! Plus aucune fleur, pas la moindre trace d’herbe ne subsistait. Partout une épaisse couche de lave solidifiée recouvrait tout. Les loups ne reconnurent pas immédiatement le site de Kemisha. Kayra fut la première à se rendre compte qu’ils étaient dans le village. Elle reconnut le sommet du beffroi qui n’avait pas été enseveli. Il n’y avait pas une seule maison, tous les bâtiments avaient disparu. Les canidés perdaient tout espoir de retrouver des survivants. Bien que vaste, l’ensemble de l’île avait été touché par les coulées de magma. Retrouver des objets familiers ou même des cadavres était illusoires. Malgré tout, les hybrides se mirent à fouiller.

Kayra participait aussi, bien qu’elle redoutait à tout instant de tomber sur quelque chose d’horrible. Alors qu’elle fouillait aux abords d’une coulée, un éclat brillant accrocha son regard. Curieuse, la jeune fille s’approcha. Il s’agissait d’un joyau en parti enseveli dans la coulée. Kayra trouva une grosse pierre et s’en servit pour dégager le joyau. Des petits éclats de roches volcaniques volèrent dans tous les sens et brusquement un morceau plus gros s’arracha, laissant échapper un peu de magma brûlant. Kayra se recula vivement en poussant un cri de surprise. Le fin filet se solidifia aussitôt, mais la pierre précieuse était dégagée. Revenue de sa stupeur, la louve s’empara de la pierre brillante. Elle était aussi rouge que la lave.
Le chat et l’échidné qui l’avaient entendue crier, accoururent rapidement. Hunter resta pétrifié sur place en découvrant ce que la louve tenait en main.

- Ce n’est pas possible ! murmura-t-il.
Quant à Venioc, il siffla les yeux brillants.
- C’est un joli bijou. Pour une jolie fille ! affirma-t-il en faisant un clin d’œil à Kayra.
Sans prêter la moindre attention au félin, elle se dirigea vers l’échidné. Son attitude ne laissait aucun doute.
- Tu sais ce que c’est ?
- Une Emeraude du Chaos. C’est mon clan qui en a la garde depuis des générations. En tout il y en a sept, nous en avons cinq dans notre village et une sur l’île sanctuaire. Je croyais la dernière perdue.
Xyla et Tenish qui venaient d’arriver, prirent la conversation en cours.
- Ces pierres sont magiques, et particulièrement dangereuses, si on ne fait pas attention. On dit qu’une fois réunies, leur pouvoir permet d’accomplir des miracles.
Kayra regarda un moment la pierre puis la tendit à l’échidné.
- Il vaut peut-être mieux que ce soit toi qui la garde.

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MessageSujet: Re: La mémoire des loups   Mer 17 Juin - 22:10

Chapitre 6


Zelquia et le loup rouge s’étaient enfoncés dans ce qu’il restait de la forêt. Ils tentaient de repérer l’étendue de la coulée. Ils s’étaient approchés de la plage et la hérissonne fut la première à voir surgir deux nouveaux hybrides. De loin, elle reconnut la silhouette d’un loup et crut qu’il s’agissait de survivants.

- Akashi regarde là-bas ! dit-elle en pointant les arrivants.

Le loup rouge releva la tête et plissa les yeux. A contrejour, il ne distinguait que deux silhouettes blanches. Au fur et à mesure qu’ils s’avançaient, un sourire éclaira le visage du jeune canidé, il reconnut son ami.

- Attil ! cria-t-il en accourant vers eux.

Le loup blanc s’arrêta, il n’était pas certain de bien voir. Lorsque le loup rouge se précipita vers lui, il ne lui restait plus un doute. Les deux amis se retrouvèrent avec bonheur. Après avoir rapidement présenté leur compagne respective, Akashi rassura le loup blanc.

- Ton frère et les filles sont là aussi. Viens allons les rejoindre !
Attil souffla de soulagement.
- J’ai vraiment cru ne pas m’en sortir, le village était envahi de lave. Je n’ai pas réussi à atteindre la maison de tes parents. Tu les as retrouvés ?
Le loup rouge se rembrunit, son sourire disparut immédiatement, il secoua la tête.
- Non et beaucoup des nôtres sont portés disparus. Mais il y a toujours de l’espoir. On a vraiment cru que tu étais mort.
Les deux amis retournèrent dans les restes du village.
Xyla fut la première à voir Attil et poussa un cri de joie qui fit sursauter tout le monde à l’exception de Tenish. Le loup bleu-vert ne tourna la tête que lorsque Kayra lui tapa sur l’épaule.

- Regarde ! Articula-t-elle en désignant les nouveaux arrivants.

Les retrouvailles furent chaleureuses et empreintes de larmes de joies. Durant le reste de la journée, les jeunes gens se racontèrent leurs aventures. Ne voulant pas reprendre la mer de nuit, ils s’installèrent sur la plage à la lumière d’un feu de camp. Pressé de question sur l’Emeraude, Hunter raconta tout ce qui savait sur ces pierres.

- Si vraiment elles ont des pouvoirs magiques peut-être qu’on pourrait les utiliser pour faire revenir tout comme avant ? suggéra Xyla pleine d’espoir.
- Je ne pense pas que ce soit possible et de toute façon jamais ma mère ne laissera des étrangers les utiliser ! Murmura l’échidné.
- Oh ! Ce ne serait pas grand-chose ! On essaye et on vous les rend ! s’exclama le loup rouge.
Il espérait secrètement revoir ses parents.
- Ce n’est pas possible ! répondit un peu sèchement Hunter.

Les deux hybrides commencèrent à se disputer. Akashi reprochait à l’échidné son manque de compassion. Le loup était soutenu par Xyla et Attil. Même Tenish semblait approuver. Les nomades se gardèrent bien d’intervenir dans la conversation mais Ake se rangea du côté des loups. Ce sentant acculé et à bout d’arguments, Hunter finit par se lever brusquement et partit dans la nuit. Kayra se sentit mal pour le jeune homme. N’écoutant que son cœur, la louve se leva à son tour et tenta de le rejoindre malgré les interdictions de sa sœur.

Lorsqu’elle le retrouva, l’échidné s’était assis contre la falaise et regardait le large.
- Il ne faut pas leur en vouloir, dit-elle doucement.
- Je ne leur en veux pas, mais ils ne veulent pas comprendre.
Kayra s’installa à côté de lui.
- Moi aussi j’aimerais revoir mon père !
- Les Emeraudes ne ressuscitent pas les morts. Sinon je pourrais aussi la faire revenir ! grogna le garçon.
Il poussa un long soupir. Cette discussion lui avait rappelé le douloureux souvenir de la perte d’un être cher.

- Je suis certain que s’il y a une solution, le grand Conseil l’appliquera.
- Tu as raison !

Les deux jeunes gens restèrent un long moment sans parler à contempler le vide devant eux. Jusqu'à ce que les autres inquiets se mettent à leur recherche.
Le reste de la nuit, ils dormirent à tour de rôle. Akashi avait suggéré un tour de garde, au cas où le volcan entrerait de nouveau en éruption.
Le lendemain n’ayant plus rien à faire sur l’île, les hybrides rentrèrent.

Une tempête d’été violente et soudaine les retarda et ils durent naviguer toute la journée. Ils n’accostèrent sur le continent que tard dans la nuit. Complètement épuisés, les jeunes gens regagnèrent rapidement le campement nomade. Venioc trouva quand même la force de proposer sa tente à Xyla mais ne récolta que sa récompense habituelle. Il renonça assez facilement de tenter sa chance avec la louve marron redoutant le regard noir de l’échidné. Par conte Hunter accepta immédiatement de dormir sous la tente du chat, au moins il pourrait le surveiller. Les louves et Ake allèrent se coucher dans la tente de la hérissonne et les trois loups regagnèrent celle qui leur était dédiée. Ils furent accueillis par un groupe de rescapés impatients qui leur demandèrent comment s’était passé leur mission. Attil et Akashi s’empressèrent de tout leur raconter. Ils comprenaient que les hybrides soient pressés de connaître les nouvelles, même si celles-ci n’étaient pas bonnes du tout.

- On a retrouvé aucun survivant, en dehors d’Attil, expliqua le loup rouge.
- J’ai eu de la chance que les Atliquiciens me retrouvent !
Tenish interrompit son frère en lui faisant quelques signes rapides.

- Oui, il y a ça aussi ! Murmura le loup blanc pour lui-même.
— a quoi ? demanda un canidé avec un bras en écharpe.
- On a trouvé une Emeraude du Chaos.
- Une quoi ? Hurla presque un autre loup.
- Chut !! Une Emeraude du Chaos, c’est Hunter qui l’a gardée, elles appartiennent à son peuple.
Il y eut un long silence, le hurlement du canidé avait réveillé quelques rescapés qui se rendormirent bien vite.
- On devrait faire la même chose ! murmura Akashi en réprimant un bâillement.

