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 Chroniques des Anges Gardiens

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Myeko
Plume de Glace
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Date d'inscription : 09/01/2015
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MessageSujet: Chroniques des Anges Gardiens   Dim 18 Jan - 21:43

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Chroniques des Anges Gardiens
Sybrater


Livre 1 partie 1

Chapitre 1

.           Il faisait encore nuit noire lorsque le radioréveil se mit en marche, hurlant le dernier tube à la mode. Une main à la fourrure fauve émergea du monticule de couverture, et d’un geste précis, baissa le volume. Il n’allait pas réveiller toute la maison. Puis ce fut une tête au museau allongé qui s’extirpa d’entre les plis du tissu. Une mèche blanche en bataille, deux oreilles pointues, des yeux d’or encore emplis de sommeil, Roy s’étira et se sortit de son lit. C’était bien la première fois que la radio réveillait le jeune renard. D’ordinaire, il se levait bien avant. Il réprima un bâillement et parcourut rapidement sa chambre du regard. Relativement bien rangée pour celle d’un garçon, en dehors du bureau couvert de papiers et d’une montagne de livres. On voyait à peine l’ordinateur portable, éteint, qui trônait au milieu de la paperasse. C’était justement à ces papiers qu’il devait cette grâce matinée. Il avait passé une bonne partie de la nuit sur des calculs. Mais pas pour ses cours à la fac, ceux-là, il les expédiait assez vite en général.  Il s’approcha de la table, rangea un peu les feuilles tout en jetant un coup d’œil sur leur contenu. L'ensemble atterrit rapidement dans son sac. Il aurait un peu de temps pour s’y pencher aujourd’hui, il touchait au but c'était une certitude. L’ordinateur rejoignit le reste de ses affaires, dans le sac noir. Il s’aperçut rapidement que la batterie était déchargée. Décidément, celle-ci n'avait pas tenue longtemps, il lui faudrait passer en prendre une autre dans le labo avant de partir.
La chanson se terminait, le présentateur annonçait les nouvelles. Roy étouffa un bâillement et s’enferma dans la salle d’eau, écoutant d’une oreille distraite les informations.

Encore une manifestation à Xehris. Les partisans du Wazydrisme veulent établir un temple en centre-ville. Comme toujours ça a fini en émeutes ! Les forces de l’ordre les ont, heureusement, rapidement maîtrisées. Moi je dis : retournez chez vous !! Politique : le ministre des affaires étrangère est en visite à Savyragle. Il tente d’apaiser les tensions suite à l’affaire du trafic d’armes dans la zone de neutralité. Il a, pour le moment, obtenu l’envoi de troupes pour sécuriser le périmètre. Énergie : les champs de la Silvecop viennent d'essuyer de lourdes pertes à cause de la neige. Des centaines d'hectares de plants ont été décimés par le gel. Les économistes prévoient une crise pour les jours à venir si le temps ne s'améliore pas. Météo justement : bonne nouvelle ! Le temps va se calmer. On devrait avoir un beau ciel sans nuage cet après-midi. Depuis trois jours qu'il neige, il était temps. Et on reprend avec le dernier Feather Dreams.


.           Une nouvelle chanson sortit des haut-parleurs. Roy n'écoutait que d'une oreille, seule la météo le concernait. Il avait beau habiter près de la frontière, les conflits entre son pays et son voisin ne l'intéressaient pas. Par contre, la perte des plants de la Silvecop l’inquiétait un peu plus. Pas qu'il ait une âme d'économiste, mais les recherches de son père portaient justement sur une nouvelle méthode de synthèse et de rétention de l'énergie. Il ne pouvait s'empêcher d'imaginer toutes les implications qu'aurait, sur la vie courante de millions d'habitants, la réussite de son projet. Ils ne seraient plus esclave d'une source d'énergie aléatoire. Avec le sentiment de faire de grandes choses, il acheva de se vêtir chaudement d'un sweet noir à capuche. Il coiffa sa mèche blanche en arrière, comme toujours. Puis il enfila ses chaussures, prit son sac avant d'éteindre la radio et descendit à la cuisine, les écouteurs de son MP4 dans les oreilles. Il avala rapidement son petit-déjeuner et se hâta d'aller à la fac. Il n'était pas vraiment loin, pas besoin de véhicule autre que son vélo, mais avec cette neige, impossible. Le goupil n’avait pas d’autres choix que d’y aller à pied. Il rabattit sa capuche sur ses oreilles et remonta le col de son blouson, il neigeait encore. Roy espérait vraiment que cela allait cesser, il avait déjà raté plusieurs cours à cause du mauvais temps et les partiels débutaient dans deux jours.   Il redoutait un retard des examens.


.           Tout en écoutant sa musique, il cheminait tranquillement, saluait les voisins. Il avait grandi ici et connaissait presque tout le monde. Pourtant, il n'avait pas vraiment d'amis. Des connaissances, des camarades de fac, mais son caractère renfermé n'attirait pas vraiment les foules, et encore moins les filles. Cela ne le préoccupait pas. Toutes ses pensées étaient tournées vers son père. Un chercheur de renom qui avait plaqué sa chaire pour entreprendre ses propres recherches, solitaire. Il délaissait sa famille, passait son temps à travailler, enfermé dans son atelier. Roy était un élève brillant, major de sa promotion à tous ses examens, mais jamais son père ne lui avait prêté la moindre attention. Le jeune renard avait tenté de s'intéresser à son travail, espérant ainsi se rapprocher de lui, mais son paternel refusait obstinément de l'écouter. Pourtant, il savait qu'il touchait au but.
Perdu dans ses réflexions, il se rendit à peine compte qu'il avait atteint l'université. Un grand bâtiment, relativement moderne, de béton et de verre. Le large parvis en asphalte était constamment bondé. Aujourd'hui encore, malgré le froid et la neige, les élèves se bousculaient pour entrer au chaud tout en évitant les recruteurs de divers mouvements étudiants. Il y avait de tout et de rien. Du club d'échec au soutien scolaire, en passant par les communautés étudiantes. Roy ne s'intéressait à aucune, il avait bien d'autres occupations. D'ordinaire il les évitait habilement, pourtant aujourd'hui, happé par la masse d’élèves, il ne put passer outre la main qui le tira vivement en arrière, manquant de le faire glisser sur les marches gelées. Le jeune métarite roux se retourna brusquement, prêt à discuter de cette façon peu cavalière de le retenir, mais il se retrouva avec un prospectus mauve sous le nez.

— Rejoins-nous pour la prière. Nous discutons ensemble de théologie tous les jeudis soirs.

Roy fut, sur le moment, figé. Son regard orange passa du papier au fennec qui le brandissait fièrement. Un large sourire se peignait sur son visage. Il agita le papier devant le renard.

— Alors tu viendras ?
— Ça ne m'intéresse pas, répondit simplement l'étudiant qui allait reprendre son chemin. Pourtant, le recruteur ne semblait pas l'entendre de cette oreille. Il resserra sa main sur le poignet de Roy.
— Voyons tu es un renard ! Tu es baptisé ?  On organise gratuitement des baptêmes. Il faut enrayer la progression des païens.
— Ça ne m'intéresse pas ! répéta le jeune métarite en détachant bien ses mots.

D'un mouvement sec, il se dégagea et entra dans le bâtiment, sans accorder d'attention aux hurlements dans son dos.

— Ils nous envahissent, si on n'y prend garde, ils sèmeront la terreur chez nous. Si tu n'es pas avec nous, tu es avec eux !!


.           Roy sentit une boule de neige lui frôler l'oreille, il ne se retourna pas, sachant pertinemment qu’il était inutile de discuter avec ces fanatiques. Il pénétra dans le bâtiment, bientôt noyé dans la foule.
Ces histoires de religion lui passaient bien au-dessus de la tête. Roy n'était pas croyant, tout comme ses parents. Pourtant, il ne pouvait ignorer les conflits que cela générait. Sa mère prédisait une guerre dans les prochaines années, si aucun des deux gouvernements n'apaisaient les tensions. Roy n'y croyait pas vraiment, cela faisait des siècles que les Nekartistes et les Wazydristes ne pouvaient se supporter. Leurs idéologies, leurs théories différaient beaucoup trop. Chaque gouvernement clamait haut et fort que sa croyance était la bonne, celle de l'origine, la meilleure. A force militaire égale, cela avait créé une sorte d'équilibre. Et les athées dans tout cela ?  Ils étaient constamment pris à partie par l'une ou l'autre communauté qui cherchait à les rallier à leur cause. Roy essayait, autant que possible, de ne pas se mêler de ce genre de choses. C'était source de conflits. Laissant le fennec recruteur vociférer ses insultes sur le Wazydrisme, il grimpa deux étages pour se rendre dans son amphi. Comme bien souvent, il était dans les premiers. L’élève trouva donc une place assise, pas trop loin du centre. Il sortit son ordinateur portable de son sac, l'ouvrit et attendit patiemment le début du cours. C’était si calme ici, si apaisant. Roy aimait se retrouver ainsi, seul, mais cela ne dura pas très longtemps. Deux de ses camarades s'assirent à côté de lui. Dont l'une en pleurs. Il les regarda avec curiosité. Ce n'était pas vraiment des amies mais depuis le début du semestre, ils travaillaient ensemble en TP. Il ne les connaissait pas plus que d'autres, mais il peinait à reconnaître Cassandre. La jeune lapine, d'ordinaire toujours joyeuse et optimiste, ne semblait plus pouvoir s'arrêter de pleurer dans l'épaule de son amie. La louve lui tapotait doucement le dos pour la réconforter. Roy croisa son regard, il sut que cela était bien plus important qu'un simple chagrin d'amour. Peu à peu, l’amphi se remplissait, personne ne fit attention à elles. Le cours commença et les sanglots de la lapine agacèrent rapidement les autres étudiants. Aussi elle sortit, en prétextant prendre l'air un instant. La louve la regarda partir, attristée.