Tous ses compagnons approuvèrent et rejoignirent leurs lits. Rapidement comme presque tout le monde dans le camp les jeunes loups s’endormirent. Ce n’était pas le cas de celui à l’écharpe. Avec précaution, sans faire le moindre bruit, il réveilla plusieurs de ses compagnons. Une dizaine et tout aussi silencieusement, ils sortirent de la tente. A un endroit où ils se croyaient hors de portée des oreilles indiscrètes, ils discutèrent.

Kayra avait un sommeil agité, elle revoyait des visages familiers, des visages disparaissant dans les flammes. Ses pouvoirs lui venaient de la lumière, il s’apparentait donc au feu. Dans ses cauchemars, elle avait l’impression d’elle-même les embraser. Elle se réveilla en sursaut, étouffant. La jeune fille resta un moment assise dans le noir à chercher sa respiration, essayant de se calmer. Mais des murmures attirèrent son attention. On parlait près de la tente. Elle tendit l’oreille pour tenter d’identifier les voix mais elle comprenait à peine les murmures.

- C’est une chance unique ! On doit la saisir !
- Je suis bien d’accord mais… ?
- Ecoute avec la sécheresse de cette année aucun clan ne pourra nous prendre, il faut qu’on se débrouille seuls.
- On ne va pas tergiverser des heures tu nous suis oui ou non !

Il y eut un long silence, Kayra tenta de se rapprocher pour mieux entendre.

- Je vous suis ! Elle est où ?
- Sûrement avec l’échidné !
- Allons-y !

La jeune fille faillit pousser un cri de surprise, elle n’avait pas saisi toute la conversation mais une chose était certaine, ils parlaient de Hunter. Elle alla directement à la couche de sa sœur et la secoua pour la réveiller. Zelquia se réveilla également et lorsque la louve lui eut expliqué la conversation, elle se précipita vers la tente de son ami en ordonnant aux deux sœurs d’aller chercher les autres et de réveiller Ake qui dormait toujours profondément.

Hunter ne dormait pas. Il était allongé sur le lit, les mains derrière la tête, les yeux fixés au plafond. Au début, il avait écouté le chat lui vanter ses nombreuses conquêtes amoureuses mais très vite Venioc s’était endormi. Et maintenant, c’était ses ronflements sonores qui l’empêchaient de dormir. Au moins, il était certain que le félin n’irait pas ennuyer les filles. Entre deux ronflements, l’échidné crut percevoir un murmure. Dans le doute, il se redressa et regarda autour de lui. Difficile de se concentrer avec le chat, sa couche était juste à côté. L’hybride noir lui plaqua la main sur la bouche pour avoir le silence. Venioc bougea, chassa la main qui le gênait et se retourna en marmonnant.

- Oui embrasse-moi !!

Hunter le regarda en fronçant les sourcils. Ce chat ne pensait qu’à ça ! Même en dormant ! Mais il était à peine sorti de ses réflexions que deux loups surgirent dans la tente et se jetèrent sur lui. L’échidné réceptionna le premier d’un coup de poing mais entraîné par l’élan, il bascula avec le second agresseur au sol. Il s’était agrippé au lit par réflexe, pour se retenir, ce qui fit basculer le chat également. Trois autres canidés étaient entre temps rentrés, essayant d’immobiliser le jeune échidné. Hunter en envoya un autre au tapis avant de se faire assommer. Venioc émergea avec difficulté mais dès qu’il vit les loups s’en prendre à son compagnon de chambre, il se précipita dans la mêlé en hurlant.

- Personne n’a le droit de rentrer chez moi sauf les jolies filles !

Un troisième loup tomba tandis que d’autres arrivaient. A sept contre un le félin ne tint pas bien longtemps. Ils le repoussèrent et il finit comme son compagnon de chambre.
Récupérant la pierre et leurs camarades les canidés s’enfuirent tandis que dans le camp plusieurs torches s’allumaient. Le cri de Venioc avait réveillé les nomades. Zelquia arriva au moment même où les loups sortaient, elle se mit en garde devant eux.

- C’est comme ça que vous nous remerciez notre hospitalité ? S’exclama-t-elle furieuse.

Les canidés se regardèrent et s’enfuirent. La hérissonne ne chercha pas à les rattraper elle s’inquiétait trop pour les garçons. Elle entra précipitamment dans la tente pour y découvrir les deux hybrides affalés l’un sur l’autre. Hunter commençait à émerger. Il se redressa en se massant la nuque.

- Vous allez bien ? S’inquiéta la hérissonne.
- Moi, oui ça va ! Ces loups, ils sont partis ?
Zelquia s’approcha d’eux pour vérifier si Venioc n’était pas blessé. Elle prit délicatement sa tête et vérifia son pouls. Lorsqu’elle constata qu’il n’était qu’évanoui, elle le laissa brutalement retomber au sol et se releva.

- Oui mais ils n’iront pas bien loin ! On va les rattraper. Qu’est-ce qu’ils voulaient ?

Encore un peu sonné l’échidné ne s’était pas encore posé la question, pourtant la réponse était évidente. Il releva les yeux sur l’hybride mauve.

- L’Emeraude ?!

Aussitôt il se remit sur pied poussant le chat sur le côté et s’empressa de vérifier. Elle avait disparu. Hunter jura et se précipita à la suite des loups. En passant l’entrée la tente, il bouscula Kayra qui arrivait avec ses amis. La louve tomba sur les fesses. Le jeune garçon se hâta de l’aider à se relever en se confondant en excuses. Immédiatement après être certain que son amie n’était pas blessée, il prit à partis ses compagnons, les accusant de l’avoir trahi. La louve les calma mais Hunter tournait déjà les talons.

- Où vas-tu ? demanda la jeune fille.
- Les rattraper ! Ils vont sûrement chercher les autres. Je suppose qu’ils savent où les trouver, répliqua Hunter en fusillant Akashi du regard.
Le jeune loup secoua la tête.

- On a rien dit sur les autres…

Il s’arrêta et baissa les oreilles. Le loup rouge se rendait soudain compte que c’était leur conversation qui avait sûrement tout déclenché. Attil se fit la même remarque, il regarda l’échidné avant d’affirmer.
- Si tu dois blâmer quelqu’un, c’est moi, dit-il. Je viens avec toi.
Il ne voyait que ce moyen pour se faire pardonner. Kayra proposa immédiatement de les suivre. Akashi toujours les oreilles basses, les regarda alternativement.
- Il faut prévenir le Grand Conseil !

Après maintes discussions les hybrides se séparèrent en deux groupes. L’un fila vers le Grand Conseil pour prévenir les Sages de l’action des loups dissidents, tandis que l’autre allait vers la Forêt Enfouie. Hunter guida donc Kayra, Attil et les deux nomades vers son territoire.

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MessageSujet: Re: La mémoire des loups   Dim 21 Juin - 13:59

Chapitre 7



Les loups dissidents venaient d'arriver près de la grande muraille qui cerclait le village échidné. Tapis dans l'ombre, ils s'étaient rapprochés les uns des autres pour se concerter. Diokine leur chef, du moins celui qui les avait entraînés dans cette aventure, tenait fermement l'Émeraude rouge dans sa main gauche, la droite toujours maintenue par une écharpe. La pierre l'obsédait, ses yeux bleu clair brillaient de convoitise.

- Que fait-on maintenant Diokine ? demanda la seule représentante féminine de ce petit groupe. Où sont les autres ?

L'interpellé leva les yeux sur la louve noire mais il ne semblait ne pas avoir entendu la question. Après un moment de silence, il baissa de nouveau le regard sur l'Émeraude et murmura comme pour lui-même.

- Au centre du village, il y a une grande pyramide, c'est leur lieu de culte. Elles sont sûrement là-bas.

Cette fois un éclair de démence passa dans son regard lorsqu'il s'adressa à ses compagnons.
- Tsukue et Sekoï vous allez nous débarrasser de ses gardes et nous ouvrir la porte.
La louve et un de ses compagnons dressèrent les oreilles. Ils échangèrent un regard. De tous leurs compagnons, ces deux-là avaient un pelage d'ébène qui les dissimulait facilement du regard des autres. Idéal pour se faufiler dans l'ombre. Les deux loups opinèrent du chef et se mirent dans le plus grand silence à escalader la muraille. Le chemin de ronde n'était large que d'un mètre, les deux canidés se suivaient. Sekoï en tête s'arrêta un moment et se retourna vers sa compagne.

- Ça ira ?
- Oui ne t'inquiète pas je ne reculerais pas.

Tsukue sortit un long poignard à la lame ondulée de sa ceinture. Une grande détermination brillait dans son regard d'or. Elle n'avait plus rien à perdre. Le volcan lui avait pris sa famille. Son mari était porté disparu et elle avait vu sa fille périr dans les flammes alors qu'elles tentaient de s'échapper de la forêt. Les cris de l'enfant résonnaient encore dans son esprit. A ce souvenir, des larmes emplirent ses yeux qu'elle chassa d'un rapide mouvement du poignet. Non elle n'hésiterait pas, ces pierres étaient le seul espoir de revoir sa fille.