— Son jeune cousin vient de choper le Virus. Il n'a que deux ans. Y'a deux mois à peine, ils le baptisaient, expliqua-t-elle sans que Roy ne lui demande quoi que ce soit.

Il connaissait à peine Cassandre, et encore moins sa famille, mais il compatissait au drame que vivait la jeune étudiante. Cette maladie, encore mal connue, faisait des ravages. Mortelle dans tous les cas. Il hocha la tête lorsque la louve lui demanda de prendre le cours pour elles. Puis elle rejoignit son amie. Roy la suivit du regard, puis se concentra sur les propos du professeur.


.           La journée, somme toute ordinaire, se passa sans autres incidents Roy ne revit ni Cassandre, ni la louve et supposa qu'elles étaient rentrées. Cela valait mieux. Il avait quant à lui photocopié ses notes, et s'était accordé deux heures pour travailler à son projet. Ou plutôt celui de son père. Avide de lui prouver qu'il était capable, qu'il était digne d'un intérêt que son géniteur ne lui montrait pas, Roy était fermement décidé à l'aider dans ses recherches. Avec ou sans son accord. Il planchait sur la formule, oubliant l'heure, il fut littéralement mis à la porte par la bibliothécaire. Le métarite à la mèche blanche rentra donc chez lui, avec une nouvelle formule à proposer à son père. Peut-être celui-ci commencerait-il enfin à l’écouter, et prendrait un peu de son temps pour lui consacrer une minute d'attention. Une attention qui lui manquait cruellement.
Le chemin du retour fut plus long que prévu. Il neigeait encore et de nuit on ne discernait pratiquement plus le chemin.

— Le jour où la météo ne se trompera plus, soupira le renard une fois rentré au chaud.

Nouvelle déception pourtant. Il n'y avait personne à la maison, ni dans le grand hangar qui servait de laboratoire. Roy ne s'en étonna pas vraiment, cela faisait deux jours que sa mère réclamait qu'on l'emmène faire des courses. Visiblement son père avait fini par céder à la pression. Après une longue hésitation, Roy alla dans l’antre du scientifique. C’était l’occasion idéale pour lui prouver ses talents. Sa main se posa sur la poignée qu’il tourna lentement, jusqu’à entendre un clic familier qui le hantait. Ce son signifiait pour lui, la fin d’une trop courte époque, durant laquelle son géniteur avait décidé de se consacrer à lui. Un temps bien trop ancien pour que le renard s’en souvienne encore. Mais l’onde sonore créée par le mécanisme d’ouverture de la porte, était et resterait probablement, le centre de ses cauchemars. Avant même d’appuyer sur l’interrupteur, il sentit l’atmosphère chimique qui flottait dans la pièce. Le bruit omniprésent des ventilateurs à l’intérieur de chaque appareil, et les petites lumières de différentes couleurs, témoignaient de la présence dans cette pièce d’un matériel scientifique que peu de laboratoires pouvaient se vanter d’avoir. Le jeune homme prit une grande inspiration avant d’appuyer sur le bouton qui révéla tout le contenu de la pièce au grand jour. Il y avait tellement de matériel informatique ou analogique, de produits stables ou non, que les mains de ce futur scientifique le démangeaient. Manipuler était un de ses grands plaisirs. Mais il devait dans un premier temps vérifier sa formule.
L'étudiant posa son sac à l'entrée du laboratoire. Il en sortit son ordinateur et mit un peu de musique. Il aimait bosser au rythme de ses groupes préférés, contrairement à son père qui préconisait le silence. Voulant tester sa formule avant l'arrivée de son paternel, il se mit au travail. Il entra les données dans l'ordinateur et vérifia ses théories plusieurs fois, puis il effectua les câblages avec le caisson d'expérience. Ce dernier était en fait une salle hermétiquement fermée, possédant une seule porte commandée par l'ordinateur. Roy attendit que l'automate se mette en place. Il était prêt et commença à synthétiser la solution. Un dosage précis, d'une centaine d'éléments chimiques variés. C'était le principal problème de la théorie de son père. Le dosage était si complexe que tester toutes les formules était impossible en une vie d'expérience. Roy avait procédé par élimination et même s’il doutait que cette première tentative soit la bonne, il voulait quand même la tenter. De toute façon, le résultat, même négatif, lui permettrait d'affiner sa formule. Tout était prêt, il ne restait qu'à réinitialiser le programme et lancer la procédure automatique. Roy poussa un long soupir et regarda l'installation comme s’il jugeait une œuvre artistique. Tout lui semblait correct.


.           Le jeune métarite programma l'ordinateur et alla chercher un fusti pour le placer dans le caisson. La plante était magnifique, de larges feuilles rouges ciselées qui cachaient de petits boutons mauves prêt à éclore. D'ordinaire ces plantes donnaient les meilleurs résultats. C'étaient d'ailleurs elles que la Silvecop utilisait pour les productions de masse d'énergie. Malheureusement, c'était des plantes fragiles et la quantité d'énergie qu'elles fournissaient, très aléatoire. Comme toutes les autres plantes. Depuis des années, les grandes industries et les gouvernements cherchaient à optimiser la synthèse d'énergie à partir des plantes, et surtout, à stabiliser les accumulateurs. Malheureusement, rien n'y faisait. Une plante pouvait donner une batterie d'une autonomie de plusieurs jours, comme de moins d'une minute. Tous se concentraient sur une sélection des meilleurs plants, tentant de les reproduire entre eux. Tous sauf son père. Lui aussi était concerné par ce grand problème, mais contre l'avis de ses paires, il avait radicalement changé de tactique. Il cherchait un autre moyen d'extraire l'énergie et surtout, il cherchait à l'identifier correctement pour la stabiliser. Il fallait bien l'avouer, c'était un travail de longue haleine et depuis déjà quinze ans qu'il s'y consacrait, il n'avait pratiquement pas avancé.  Délaissant de plus en plus sa famille. Le jeune renard regrettait qu'il ait passé plus de temps dans son labo avec ses plantes, qu'à jouer dans le jardin avec lui. Roy s'ébroua, il n'était pas là pour ressasser le passé. Avec précaution, il porta le plant de fusti dans le caisson. Ce fut à ce moment que le sort décida de s'en mêler.
Dehors, il neigeait toujours à gros flocons. Le poids de cette nouvelle couche de glace fit céder la branche du chêne situé dans le jardin. Elle s'abattit sur le toit du laboratoire emportant dans sa chute les câbles d'alimentation dans un vacarme infernal. Il en résulta une coupure de courant qui plongea Roy dans le noir le plus complet.

— Et merde !  pesta-t-il après s'être figé.

Il devait revenir à l'ordinateur. Le générateur de secours allait bientôt prendre le relais et relancer la procédure. Il n’avait pas encore placé son plant. En se précipitant, il tenta de parvenir jusqu'au caisson, ne se guidant qu'au son de la musique que son portable, imperturbable, diffusait toujours. Roy avançait à tâtons et se cogna durement dans une table, renversant par accident les flacons qui reposaient dessus. Le jeune homme ne put s’empêcher de se prendre les pieds dans des câbles, reliant les machines entre elles dans le laboratoire. Il bascula en arrière et, par réflexe, voulut se retenir à la table, lâchant le plant qu'il tenait. Le pot se cassa en tombant au sol et des morceaux lui atterrirent sur le tibia. Avec un cri, plus dû à la surprise qu'à la douleur, le renard jura contre le sort qui semblait s'acharner. Il eut un mouvement brusque qui acheva de le déséquilibrer, et Roy s'effondra de tout son long. Sa tête heurta violemment le fond de la cuve à expérimentation. Sonné, l’adolescent sombra dans l'inconscience. Perdant d’abord la vision, avant de laisser le bruit de la neige qui tombait sur le toit, s’éteindre lentement.  Le groupe électrogène prit le relais quelques secondes plus tard. La lumière se fit soudaine dans le laboratoire, montrant un beau capharnaüm. L'ordinateur se remit en marche, relançant automatiquement la procédure. Alors que la composition s'affichait sur l'écran, un nouveau craquement se fit entendre. Le toit de tôle n'avait pas résisté au poids de la neige, une partie s'effondra sur la table et le câblage, sectionnant quelques fils et des tuyaux. La procédure suivait son cours, indifférente au drame qui se jouait. La porte de la cabine d'expérimentation se referma lentement mais sûrement, poussant la jambe de Roy à l'intérieur. L'enfermant dans ce cocon hermétique. Prisonnier.
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Myeko
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MessageSujet: Re: Chroniques des Anges Gardiens   Sam 7 Fév - 8:12

Livre 1 partie 1

Je m'appelle Roy Reilly, j'ai dix-neuf ans et je suis un garçon ordinaire. Mais ce soir-là, tout a changé. Un soir d'hiver j'ai voulu aider mon père. Lui prouver que j'étais digne de lui. Pourtant rien ne s'est passé comme prévu. Cet accident allait avoir de terribles conséquences sur mon existence, et sur bien des choses.

Chapitre 2

.          Roy se réveilla péniblement. Il avait horriblement mal à la tête. Il ne sentait rien autour de lui en dehors de courbatures et de l'écho qui résonnait dans son crâne.

Inquiétude.