Sekoï s'avança près du premier garde, c'était le plus proche d'eux. Il avait le regard fixé sur la forêt, mais il était visible qu'il n'était pas attentif. Un bâillement, il s'étira longuement. Le loup s'approcha de lui par-derrière alors que l'échidné s'étirait, il le bâillonna et lui trancha la gorge d'un geste vif et rapide. Le garde s'effondra sans un bruit. Tsukue avança devant le second. Celui-ci, assis adossé au mur, semblait somnoler, elle s'accroupit à sa hauteur, plaqua sa main libre contre sa bouche pour l'empêcher de crier et de donner l'alerte. L'échidné se réveilla en sursaut. Il n'eut que le temps de voir l'éclat brillant de la lame refléter les rayons de la lune avant que celle-ci s'enfonce dans sa poitrine. Tsukue le fixa, soutint son regard améthyste qui exprima d'abord la surprise puis la peur lorsque la lame s'enfonça dans son cœur.

- Je suis désolée ! murmura-t-elle.

L'hybride eut quelques soubresauts puis la lumière de la vie s'éteignit dans ses yeux. Lentement la louve se releva, le sang tachait son pelage, ses yeux étaient vides. C'était la première fois qu'elle tuait. Une main se posant sur son épaule la fit sursauter. Sekoï prit doucement la louve dans ses bras, il la serra. Elle pleurait, tuer de sang-froid n'était pas chose aisée même avec la meilleure des motivations. Elle ne pouvait se consoler qu'en se disant qu'avec les Émeraudes, elle ferait le vœu de tous les ramener. Mais au fond de son être, elle savait que c'était qu'une pure utopie. Le loup noir laissa sa compagne pour actionner l'ouverture de la lourde porte. Diokine, suivi de ses compagnons, pénétra rapidement dans l'enceinte de la citée. Sans se préoccuper de l'état mental de la louve, il s'enfonça dans les ruelles sombres. Le soleil allait bientôt se lever, il voulait trouver les pierres et partir avant pour ne pas se faire repérer. Alors il pressait le pas. Il marcha directement vers la pyramide. Pour le moment tous les villageois dormaient et il n'y avait personne dans les rues. Soudain le loup s'arrêta brusquement dans sa main la pierre rouge luisait comme un cœur qui bat.

- Qu'est ce que…?
- Waouh !

Tous regardèrent le joyau. Ce fut la louve qui marchait un peu en retrait qui leur signala qu'une lumière étrange provenait d'une maison. Par la fenêtre, une lueur multicolore s'échappait. Cela ne ressemblait en rien à une bougie. Sans attendre Diokine se précipita dans l'habitation. Seulement cinq loups étaient entrés dont Diokine et Sekoï. La louve était restée dehors avec les autres pour faire le guet. L'habitation était relativement sommaire. Trois pièces dont une assez grande faisait office de salle principale. C'était de là que provenait la lumière. D'un coffre situé dans un coin de la pièce. Sekoï, pendant que les autres s'intéressaient au coffre, regarda la salle. Il y avait peu de meubles, une table quelques chaises et deux étagères. Dans un coin, une sorte de poêle permettait de faire les repas. C'était très calme, il n'y avait aucun bruit, pas un mouvement. Le loup se demandait si cette maison était habitée. Et comme pour répondre à sa question une petite hybride rouge émergea d'une des pièces annexes, le regard encore rempli de sommeil. Elle ne devait pas avoir plus de dix ans et se frottait les yeux.

- Maman c'est toi ?

La jeune fille leva alors des yeux mauves vers le loup. Elle resta un instant paralysée de stupeur. Cela suffit à Sekoï pour la prendre dans ses bras et la bâillonner.

- Chut ne dit rien ! Tout va bien se passer ! murmura le loup noir.
C'était peut-être un guerrier, il était capable d'abattre des gardes sans la moindre hésitation mais une enfant ! Il ne voulait pas lui faire le moindre mal. Forcément ce petit interlude attira l'attention des autres. Seul Diokine resta fixé sur son objectif. Il venait de découvrir ce qu'il convoitait tant. En tremblant presque, il sortit une à une les pierres de leurs écrins. Mais il dut rapidement se rendre compte qu'il en manquait encore une. Ivre de rage d'échouer aussi près du but, le vieux loup à l'écharpe se retourna vers Sekoï et l'enfant qu'il immobilisait toujours.

- Où est-elle ? Où la cachez-vous ?

L'enfant était complètement terrorisée mais malgré cela, elle ne dit rien défiant du regard le vieux loup. Et comme si cela ne suffisait pas un de leurs acolytes passa la tête dans l'entrebâillement de la porte.

- Il faut partir vite, ça commence à bouger !

Dehors il y avait déjà deux cadavres d'échidnés et celui d'un loup. Les dissidents récupérèrent l'équipement de leurs victimes. Ils étaient maintenant bien armés. Diokine fit signe à ses compagnons de sortir puis en regardant l'enfant il murmura.

- On l'emmène !

Sekoï écarquilla les yeux de surprise mais obéit sans discuter. Le vieux loup savait ce qu'il faisait après tout. Rapidement les canidés et leur otage se glissèrent de nouveau dans les ruelles sombres, mais maintenant les échidnés étaient réveillés, le soleil commençait à pointer, ils ne pouvaient pas rester ici. A contre cœur Diokine ordonna le repli. Après une dernière altercation qui laissa deux autres morts, ils parvinrent à s'enfuir dans les bois épais de la Forêt Enfouie.




L'échidné noir pressait le pas, il avançait bien trop vite pour que ses amis le suivent et dut revoir son rythme à la baisse. Le jeune garçon fulminait de rage. Il avait l'impression d'avoir failli au devoir de ses ancêtres. Rien ne semblait l'apaiser pas même les sages conseils de la louve marron. Pourtant arrivé à l'entrée de la vallée, il laissa de côté ses sombres pensées. Ce spectacle avait le don de l'apaiser. Le soleil naissant venait darder de ses rayons la forêt vierge la nappant d'une lumière dorée.

- C'est magnifique, murmura Kayra qui ne pouvait détacher son regard azur de l'horizon.

Venioc s'approcha, son éternel sourire accroché aux lèvres. Il posa son bras droit sur les épaules de la louve et pointa le panorama de son arc.
- Ce n'est rien en comparaison de ta beauté. Le soleil fait pâle figure à côté de…. Aïe ! Aïe ! Mais arrête ! Tu fais mal !
Zelquia l'avait sans ménagement tiré par l'oreille jusqu'à l'échelle de corde qui permettait de descendre.

- Fait quelque chose d'utile pour une fois, descend ! Et vérifie qu'il n'y a pas de danger !
- Ouais ça va t'as pas besoin d'être aussi brute, ronchonna-t-il en se frottant l'oreille.

Espérant sans doute un regard compatissant de la part de la louve, il se retourna vers elle s'apprêtant à lui demander si elle avait besoin d'aide pour descendre. Mais ce fut un regard améthyste très en colère qu'il rencontra. Hunter le fixait, les bras croisés, attendant le pied ferme la prochaine remarque du félin.

- Mouais t'as raison ! dit-il se ravisant soudain.

Habilement le chat attrapa les lianes tressées et se laissa glisser rapidement jusqu'au cœur de la forêt. La hérissonne et Attil ne tardèrent pas à le suivre laissant Kayra et Hunter seuls un moment.

- Ton territoire est très beau !
L'échidné pointa du doigt un monument dépassant de la végétation. Juste un sommet triangulaire reflétant les rayons du soleil.

- Mon village est là-bas ! Il faut faire vite ! Je m'inquiète pour les miens.

La louve hocha la tête furtivement, elle posa un baiser sur la joue de son compagnon puis à son tour descendit dans la jungle. Hunter resta un moment figé, la main sur la joue. Les filles, c'était définitivement pas son truc, il ne savait jamais comment réagir avec elles. Il se secoua, pour le moment il avait bien d'autres soucis que de comprendre la signification de ce baiser. Il rejoignit ses compagnons. Si la plate-forme qui surplombait la forêt était baignée de soleil ici il faisait nuit noire. Kayra mit les mains en creux devant elle, ferma les yeux pour se concentrer. Au bout de quelques secondes une boule de lumière se forma dans ses paumes. Elle grandit jusqu'à faire la taille d'un ballon et resta suspendue à un mètre du sol. Un véritable petit soleil miniature.

- Tes pouvoirs sont bien utiles ! s'enthousiasma Attil en passant la main dans les cheveux ondulés de la louve pour la décoiffer légèrement.

Celle-ci se mit à rougir et la petite troupe reprit sa route. Bien que Hunter connaisse parfaitement le chemin, ils n'avançaient pas très vite. Les loups n'étaient guère habitués à évoluer dans ce milieu. Les deux nomades avaient pris un peu d'avance, partis en éclaireurs. Deux heures déjà qu'ils déambulaient dans la forêt, lorsque Venioc atterrit devant eux souplement, il venait de tomber d'un arbre. Kayra étouffa un cri, elle ne l'avait pas entendu arriver tandis que Hunter faillit lui écraser son poing sur la figure. Mais voyant la mine inquiète et sérieuse du félin il se ravisa.