Peu à peu, ses autres sens revenaient. Il avait toutes les peines du monde à simplement soulever ses paupières. La vive lumière du plafonnier l'agressa, il dut cligner des yeux pour s'y habituer. Bien que ce fut encore flou, il reconnut sa chambre. Il était allongé dans son lit. Maintenant, il sentait aussi l'épaisse couverture qui le recouvrait.

— Enfin tu te réveilles !! Comment te sens-tu ?

Une voix féminine, une voix très inquiète. Sa mère. Le jeune renard tourna la tête vers le côté. Il découvrit le visage d'une renarde au pelage légèrement plus clair que le sien, mais aux yeux d'un bleu azur, quoique rougis d'avoir tant pleurés. Que s'était-il passé ? Ses souvenirs se faisaient fuyants. Sa journée à l'université, le laboratoire de son père… Mais après ? Peu importait pour le moment. L'étau dans son crâne se resserra lorsqu'il tenta de se souvenir. Aussi, il préféra arrêter et rassurer sa mère qui en avait terriblement besoin. Sa bouche était pâteuse mais il parvint à articuler quelques mots.

— Ça va… Je crois...

Comme pour lui prouver qu'il se sentait mieux, Roy leva la main droite pour la porter à son front, il sentit un bandage lui enserrant le crâne.

L'accident. Il s'était évanoui dans le laboratoire, maintenant tout lui revenait. Ses pensées se faisaient plus claires, de même que sa vision qui se focalisa sur le renard se tenant derrière sa mère. Il lui ressemblait : même couleur flamboyante dans le regard, même mèche blanche, bien que celle de son père tirait plus sur le gris. Roy croisa son regard. Il y vit beaucoup d'inquiétude, de l'anxiété qui semblaient s'estomper, mais aussi beaucoup de colère.

— On t'a trouvé évanoui dans le laboratoire. Que faisais-tu là-bas ?

L'étudiant ne répondit pas immédiatement, il se redressa d'abord dans son lit pour s'asseoir. Les courbatures disparaissaient, mais son ventre commençait à se faire douloureux et son crâne bourdonnait toujours. Un sentiment de malaise l'envahissait peu à peu, sans qu'il puisse le contrôler.

Colère !

La renarde toussota, elle se leva de sa chaise en essuyant précipitamment une larme naissante, puis se dirigea vers la porte.

— Je vais te préparer quelque chose à manger ! Vous avez à discuter tous les deux.

Sitôt qu'elle fut partie, Roy baissa les oreilles. Il regarda son père prendre place sur la chaise, tandis qu'un lourd silence s'installait entre eux.

— Que s'est-il passé ? finit par demander le vieux scientifique.

Comment lui avouer ? Roy sentait bien que son père était en colère, et même si au fond de lui il savait que cette colère n'était pas dirigée contre sa personne, il se voyait comme un petit enfant qui venait de commettre une bêtise. Ses parents l'avaient toujours éduqué pour être honnête. Aussi, il raconta tout à son père qui l'écouta sans l'interrompre. Même lorsqu'il eut fini, son paternel ne prononça aucun mot. Roy aurait largement préféré se faire sermonner. Le silence de son père était pire que tout. L'atmosphère lourde qui s'installa, fut rompue par une longue plainte de son estomac. Le jeune métarite porta la main sur son ventre qui se tordait de douleur.

— Ça fait deux jours que tu dors. D'après le médecin tu as une sérieuse commotion. Ta mère va te monter un repas.

Le vieux chercheur, sur ces paroles, se leva et s'apprêta à quitter à son tour la chambre. Roy voulut le retenir, mais les mots restèrent bloqués dans sa gorge. Même lorsqu'il faisait les pires absurdités, son père ne lui montrait pas le moindre intérêt. Il aurait dû l'engueuler, lui reprocher son imprudence, son comportement irresponsable... En fait Roy le savait déjà. Lui dire n'aurait rien changé. Son père était en colère, mais pas après son fils. Il s'en voulait à lui-même, lui qui avait oublié de fermer ce laboratoire. Il en voulait à ses expériences qui lui prenaient sa vie, sa famille, et qui avait failli lui prendre son fils unique.

L'étudiant resta un long moment sans bouger, la tête dans les mains. Il attendait que le lancinement dans son crâne s'estompe. Lorsque cela devint une migraine plus supportable, il se leva, passa rapidement des vêtements et descendit à la cuisine. Il leur avait causé une inquiétude telle, que le remord commença peu à peu à l'envahir.

Il rejoignit sa mère dans la cuisine et y prit une rapide collation qui calma ses crampes d'estomac. La renarde ne cessait de parler, elle lui racontait tout ce qu'il avait raté durant ces deux jours. Il la sentait bien moins angoissée de savoir son enfant hors de danger maintenant, et son euphorie le gagna rapidement.

Soulagement !

Roy finit par mettre un terme au long monologue de sa mère en lui demandant où était son père. Sa mine s'assombrit soudain, sans un mot elle désigna la fenêtre. Elle donnait sur l'atelier. Le jeune métarite poussa un long soupir et se leva. Il aida rapidement sa mère à débarrasser, puis alla dans le laboratoire.

Rien n'avait bougé. Du moins, ce fut ce qu'il en déduit. Il y régnait un véritable capharnaüm. Des fioles renversées, des câbles arrachés. Son portable n'avait pas bougé mais éteint, la batterie depuis bien longtemps épuisée. Il découvrait l'ampleur du désastre : Il faudrait sûrement une bonne semaine pour tout remettre en état. Son père était installé, dos à lui, devant l'ordinateur. Roy vit l'écran briller mais impossible de voir ce qu'il y avait dessus, les larges épaules de son géniteur lui cachant la vue.

— J'aurais dû t'attendre, je suis désolé ! S'excusa l'étudiant en baissant la tête.
— Tu n'as rien, c'est l'essentiel.

Honte !

Rien d'autre, toujours aucune remarque, aucun sermon. Ils restèrent ainsi en silence longtemps. Le jeune homme observa les alentours, ne sachant pas quoi dire pour relancer le dialogue. Ses yeux ne lui permirent qu'une chose : voir les douloureuses conséquences de son inconscience. Cette vue ne l'enthousiasmait guère, c'est pourquoi il laissa son champ de vision s'éteindre progressivement. Un bruit lui parvint alors, peu audible. Le renard avait besoin de se concentrer dessus pour avoir la chance de l'entendre. Ce son semblait être issu d'un grattement mêlé à de petits cris. Le silence régnant dans la salle, lui permit d'en trouver plus facilement l'origine. Faisant quelques pas vers la source de ce signal, il finit par soulever une caisse de produits renversés, et un cahier rempli de formules chimiques, pour s'apercevoir qu’une souris avait été piégée sous ces affaires tombées lors de l'accident. Délicatement, il souleva la masse qui l’empêchait de se mouvoir. Ces deux jours de captivité semblaient l’avoir assoiffée. Ainsi, Roy put l’observer alors qu’elle tentait de trouver un point d’eau. Elle passa d’abord à côté d’une flaque de produits chimiques, échappée des conteneurs brisés lors de l’accident. Mais son flair suffit à la dissuader de boire. Continuant ses recherches, elle finit par trouver un second liquide, qui sembla lui convenir une fois les tests préliminaires réalisés. Etonné, le renard se dirigea vers cette flaque et l’analysa à son tour, découvrant qu’il s’agissait bien d’eau. Cette anomalie l’intriguait, alors que le petit rongeur étanchait sa soif. Son géniteur n'ayant toujours pas énoncé une parole, Roy finit par sortir de l'atelier pour retourner dans la maison. Son père revint plus tard dans la soirée, bien après qu'il se soit couché.

Sa mère insista pour qu'il garde la chambre encore deux jours, mais dès qu'il put enfin reprendre le chemin de la fac, Roy se sentit revivre. L'ambiance dans la maison était très tendue. Beaucoup trop pour lui. D'autant plus qu'il avait manqué ses partiels avec cet accident. Fort heureusement il avait obtenu, grâce à son professeur, une dérogation. Il repassait tout d'ici une semaine. Et il avait encore beaucoup de cours à rattraper. Ce soir là, il resta donc tard à la bibliothèque. Il faisait nuit lorsqu'il prit le chemin du retour. La couverture neigeuse était encore épaisse, bien que le temps fut plus clément. Voulant rentrer plus vite, il décida de couper par le parc de l'université. Un grand parc boisé qui, l'été, accueillait des centaines d'étudiants faisant l'école buissonnière. En hiver, il était désert. Roy mit ses écouteurs et rabattit sa capuche sur ses oreilles, il faisait encore froid. Le parc n'était pas éclairé mais cela ne le dérangeait pas, il aimait l'obscurité. C'était une compagne appréciable : silencieuse, discrète. De plus avec ses vêtements sombres, il passait presque inaperçu et cela lui convenait parfaitement. Cette attitude lui avait valu un surnom au collège et si aucun de ses camarades ne l'avaient suivi à l'université, ce sobriquet lui était resté. Il l'appréciait et l'utilisait parfois. Il marchait depuis un bon moment déjà et allait quitter l'enceinte de la fac. Se croyant seul, il murmurait les paroles de la chanson. Pourtant, une main lui agrippa l'épaule et le fit se retourner brusquement. Il reconnut avec surprise le fennec qui, quelques jours plus tôt, avait failli le faire tomber sur les marches de l'établissement. Il n'était pas seul, d’autres métarites l'accompagnaient. Ils portaient du matériel, des banderoles, des tracts fraîchement imprimés. Un frisson lui parcourut l'échine. Il se sentait tout à coup oppressé, sans raison apparente. Tentant de se calmer, Roy respira profondément.