- Qu'y a t il ? demanda le loup blanc.
- Il y a deux pistes. Une va vers la citée et l'autre s'enfonce dans la forêt vers l'ouest. On va vers où ?

L'échidné réfléchit rapidement. Vers l'ouest, il n'y avait rien en dehors d'une falaise à pic, impossible à escalader si on n'est pas échidné.

- Alors on continue vers la citée ?

Hunter était perplexe, il ne savait pas trop quelle décision prendre. Le chat vint alors à son aide.

- Zel et moi on va suivre la seconde piste, retournez au village !
L'air du chat avait changé, il n'avait plus rien du dragueur qui ne pensait qu'à sa personne qu'il avait cru jusqu'à maintenant. L'échidné hocha la tête et reprit son chemin d'un pas vif. Lorsqu'il passa près de lui le nomade murmura de façon à être entendu que de lui.
- Je viendrais te prévenir si on trouve quelque chose. Fait attention à elle.
Puis il reprit son sourire charmeur pour faire un clin d'œil à Kayra.

- À bientôt jolie fleur !

Il disparut aussitôt après entre les feuilles de fougère. Hunter n'attendit pas plus, il fila rapidement vers son village animé, d'un très mauvais pressentiment.

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MessageSujet: Re: La mémoire des loups   Mer 24 Juin - 11:18

Chapitre 8



Le grand conseil s’était réuni presque au complait. A cause de la chaleur au dehors, les sages s’étaient entassés dans la petite maison. Raggar présidait le conseil depuis déjà de nombreuses années et jamais encore il n’avait eu autant d’anxiété. Cette année avait été très difficile à cause de la sécheresse et aucun clan ne pouvait assurer la survie d’une trentaine d’hybrides supplémentaires. Bolidas qui venait d’arriver l’avait rassuré quant au sort d’Attil et cela lui procura suffisamment de réconfort pour affronter les choix difficiles qui allaient se présenter à eux. Il parcourut l’ensemble des visages familiers. Jamais encore depuis qu’il le présidait, le Grand Conseil ne s’était ainsi réuni au complet.

Presque tous étaient arrivés. Fayra était partie chercher le représentant de Tituau. Les îles très éloignées demandaient plusieurs jours de voyage par la mer. En vol cela serait plus rapide. A la droite de Raggar siégeait un magnifique papillon aux ailes multicolore. Gallyel était à la fois le chef de famille royale de Seretinia et le représentant pour le Grand Conseil de son clan. Il discutait avec le morse, Nasho et le Sage Sylliste. Les deux derniers arrivés Cihad, le fennec du désert et Flake la renarde des montagnes prenaient conscience de la situation.
Cette dernière arrêta soudain l’échidné qui racontait en dressant les oreilles.

- Un groupe arrive, ils sont quatre.
Ils accueillirent les nouveaux arrivants avec angoisse. Layen poussa un long soupir, elle pressentait encore des ennuis. Son inquiétude grandit lorsqu'elle s'aperçut que son fils n'était pas avec eux. Akeshi parla devant l'ensemble du conseil, il exposa la situation. Le jeune canidé à la fin de son récit leva les yeux sur l'échidné, elle était devenue livide.

- Hunter et les autres sont partis à la poursuite des dissidents.

Il n'y eut aucune réaction de la part des sages mais on les pria de sortir pour les délibérations. Dehors les jeunes gens s'assirent à même le sol patientant comme ils le pouvaient. Ils virent arriver la tourterelle portant un reptile. Il ne leur fallut pas bien longtemps pour entendre le ton monté dans le conseil et au bout d'une dizaine de minutes, Layen sortit. Bien déterminée à régler cette affaire le plus vite possible, l'échidné bordeaux n'écouta pas les conseils de ses amis qui lui demandaient de se calmer et d'attendre des nouvelles. Elle partit aussitôt pour son territoire.
Fayra quitta à son tour le conseil et rejoignit rapidement Layen.
- Viens on ira plus vite par la voie des airs.
L'oiseau prit son envol emportant l'échidné avec elle.



Les loups réussirent sans trop de problème à sortir de la ville. Il ne déplorait qu'un mort et deux blessés légers. Diokine gardait précieusement les Émeraudes dans son sac et pressait la jeune échidné de questions, la menaçant de la tuer, elle aussi, si elle ne parlait pas. Elle venait d'avoir dix ans, bien que considérée comme une adulte puisqu'elle avait passé le rituel depuis peu, la jeune fille manquait d'expérience dans le combat. Elle n'avait pas tenté de se défendre ou de s'enfuir parce qu'elle savait n'avoir aucune chance. Elle préféra essayer de gagner du temps pour permettre à son clan de la retrouver. Lorsque Diokine l'avait menacée, une idée avait germé dans son esprit et malgré la peur qui lui vrillait l'estomac, elle affirma que l'Émeraude manquante se situait dans une des grottes de la falaise. La Forêt Enfouie portait ce nom parce qu'elle était dans un cirque profond, donc encerclée de hautes falaises. La jeune fille les avait guidés dans une clairière qui faisait face à une paroi percée de trous en hauteur. Elle savait pertinemment que les loups, une fois dans la grotte, seraient bloqués lorsque ses amis viendraient lui porter secours. Elle avait fait en sorte de laisser assez d'indices pour qu'on la retrouve. Elle désigna une cavité profonde à une dizaine de mètres du sol.

- Elle est là-haut.

Bien qu'ils mirent plus d'une demi-heure, ils parvinrent à se hisser dans la grotte. Diokine fébrile chercha dans les moindres recoins la pierre. Sekoï et un de ses compagnons s'occupèrent de soigner les blessés. Fort heureusement, ce n'était pas bien grave. Quant aux autres loups, ils firent l'inventaire de leurs armes, tandis qu'on avait confié la garde de l'échidné à Tsukue.

- Comment t'appelles tu ? demanda la louve en vérifiant que les liens étaient bien serrés.
- Pourquoi vous faites ça ?
- C'est une longue histoire. Mais les Émeraudes vont nous permettre de retrouver notre terre et nos amis.
L'enfant la regarda en penchant la tête, elle avait cru voir ses yeux briller.
- Je m'appelle Daoma et toi ?
- Tsukue !

Se sentant le devoir de lui expliquer ses motivations, l'obligation de justifier leurs actes, la louve lui raconta toute l'histoire, lui expliqua en détail comment les siens avaient péri. Elle espérait la toucher lui faire comprendre qu'ils n'avaient pas le choix. Daoma l'écouta sans rien dire mais à la fin de son récit, elle soupira et secoua doucement la tête.

- Les Émeraude du Chaos ont un grand pouvoir, mais elles ne font pas ce genre de choses c'est impossible. Seuls les dieux peuvent accorder une seconde vie.
Diokine venait d'arriver ivre de colère, il bouscula la louve et attrapa l'enfant pas les épines pour la soulever à la hauteur de ses yeux. Son regard était celui d'un dément. Son pelage bleu nuit ruisselait de sueur.
- Tu mens ! Où elles sont ? Tu m'as menti.

Le vieux loup tremblait de rage, il repoussa brutalement Daoma qui se cogna contre la paroi. Puis il se retourna vers Sekoï.
- Tue-la ! ordonna-t-il d'une voix hystérique.
Le loup noir le fixa interloqué, puis interrogea du regard ses compagnons. Personne ne comprenait la réaction de Diokine. Tsukue secoua la tête en murmurant.
- Tu ne peux pas faire ça c'est une enfant !
Le loup à l'écharpe se retourna vers elle, la fusillant du regard, mais il n'eut pas le loisir de répondre, une voix provenant de dehors le fit sursauter.

-Sortez de là ! Arrêtez maintenant, avant qu'il ne soit trop tard.

Un silence s'installa dans la grotte, plus un bruit, plus un geste. Ils étaient piégés, ils le savaient.

Hunter arriva dans son village, il régnait une ambiance tendue. D'ailleurs, il avait à peine passé l'entrée des fortifications que des guerriers braquèrent ses compagnons de leurs armes. Le jeune garçon calma aussitôt les esprits.

- Ils sont avec moi ! Il n'y a rien à craindre.
- Les leurs ont assassiné plusieurs de nos amis, et ont volé les Émeraudes du Chaos. Tu es sûr de leur faire confiance ?
- Oui ! répondit sans la moindre hésitation l'échidné noir.

Le guerrier qui lui avait parlé, fronça les sourcils, marmonna quelque chose d'incompréhensible dans sa barbe avant de lentement abaisser sa lance et de les laisser passer.

- Tu es responsable de leurs actes ! cracha-t-il d'un ton méprisant.
- Je me porte garant d'eux ! répondit Hunter sur le même ton en fusillant le garde du regard.
Suivi de près par ses deux amis, il s'avança vers le centre de la ville en ronchonnant. Depuis toujours, il était considéré comme le paria du clan, et ne pouvait rester et vivre à peu près tranquille, uniquement parce que sa mère dirigeait le village. Mais sa couleur, et un autre secret bien gardé faisaient de lui un être à part. Kayra sentit le malaise du jeune homme, et posa une main rassurante sur son épaule.
- Ca me touche beaucoup que tu nous fasses confiance.