— Tu es venu pour la réunion ? Viens c'est par là, on allait commencer ! s'exclama le canidé en entraînant Roy vers une petite baraque non loin de l'entrée.

Le renard se dégagea brutalement.

— Je ne suis pas intéressé ! Laissez-moi tranquille !

Son ton était bien plus abrupt et sec qu'il ne l'aurait fallu. Son angoisse transpirait au travers de ses paroles. Une angoisse qu'il ne comprenait pas. Le fennec le regarda un moment en plissant les yeux, cherchant où il avait déjà vu ce visage. Puis se souvenant soudain, il s'écria :

— Le type de l’autre jour !! T'es un Wazydriste c'est ça ?

Haine !

Son intonation n'avait rien d'une question. Il en était persuadé, et Roy comprit immédiatement qu'il serait inutile de tenter de l'en dissuader. Une haine palpable commençait à émerger du groupe de fanatiques de même que des murmures d'insultes. Une haine raciste gagnait l'ensemble des métarites. Le jeune étudiant se savait incapable de se battre contre autant d'adversaires à la fois. Il tourna aussitôt les talons et se mit à courir. Malheureusement prenant cette fuite comme un aveu, les Nekartistes le prirent en chasse. Roy se retrouva rapidement encerclé et l'un des plus grands, un ours à l'air patibulaire, le plaqua immédiatement au sol. Le renard se retrouva à plat ventre, dans la neige, une vive douleur lui traversa le bras droit qu'il avait mis en avant pour se retenir. Il n'eut guère le temps de se préoccuper de la douleur que le premier coup fusa. Son bras gauche se leva par réflexe pour le parer, pas question qu'il se laisse faire ! Le jeune métarite se releva et repoussa le fennec qui le chargeait en criant. Était-ce dû à la chute ou à l'adrénaline ? Il avait mal partout, comme si de l'acide coulait dans ses veines. L'un des agresseurs le tira en arrière par le col, ce qui déchira son sweet. Roy le repoussa de toutes ses forces sur un cri de rage. Le nekarte fit un vol plané avant d'atteindre le muret de la clôture et de s'effondrer, sonné. Tous s'arrêtèrent une fraction de seconde, figés par la stupeur. Autant les fanatiques que l’étudiant, surpris de sa propre puissance. Il ne se savait pas une telle force. De plus, il avait cru voir un mince filet vert. Comme une volute de gaz. Son imagination lui jouait des tours ? Les agresseurs se reprirent plus vite que lui. L'ours le ceintura par derrière, lui maintenant les bras pour l'empêcher de se défendre tandis que leur chef lui assénait un coup de poing dans le ventre qui lui coupa le souffle. Plié en deux par la douleur, ses jambes le lâchèrent. Il ne s'effondra pas sur le sol uniquement parce que l'ours le retenait toujours. Celui-ci passa son avant-bras autour de la gorge du renard pour le redresser tandis que le fennec le frappait de nouveau. Ce second coup faillit lui faire perdre connaissance. Des larmes de douleur s'échappèrent d'entre ses paupières closes. En plus des coups et des insultes, le poison de la haine lui brûlait les veines. C'en était trop.

— Assez...

Ce n'était qu'un murmure, le son passait à peine dans ses cordes vocales comprimées, mais c'était un cri du cœur.

Désespoir !

Tout s'arrêta soudainement. Les coups, la pression sur son cou, la force qui le maintenait debout. Roy s'effondra à quatre pattes dans la neige, toussant pour reprendre son souffle. Ses douleurs s'estompaient. Lentement, il releva les yeux cherchant à comprendre ce soudain revirement de situation. Il avait cru à l'intervention d'un sauveur providentiel, mais l'horreur qui s'imposa à son regard le détrompa rapidement. Tous les fanatiques gisaient à terre, immobiles à jamais. Déjà la neige se teintait de rouge sous les corps. Un véritable carnage.

Roy se releva en tremblant, une main plaquée sur son ventre, l'autre sur sa bouche pour réprimer la nausée qui l'envahissait. Mais cette dernière ne fut pas suffisante pour la stopper. Dégoûté par cette vision, il ne put s’empêcher de relâcher les produits de ses entrailles, genoux et mains posés sur le sol gelé. Une perle de sueur s’écoula de son front, puis entama une chute libre, jusqu’à cette mixture infâme, relâchée sur une des dalles qui pavait le parc. Tachant de se reprendre, il se releva et put constater que l’image qui s’offrit à lui, était on ne peut plus réelle. Chacun des corps était bardé de trous, comme si une rafale de balles les avait fauchés. En titubant, le renard s'approcha du fennec. Du moins, ce qu'il en restait. Son visage était lacéré, des impacts couvraient tout son torse, son cou. Sa tête tenait au tronc que par un lambeau de chair. Une vision de cauchemar auquel s'ajoutait un silence de mort. Pourtant, un faible râle attira son attention. Oubliant ses douleurs, Roy se précipita vers le seul survivant, ou plutôt, le seul encore en sursis. Il n'avait pas besoin d'être médecin pour savoir que le jeune chien aux oreilles pendantes était condamné. Une large coupure sanguinolente lui barrait le torse, laissant apercevoir ses muscles palpitants, ses côtes fracturées. Ses membres présentaient les mêmes traces de coups que les autres. Dans ses yeux, il n'y avait plus de haine, plus de dégoût, juste une peur indescriptible. Cette frayeur qui précède la mort certaine.