Sur la place centrale près de la pyramide la même agitation occupait les échidnés, ils avaient rassemblé les victimes recouvertes d'un drap blanc. Un attroupement se tenait juste à côté, on parlait fort et le sujet de conversation n'était pas bien difficile à deviner. D'ailleurs, les discussions se turent soudain lorsqu'on s'aperçut de la présence des deux loups. Un silence oppressant suivit puis se fut un brusque un coup de colère. Les villageois prirent à partie les deux jeunes gens. Durant quelques secondes ce fut une grande confusion. Hunter tentait vainement de leur expliquer qu'ils n'avaient rien à voir avec les dissidents et qu'au contraire, ils venaient les arrêter. Mais personne ne l'écoutait, des pierres volèrent, Attil s'en prit une dans les côtes en protégeant Kayra. La louve effrayée se créa aussitôt un bouclier qui l'engloba elle et le loup blanc. Enfin une hybride orange aux yeux vert s'interposa et imposa le silence sans même élever la voix.

- Ça suffit ! Laissez Hunter s'expliquer !

Puis se retournant vers l'échidné noir, elle l'interrogea du regard.
Celui-ci s'empressa de tout raconter, en insistant bien sur le fait que seuls quelques loups avaient pris cette décision de les voler et, non tout le clan, du moins ce qu'il en restait. Puis il présenta ses deux amis.

- C'est pour ça que je suis revenu, ils m'ont accompagné pour tenter de raisonner leurs compatriotes, acheva-t-il.
L'échidné orange hocha de la tête et soupira.
- Ils sont déjà partis en emportant les Émeraudes, ils ont tué cinq guerriers et…
Elle s'arrêta pour fixer Hunter. Celui-ci de plus en plus inquiet commençait à fermer les poings de colère et de rage contenue.
- Daoma a disparu !

L'hybride noir écarquilla les yeux puis sans rien dire se précipita vers les habitations, il disparut rapidement derrière une ruelle sans que Kayra puisse l'arrêter ou le retenir. Elle venait de finir de soigner Attil et désactiva son bouclier. Malgré son appréhension, elle interrogea l'échidné orange.

- Qui est Daoma ?
La jeune louve se sentait mal. C'était vraiment très étrange. Un peu de jalousie ? Elle ne voulait pas l'admettre mais c'était l'évidence.
- Sa jeune sœur ! soupira l'hybride.

Elle s'approcha de la louve et lui prit les mains. Elle tremblait, ses yeux s'emplissaient de larmes. Pourtant sa voix était claire lorsqu'elle s'adressa à la louve.

—Ils vont commettre l'irréparable. Tu devras les guider par-delà les territoires connus. La survie de ton clan en dépend.

Kayra resta figée, elle ne comprenait pas ou voulait en venir l'hybride. Attil la tira par la main, la pressant de le suivre. Il voulait rattraper Hunter. Retrouver l'échidné noir fut bien plus simple qu'il ne le croyait. En fait, il était en train de se disputer avec la sentinelle qui les avait arrêtés. Les deux échidnés se turent lorsque les loups s'approchèrent.
Hunter les pressa.

- Ils ont fui vers les falaises, j'aurais dû suivre les nomades tout de suite. J'ai perdu du temps en revenant ici.
- On va les rattraper ! lui assura Attil.
Le loup regarda droit dans les yeux du garde et tendit la main.
- J'aurais besoin d'une arme !

Son ton était impératif, mais la sentinelle ne bougea pas, son regard était chargé de haine et de mépris. Hunter finit par lui prendre sa lance des mains pour la donner au loup. Puis ils partirent au pas de course.



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MessageSujet: Re: La mémoire des loups   Ven 3 Juil - 22:35

Chapitre 9



Ils arrivèrent très rapidement. Ils ne virent pas immédiatement les deux nomades dissimulés dans les arbres. Zelquia leur fit signe, les aida à monter. Les cinq amis s'installèrent sur les branches épaisses d'un séquoia plus que centenaire. Venioc était un peu plus haut que les autres, il surveillait la falaise au travers des feuilles. Si l'escalade ne posa aucun problème à Hunter c'était bien différent pour les deux loups. Kayra fut bien contente de pouvoir enfin s'asseoir sur une large branche. Elle s'agrippait fermement à une liane. Attil faisait de même, mais essayait de moins montrer son appréhension. Les arbres, qu'il escaladait enfant, étaient bien moins hauts que ceux-là. Zelquia après s'être assuré que la jeune louve était bien installée leur expliqua la situation.

- Ils sont dans une des grottes de la falaise. Celle qui est juste à côté du buisson grimpant là, dit-elle en désignant une large cavité. Ils sont huit plus une jeune échidné.
- Elle va bien ? Tu l'as vue ? la pressa Hunter.
- Visiblement, c'est elle qui les a conduits ici.
- Ça ne répond pas à ma question !
La hérissonne secoua la tête doucement.
- Je n'en sais rien ça fait plus d'une heure qu'il n'y a plus d'activité.

Le félin souplement et presque sans un bruit descendit rapidement à la hauteur de ses amis. Il s'installa juste à côté de l'échidné.
- En tout cas elle est super mignonne. Tu la connais ? demanda-t-il malicieusement. J'arrive en sauveur et…

Un coup de poing le fit taire, déséquilibré il bascula en arrière, et malgré ses réflexes, il s'étala de tout son long quelques mètres plus bas dans les fougères qui amortirent sa chute. Durant un moment les jeunes hybrides ne virent qu'une queue rousse terminée de poils noirs ébouriffés onduler en dehors de la végétation avant que le chat de se redresse, un peu sonné.
La surprise avait fait taire tout le monde. En fait tous regardait l'échidné perplexe tandis que lui fixait Venioc en agitant sa main gauche comme pour la dégourdir.

- Je t'interdis de l'approcher ! siffla-t-il en fusillant le félin du regard.
Zelquia finit par éclater de rire. Elle tendit la main à son compagnon pour l'aider à remonter tout en répliquant de manière sarcastique.
- Je croyais que les chats retombaient toujours sur leurs pattes ?
- Pas quand ils se prennent un coup, ronchonna le félin les oreilles basses.
Il s'installa près de la louve, c'est-à-dire complètement à l'opposé de Hunter.
- C'est qui cette fille sa copine ou sa sœur ?
La louve esquissa un sourire, mais ne répondit pas.

L'arrivée sur les lieux d'une dizaine d'échidnés mit un terme à l'ambiance plutôt tendu entre les deux hybrides aux yeux mauves. Hunter descendit leur expliquer ce que les nomades avaient vu et rapidement Zelquia le rejoignit pour fournir des précisions. Le groupe était dirigé par un vieil échidné rouge qui semblait un combattant aguerri. Il s'avança vers la clairière et somma les dissidents de se rendre d'une voix forte. Il y eut un moment de silence avant qu'une volée de flèches ne s'écrase à ses pieds, manquant de peu de le transpercer. Aussitôt il repartit sous le couvert des arbres.


Dans la grotte, l'injonction avait arrêté toutes les discussions. Diokine laissa la jeune fille en la repoussant vivement vers Tsukue et alla voir ce qui se tramait dehors.

- Ils sont combien ? demanda-t-il à un loup vert, qui scrutait la clairière tout en restant bien à l'abri contre la paroi.
- Hum, difficile à dire. Plus d'une dizaine mais plus on restera longtemps ici plus ils seront nombreux.
Le vieux loup retourna près de l'enfant et sans la toucher cette fois parce que Tsukue s'était interposée, il l'interrogea de nouveau.
- Comment on sort, il y a une autre issue ?

Son ton agressif faisait peur à la jeune fille qui pour le moment ne trouvait un peu de sécurité qu'en restant près de la louve. Tsukue se sentait très mal. Elle commençait à douter du bien fondé de cette entreprise. En fait, elle en doutait depuis le début, mais maintenant elle en était sûre. Mais elle n'osait pas encore s'opposer ouvertement à Diokine, elle préféra tenter de le raisonner.

- Arrête ! Tu lui fais peur. Si on arrête tout et qu'on leur rend leurs Émeraudes, ils nous viendront en aide. Et on a besoin de leur aide !
Le loup à l'écharpe tremblait de rage. Il fixa longtemps la louve qui dû baisser les yeux pour éviter de croiser son regard glacial.
- Il... Il n'y a aucune sortie… Rendez-vous s'il vous plait, implora Daoma.
Diokine d'un mouvement brusque écarta la louve et attrapa l'enfant par le bras, il la tira jusqu'à l'entrée de la grotte. Il plaça une dague sous sa gorge et s'avança de façon à être vu de la clairière.
- Donnez-nous la dernière pierre ! hurla-t-il avant de revenir à couvert.

Aussitôt, il dépêcha trois de ses sbires pour surveiller l'entrée et ordonna aux autres de s'enfoncer dans la grotte. Lui-même, avec l'enfant et la louve, s'installèrent pas trop loin de l'entrée dans une salle à l'aspect irrégulier. Les parois étaient couvertes de concrétions de granite certaines aussi pointues que des dagues, On y accédait par un goulot qui formait comme une entrée et l'isolait un peu du reste de la grotte, bien qu'il y ait une bonne vue sur l'extérieur. Diokine s'installa sur un amas de roches plus volumineux qui formait un creux grossier tel un fauteuil, un trône dans l'esprit dérangé du vieux loup.


Lorsque Daoma apparut à la lumière, menacée par Diokine, deux échidnés et Attil durent retenir Hunter qui voulait intervenir directement. Peu après alors que les échidnés se consultaient encore pour savoir que faire, tandis qu'Hunter fulminait de rage, Fraya et Layen arrivèrent. Les deux Sages prirent immédiatement les décisions qui s'imposaient. Tandis que la tourterelle retournait au Grand Conseil, L'échidné plaçait ses guerriers, tout autour de la clairière. Puis les mains bien en vue, elle s'approcha doucement dans la clairière. D'une voix claire et calme, elle tenta d'engager le dialogue avec les ravisseurs.

- Loups ! Je suis Layen, Sage des échidnés. Je sais que votre clan vient de vivre un drame. Nous pouvons vous aider ! Raggar va venir d'ici quelques heures. Ne faites pas de bêtises Rendez-vous !
Le silence lui répondit. Pourtant au bout d'une dizaine de minutes, Diokine apparut à l'entrée.

- Nous aider ? Donne-nous l'Émeraude, c'est le seul moyen de nous aider ! Quant à Raggar ce vieux fou ! Où était-il lorsque son clan avait besoin de lui ?

Aussitôt après le vieux loup s'en retourna dans son antre. Attil baissa les oreilles, la queue rabattue entre ses jambes. La réflexion de son compatriote l'avait profondément blessé. Kayra devinant son malaise posa la main sur son bras.
- Rassure toi Diokine est le seul à penser ça ! J'en suis sûre. Nous savons tous que ton père aurait préféré être auprès de nous, de ses fils, pendant cette catastrophe.

Layen poussa un long soupir. Pour le moment, elle restait calme et tachait de se contrôler. Les loups n'avaient aucune idée de l'importance qu'avait l'enfant qu'ils avaient enlevée et elle voulait garder au moins cet avantage.
- Nous n'avons pas la dernière Émeraude, elle est quelque part sur Mobius !
Un mensonge, l'Émeraude bleue était à l'abri sur l'Ile Sanctuaire. Elle espérait les raisonner ainsi.
Cette fois-ci Diokine revint immédiatement. Même de loin, son regard clair apparaissait comme celui d'un fou. Layen comprit que tout espoir de le calmer et de le ramener à la raison était inutile.

- Allez la chercher vite ! Ou je ne réponds de rien.
L'hybride bordeaux hocha la tête doucement et se recula jusqu'à disparaître dans les arbres.
- Jamais ils n'abandonneront, murmura-t-elle. Il faut trouver une autre solution.
Attil s'approcha à son tour, il avait reconnu son compatriote. Et il confirma rapidement les soupçons de l'échidné.
- Je le connais, c'est Diokine. Il a perdu toute sa famille dans l'éruption. Il a toujours montré des résistances et des a priori sur la politique et les engagements de mon père. Il est têtu. Je ne suis pas sûr que mon père arrive à le raisonner.

L'échidné décida de gagner un peu de temps en leur promettant d'aller chercher l'Émeraude. Malheureusement lorsque Raggar arriva, accompagné des quatre jeune gens et tenta à son tour de raisonner ses compatriotes, il ne reçut que le mépris et les insultes de la part de Diokine. Quant aux autres, ils étaient presque tous dans un état second et en dehors de Sekoï, personne ne discuta la décision de leur chef. Mais seul contre tous, le loup noir dut céder et se ranger de leur côté. Quant à Stukue, sa seule préoccupation était la sécurité de Daoma. La louve avait reporté tout son amour maternel sur l'échidné. Les dissidents se savaient piégés, ils perdaient patience. Une heure avant le couché du soleil Diokine donna un ultimatum.

- Je veux l'Émeraude à la nuit. Ou je vous renvoie l'enfant en morceaux.

Layen avait un plan en tête. Elle ordonna à deux de ses combattants d'aller chercher quelque chose au village pendant qu'elle expliquait aux autres, son idée.
- Ils ne laisseront pas Daoma partir tant qu'ils n'auront pas l'Émeraude, on va donc leur apporter.
- Ce n'est pas possible ! l'interrompit son fils. On ne peut pas la leur donner !
- Bien sûr qu'on ne peut pas, mais j'ai de quoi les tromper le temps de délivrer Daoma et les arrêter.
La Sage poussa un long soupire et continua.
- Je vais leur apporter une illusion et créer une diversion pour vous permettre de me rejoindre.
- C'est trop dangereux, j'irais à ta place. S’opposa son fils.
- Je suis d'accord avec Hunter, mais c'est à moi d'y aller, ils n'oseront rien me faire, affirma Raggar.
Layen secoua doucement la tête et posa la main sur l'épaule de son fils.
- Non, c'est à moi d'y aller. C'est ma fille, et c'est mon peuple qu'ils ont agressé.
- Et si je faisais la diversion ! proposa timidement la petite louve.
- Non ! s'opposa aussitôt sa sœur qui ne la quittait plus depuis leur retrouvaille quelques minutes plus tôt.
- Je ne prendrais aucun risque Xyla ! la rassura Kayra.

Tout le monde la regarda, un peu surpris. Jusqu'à maintenant, elle s'était tenu un peu à l'écart écoutant la conversation sans vraiment y participer. Elle exposa son idée qui fut acceptée. Maintenant ils n'avaient plus qu'à attendre la nuit pour réaliser leur plan de sauvetage.

Alors que le jour déclinait, la Sage s'avança de nouveau dans la clairière et tendit la main droite qui tenait une grosse pierre précieuse. Un énorme saphir provenant des trésors échidnés, taillé pour ressembler à une Émeraude du Chaos.
- Loups ! nous avons l'Émeraude ! cria-t-elle, espérant que l'obscurité allait jouer en leur faveur.
Il ne fallut pas longtemps pour voir apparaître le vieux loup à l'écharpe.
- Apporte là ici !

Ça marchait, presque mieux que prévu, Layen glissa le saphir dans ses épines et entreprit l'escalade. C'était assez simple pour une échidné, cela ne lui prit que quelques secondes pour se hisser jusqu'aux loups. Rapidement, elle repéra quatre loups, deux de chaque côté de l'entrée. Deux autres vinrent rapidement à sa rencontre et la conduisirent à Diokine. Layen chercha du regard sa fille et la trouva, écarquillant les yeux de surprise, juste à côté de Tsukue dans un renfoncement de la salle. Diokine lui faisait face, installé sur un rocher comme sur un trône, une dague reposant sur son flanc droit. Le bras gauche, toujours prisonnier de son écharpe. L'échidné ne se méfiait pas, impossible qu'il se saisisse facilement de son arme de la main droite. Confiante, elle s'approcha.

La louve avait réfléchi toute la journée, elle remettait en cause, toute cette histoire d'Émeraude. Dès qu'elle vit entrer la Sage, elle n'attendit pas l'ordre de Diokine pour détacher les liens de l'enfant tout en la gardant près d'elle.
- A la moindre occasion, tu te sauves ! souffla-t-elle à la petite fille.
Diokine tremblait d'impatience. Il n'avait pas vu le piège grossier tellement il était obsédé par les joyaux. Il les avait disposés à ses pieds, bien rangés les uns à côté des autres. N'attendant plus que la septième pierre que lui apportait l'échidné. Lorsqu'elle fut devant lui, il la reconnut rapidement.
- Layen ! Je t'ai déjà vue au Grand Conseil. C'est une sage décision que d'obéir à ma demande. Donne-la-moi !
Il tendit sa main valide devant lui.
Layen lui donna le saphir. Il était taillé de manière réaliste, en fait la seule différence était que contrairement aux autres Émeraudes, il ne brillait pas. Diokine le remarqua rapidement mais pas assez vite.


Plusieurs échidnés ainsi qu'Ake et Xyla s'étaient dispersés autour de la clairière, armés d'arcs et d'arbalètes, ils étaient chargés d'assurer la protection des autres. Dehors, Kayra s'était avancée dans la clairière, protégée par Attil et Akeshi. Elle généra une petite boule de lumière et la fit monter jusqu'à l'entrée de la grotte. Curieux et perplexes, les quatre gardes regardèrent l'étrange phénomène. Sekoï fut le premier à comprendre qu'il s'agissait des pouvoirs de leur jeune compatriote et bien qu'il ne puisse prévenir ses amis, il eut le réflexe de fermer les yeux. La petite sphère pénétra rapidement dans la grotte et explosa soudainement déployant une vive lumière, aveuglant momentanément les gardes. L'un d'eux cria, lâcha ses armes et se releva brusquement. Il fit trois pas vers le vide avant de basculer et de s'écraser dix mètres plus bas, aux pieds d'Hunter et Venioc. Les deux jeunes gens n'y firent pas attention, ils grimpèrent rapidement pour rejoindre la Sage.
Zelquia et Tenish bien moins agiles mirent plus de temps à se hisser jusqu'en haut.


Dans la grotte, la déflagration avait surpris tout le monde à l'exception de Layen. Elle était la seule à tourner le dos à la sphère, elle ne fut donc pas aveuglée. La lumière vive avait quand même pénétré dans la salle mais en moindre mesure par rapport à devant. Les victimes recouvrèrent donc plus rapidement la vue. Tsukue bien que ne discernant mal ce qui l'entourait, compris que c'était leur chance, celle de la petite fille. Elle la poussa.
- Vas-y vite !
L'enfant, non plus, ne voyait rien, elle courut vers l'endroit où se situait sa mère qui l'attrapa au passage pour la serrer dans ses bras.
- Tu m'as trahi ! hurlait le loup aux yeux clairs.

Protégé en partie par le renfoncement de sa position et l'ombre que portait Layen sur lui, il retrouva très vite ses facultés visuelles. Il dégaina sa dague de sa main gauche d'un geste vif et voulut transpercer l'enfant qui dans les bras de sa mère lui tournait le dos.


Hunter arriva en premier. Il attrapa la cheville d'un des loups et le tira vivement dans le vide avant de monter sur la plate-forme. Le loup sourd et la hérissonne en contre bas le réceptionnèrent et le confièrent à Raggar et quelques échidnés. Venioc souple et très agile échappa à celui qui voulut l'attraper à l'arrivée. Le félin se redressa d'un saut et fit face à son adversaire.
Hunter fut arrêté par Sekoï, le loup noir s'interposa devant l'échidné une lance fermement tenue dans la main. Sans sommation, il l'attaqua en piquer visant le ventre de l'échidné. Le jeune garçon fit un pas de côté au dernier moment, attrapa la lance et tira brusquement dessus. Les deux adversaires se retrouvèrent face à face tenant chacun l'arme devant lui. Sekoï lança un coup de pied vers le tibia d' Hunter, celui-ci l'esquiva simplement en reculant la jambe. Il pivota sur lui même en ramenant la lance au-dessus de lui, maintenant dos à dos, il fit basculer son adversaire, par-dessus lui, souhaitant le projeter au sol et récupérer la lance. Cela ne marcha pas vraiment comme il l'espérait. Le loup retomba sur ses jambes, il posa son pied sur le ventre de l'échidné et se laissa tomber au sol. Profitant de l'élan et de la technique d'Hunter, il fit rouler l'hybride noir par dessus lui. Surpris, l'échidné n'avait absolument pas prévu cette réaction et déséquilibré il se sentit partir sans pouvoir résister. Il heurta durement une paroi avant de rouler par terre. Une vive douleur lui traversa la poitrine. Le temps de serrer les dents, lorsqu'il releva les yeux, le loup était déjà sur lui, prêt à abattre sa lance. Il eut juste le temps d'apercevoir une boule orange tomber sur Sekoï pour le plaquer au sol. Au même moment un cri déchirant résonna dans la grotte.

Hunter reconnu la voix de sa mère et se releva aussitôt fou d'inquiétude.
Douleur, peur, toutes ses souffrances le nourrissaient le réveillait peu à peu. Personne ne le voyait dans l'obscurité, mais les yeux du jeune échidné noir avaient changé, ils étaient presque entièrement mauves.

Un peu plus loin dans la grotte, Diokine venait d'abattre sa dague sur les deux échidnés. Il visait l'enfant mais Layen l'ayant vu s'était tournée s'interposant entre l'arme et sa fille. Elle sentit la lame s'enfoncer profondément dans sa poitrine, la transpercer de part en part et toucher Daoma. Tout autour d'elle devint flou. Des sons confus, elle entendait des voix, des cris, mais tout était si éloigné. Elle se sentit tomber.

Stukue avait recouvré la vue juste au moment où Diokine abattait la dague sur les deux femmes. Plus rien ne comptait pour elle. Le cauchemar revenait. Elle ne voulait pas perdre une deuxième fois sa "fille". Elle se précipita sous le regard ahuri de ses compatriotes sur le vieux loup en criant. Elle le poussa contre la paroi et commença à le marteler de coups de poing. Ivre de colère et de tristesse, elle ne songea pas à se servir de son couteau.
- Pourquoi ? Pourquoi ? ne cessait-elle de répéter.
Sa vision se faisait trouble par les larmes. Elle ne vit pas la dague lui percer le ventre. Elle eut un hoquet de surprise, s'agrippa à Diokine avant de tomber doucement au sol.
- Pourquoi ? demanda-t-elle dans un dernier soupir.
- Le pouvoir, répondit arrogant le vieux loup.
Il retira vivement sa dague, déversant un flot de sang sur le sol rocheux.
Tsukue avait enfin ce qu’elle cherchait tant. Elle allait enfin revoir sa fille. Elle n'avait plus peur de mourir. Ses yeux dorés se fermèrent pour une dernière fois. Diokine la repoussa violemment sur le côté pour dégager le passage. Il tomba alors sur un spectacle surprenant.

Hunter avait réussi à venir jusqu'à eux, les deux derniers loups tentaient vainement de le retenir. Le jeune échidné hurlait, injuriait les loups tout en fixant les corps inertes par terre de Layen et Daoma. Sa voix était comme doublée, comme si deux personnes s'exprimaient leur colère et leur tristesse, leur rage et leur soif de vengeance. Des marques blanches commençaient à envahir ses membres, comme des tatouages. Mais les loups bien trop occupés à le retenir ne faisaient pas du tout attention à ce détail. Diokine profita de cet instant d'inattention pour s'approcher et user encore une fois de sa lame déjà rouge. Ne pouvant pas atteindre directement Hunter, il transperça son compatriote qui le retenait par derrière, espérant ainsi l'atteindre, d'un coup d'estoc au niveau du ventre. Lorsque les deux hybrides hurlèrent de douleur, il sut que cela avait parfaitement fonctionné. Le second loup, surpris et horrifié par ce que venait de faire son chef, relâcha aussitôt l'échidné et se recula. Les deux victimes de Diokine s'effondrèrent.
- Mais... Tu es fou… Tu... Tu... l'as tué… Tu as tué Kashik ! hurla le dissident en se précipitant vers son ami à terre
- Peu importe, il me gênait… Répliqua le vieux loup en se débarrassant de l'écharpe qui maintenant inutile le gênait.
Il fixa son complice droit dans les yeux avant de continuer.
- Tu es avec moi ou tu veux finir comme lui ?

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MessageSujet: Re: La mémoire des loups   Lun 6 Juil - 17:34

Chapitre 10




À l'entrée de la grotte, Venioc avait beaucoup de mal à se débarrasser de Sekoï. Celui-ci était plus fort que lui. Le félin avait écopé d'une belle entaille sur le bras et se retrouvait désarmé, acculé contre la paroi hérissée de pointes de granite. Il trouva quand même la force de ricaner et de sommer son adversaire de se rendre.
- Rend toi loup ! Tu peux encore faire machine arrière.
- T'es pas en position de négocier ! répliqua Sekoï.
Le loup se raidit soudain en sentant une pointe d'acier dans son dos. Devant lui, Venioc lui faisait un large sourire et salua de la main son amie. En effet Zelquia se tenait juste derrière le loup, la pointe de son sabre sur son dos. Lentement, le dissident lâcha sa lance et écarta les mains pour les mettre en évidence.
- Je me rends ! dit-il doucement.
Tenish s'approcha et d'un geste l'invita à descendre avec lui pour se livrer aux échidnés qui attendaient en bas. La hérissonne s'empressa de regarder l'état de la blessure du félin.
- C'est une sale entaille.
- Tu t'inquiètes pour moi ? C'est trop mignon. Mais j'aurais préféré que ce soit la jolie Kayra.
- Imbécile ! répliqua la nomade en lui filant une tape à l'arrière de la tête.
- Aieuh !! On ne frappe pas un blessé !

Ce fut à ce moment qu'ils entendirent des cris. Les deux nomades échangèrent un bref regard. Et, sans se concerter, ils se précipitèrent vers le fond de la grotte. Le spectacle qu'ils découvrirent fut déroutant. Hunter se tenait en plein milieu de la salle, maintenant par le cou, à quelques centimètres du sol, un loup jaune qui ressemblait plus à une poupée de chiffon qu'à un hybride tant son corps était meurtri. Dans un recoin, Diokine tremblait comme une feuille dès qu'il vit les nomades, il les implora.
- Aimez-moi, il est fou !
Venioc s'approcha doucement de l'échidné. C'était bien lui, mais il avait changé. Sa fourrure s'était recouverte de motifs blancs, ses yeux entièrement mauves lui firent froid dans le dos, lorsque il se tourna vers lui.
- Hunter ? Qu'est ce qu'il se passe ?
Au même moment, il découvrit les deux échidnés par terre. Zelquia suivant son regard se précipita vers elles.
- Hunter n'est plus là ! répondit Hunter d'une voix froide et détachée, presque enjouée.
Une voix qui n'avait rien à voir avec celle de l'échidné. Venioc en frissonna. L'hybride possédé rejeta le corps du loup qu'il tenait et s'avança lentement vers Diokine. Le félin s'interposa.
- C'est fini maintenant on a gagné ! Il faut s'occuper d'elles.
- La petite est vivante ! l'informa Zelquia.
- Je m'en fiche de ces ceux-là, je veux du sang, son sang ! répliqua l'échidné sans quitter le vieux loup du regard.
Venioc n'eut qu'à croiser le regard de son amie pour savoir ce qu'elle voulait.
- Je m'en occupe ! lui assura-t-il.
Zelquia avait pris la petite échidné dans ses bras et longeant la paroi, se dirigea vers la sortie.
- Personne ne part d'ici ! hurla le démon en se retournant ver la hérissonne.
Venioc profita de cet instant pour tenter de maîtriser l'échidné. Zelquia faisant entièrement confiance à son compatriote se précipita dehors, elle devait faire vite. Diokine fit de même mais à peine eut-il passé l'entrée de la salle qu'il fût cueilli d'un formidable coup de poing de Tenish qui l'assomma. La nomade expliqua brièvement la situation au loup bleu-vert et ils redescendirent tous les deux avec leur fardeau respectif.
La nomade alla directement voir Kayra et déposa la petite fille devant la louve. La lame l'avait touchée à l'épaule. La jeune louve ne s'attarda pas, elle posa les mains sur la plaie. Une lumière vive engloba l'enfant avant de diminuer doucement.

- Et Layen ? Demanda soudain l'échidné rouge qui dirigeait les guerriers.
Zelquia secoua la tête en poussant un profond soupir.
- Elle est morte, mais je dois y retourné Venioc est encore là-bas et Hunter semble avoir perdu l'esprit. Il a changé d'apparence.
Alors que la hérissonne tournait les talons, l'échidné la retint par le bras.
- N'y va pas, personne ne peut l'arrêter, lorsque le démon prend possession de son corps.
La nomade le fixa un moment avant de brutalement se défaire de son emprise.
- Un démon ? répéta la louve.
- J'y vais ! Avec ou sans ton aide ! affirma Zelquia en fusillant l'échidné rouge du regard.
Un cri déchira la nuit, la jeune nomade de plus en plus inquiète se précipita vers la grotte.


Dans la grotte, le démon fulminait. L'intervention du félin lui avait fait perdre ses proies. Et de plus, l'esprit embrumé de son hôte tentait de reprendre le contrôle, cela le mettait dans une rage folle. Colère qu'il passa sur le nomade. Il le repoussa vivement. Venioc se sachant physiquement pas de taille à l'affronter directement, essaya de le raisonner tout en restant hors de porter. Son agilité l'aidant grandement malgré la surface réduite de la salle. Le démon trouva quand même une ouverture et le frappa d'un coup de pied latéral à son bras blessé. Le chat hurla, mais parvint à faucher les jambes de son adversaire pour le faire chuter.

- Arrête c'est fini ! Tenta encore une fois le nomade.

L'échidné mit du temps à se relever. L'esprit qui possédait le corps de l'hybride avait pour le moment les pleins pouvoirs. Il avait profité que son hôte perde connaissance lors de l'attaque de Diokine pour émerger et assouvir sa soif de sang. Malheureusement, il ne pouvait rien faire contre la faiblesse de ce corps durement meurtri. Il avait perdu beaucoup de sang et avait de plus en plus de mal à garder le contrôle. Dans son esprit, un dur combat s'engageait. Il voulait y mettre un terme, donner un grand coup au moral de son hôte.

- Je vais le tuer ! murmura-t-il à son hôte dans un dialogue muait.
- Je t'en empêcherais ! hurla Hunter.
- Essaye pour voir.

Le démon se précipita vers Venioc qui se relevait et le fit percuter la paroi au relief aiguisé. Le félin s'empala sur un pic de roche. Encore conscient, il se dégagea et prit l'échidné par les épaules.
- Reviens à toi ! hurla-t-il avant d'enfoncer son genou dans le ventre de Hunter.
Cela suffit à faire définitivement perdre le contrôle au démon. D'un côté Hunter reprenait de plus en plus de force mentalement le repoussant avec véhémence, de l'autre le corps qu'il occupait se faisait de plus en plus faible et ce dernier coup, juste dans sa blessure n'arrangeait rien. En hurlant de souffrance, il fut rejeté dans un coin sombre de l'esprit du jeune échidné noir. Toutes les marques disparurent, ses yeux reprirent leur apparence normale. Ses prunelles améthyste plongèrent dans celle du félin.
- Bon retour ! murmura celui-ci avant de sombrer dans l'inconscience.
Hunter tremblant fit deux pas en arrière. Son regard alla du chat à sa mère, au loup jaune qui gisait désarticulé dans un coin. Il avait assisté à tout ce massacre sans rien pouvoir faire. Des échidnés surgirent alors dans la salle se précipitèrent sur la Sage, sur lui et le chat. Il vit Zelquia s'agenouiller à côté de son ami, il l'entendit le supplier de tenir, de ne pas l'abandonner. Il croisa le regard émeraude de la jeune hérissonne, un regard empli de tristesse et de désespoir. Tout le reste fut très flou et il se laissa guider. Très vite ce fut le trou noir, jusqu'à ce qu'il se réveille, bien plus tard, chez lui dans son lit.


- Bon retour parmi nous ! murmura une voix près de lui. Il tourna la tête pour découvrir la louve brune le visage triste et fatigué.
- Kayra ? Que c'est-il passé ?
La jeune louve soupira.
- Les miens ont commis l'irréparable, nous allons partir. J'ai proposé au Grand Conseil de nous exiler sur le second continent. Ils sont en train d'en délibérer.
- Daoma et ma mère ?
- Ta sœur va bien, Zelquia me l'a ramenée à temps pour je puisse la soigner mais… Je suis désolée… Ta mère est…
La jeune fille avait beaucoup de mal à le dire, les larmes commençaient à monter. Le jeune homme serra les poings, il le savait au fond de lui mais il avait quand même espéré. Maintenant c'était fini.
- Et Venioc ?
Kayra leva les yeux sur lui, cette fois elle ne put retenir ses larmes. Elle se jeta dans les bras de l'échidné et pleura comme jamais. Hunter la serra, il se sentait responsable.


Une semaine passa, la douleur était encore bien présente, mais les larmes s'étaient taries. Les morts avaient été inhumés. On célébra avec dignité l'intronisation de Daoma au Conseil des échidnés. Les jeunes hybrides qui avaient contribué à l'arrestation des dissidents y furent conviés. À la fin de la cérémonie, Attil alla trouver Hunter.
- Pourquoi ce n'est pas toi qui lui succède. Mon père m'a dit que ce statut se transmettait en héritage dans votre clan ?
- Parce que je ne suis pas vraiment le fils de Layen. Elle m'a adopté très jeune. Tu sais où est Zelquia ?
Le loup blanc secoua la tête.
- Je ne l'ai pas vue depuis l'incinération de Venioc.

Hunter baissa la tête, il n'arrivait pas à se pardonner. Le démon était responsable de la mort du félin. Tout le lui rappelait chaque jour. Mais c'était comme s'il avait lui-même porté le coup de grâce. Il n'avait pas encore trouvé la force d'aller demander pardon à la hérissonne.
- Nous partons demain, elle sera peut-être là.
L'échidné affirma de la tête sans vraiment y croire.

Le lendemain, les loups rassemblèrent leurs affaires, le peu qu'ils leur restaient et ils partirent. Les adieux furent émouvants. Kayra souffrait beaucoup de la séparation d'avec ses amis, mais elle devait guider son peuple. C'était ce que lui avait dit l'échidné orange. Contrairement aux suppositions du loup blanc, la hérissonne ne vint pas leur dire au revoir.



Ce fut ainsi que les loups, d'après leur propre décision immigrèrent sur le second continent. Le voyage fut rude et beaucoup y périrent. À la mort de Raggar, Kayra fut élue à sa place, elle demanda à Akeshi et Attil de l'aider et ainsi fut fondé le Conseil des loups. Elle conduisit son clan sur une nouvelle terre. Elle devint la première guérisseuse d'une longue lignée qui aujourd'hui encore existe en la personne d'Inke. Diokine survécu mais considéré comme un traître par son clan, il vécut toute sa vie dans la honte. Sekoï retrouva sa femme et fonda une famille. Cette histoire fut longtemps cachée aux enfants qui demandaient pourquoi ils vivaient sur cette terre aride. On répondait qu'un différend entre loups et échidnés les avait fait partir. Peu à peu, de génération en génération, lorsque tous ceux qui l'avaient vécu eurent disparu, l'histoire se modifia.

Zelquia ne se remit jamais de la mort de son meilleur ami, mais elle finit par fonder une famille. Quant à Hunter, il choisit de quitter son clan et de vivre en solitaire souhaitant ne plus jamais exposer ses amis au danger du démon.



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