Terreur !

— Je vais t'aider, tenta de l'encourager Roy d'une voix rauque.

Lorsqu'il s'approcha de lui, le chien eut un mouvement de recul que son état ne permettait pas. Un flot de sang s'échappa brusquement de son corps. Il tremblait, son souffle saccadé se faisait de plus en plus faible. Pourtant il trouva encore la force d'articuler un dernier mot avant d'expirer.

— Mon… Monstre !!

Roy le comprit, cette dernière confidence lui était destinée. Il était responsable de ce massacre. Comment ? Il ne le comprenait pas, mais au fond de lui, il en était certain. Il venait d'assassiner ces étudiants. Pris d'une soudaine panique, le jeune renard partit en courant vers son seul refuge : Sa famille.
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MessageSujet: Re: Chroniques des Anges Gardiens   Dim 1 Mar - 10:00

Livre 1 partie 1

 Je pensais m'être bien remis de l'accident dans le laboratoire, pourtant c'est loin d'être le cas. Que s'est il passé ? Je n'en sais rien mais une chose est sûre, ils sont morts. Tous ! Et j'en suis responsable. Je les ai tué je ne sais pas comment mais j’en suis persuadé. Comment peut-on vivre avec autant de victimes sur la conscience ? Qu'ai-je fait ? Que suis-je devenu ? Un monstre ?
Chapitre 3

   

Il ignorait la douleur, il ignorait les cris fictifs qui résonnaient dans son esprit, ces visions d'horreur qui le hantaient. Il courait à en perdre haleine, comme si mettre le plus de distance possible entre lui et le lieu du massacre pouvait tout arranger. Roy arriva chez lui paniqué. Aussitôt il se précipita dans sa chambre et s'y enferma. Sa mère le vit passer en coup de vent sans dire bonjour. Ce n'était pas dans ses habitudes, redoutant une rechute, elle monta à sa suite.

— Roy ça va ? Tu es malade ?

Aucune réponse ne lui parvint, à peine entendit-elle quelques sanglots étouffés dans la chambre. Son inquiétude monta d'un cran, elle tenta d'ouvrir la porte mais l'étudiant s'était assis contre le battant, empêchant quiconque de l'ouvrir.

— Ouvre-moi, dis-moi ce qu'il ne va pas !

Anxiété, doute.

Le jeune garçon se prit la tête à deux mains, ses migraines revenaient en force. Comme un marteau qui tambourinait son crâne à chacune des paroles de sa mère. Comme il ne répondait toujours pas, la renarde alla chercher son époux, toujours enfermé dans son laboratoire. Dans la chambre, Roy luttait contre le remord et sa conscience le torturant. Qu'avait-il fait ? Il avait l'impression d'être dans un cauchemar et cherchait à se réveiller. Alors que le silence revenait dans la chambre, son esprit se faisait plus clair, la migraine s'estompait doucement. Il pouvait de nouveau réfléchir. Ce n'était pas un cauchemar, mais bien la réalité. Comment ce drame avait-il pu arriver ? Doucement, le jeune garçon tenta de réorganiser ses pensées. Il essayait de se remémorer la scène, tout en faisant abstraction de l'horreur. Mais ce genre d'exercice était plus facile à dire qu'à faire. Soudain, sans prévenir, la migraine revint, plus forte que jamais. Elle martelait sa tête au rythme des pas dans l'escalier. Roy laissa échapper un gémissement en se recroquevillant sur lui même. Ses parents revenaient, il devait leur dire. Il ne pouvait cacher un tel secret. Lentement, il se leva et ouvrit la porte pour trouver le couple sur le seuil. Sa mère laissa échapper un cri en découvrant ses vêtements tachés de sang et déchirés.

Stupeur, inquiétude.

Roy ne les laissa pas poser de questions, il leur raconta tout, dans les moindres détails. En commençant par l'altercation qui avait eu lieu quelques jours plus tôt. Il leur avoua son crime comme si cette confession allait le soulager. Cela ne fut pas le cas et à mesure de son récit, il sentait son malaise grandir tandis que les visages de ses parents se décomposaient. A la fin de son long monologue, aucun d'eux ne prit la parole. Sa mère laissa échapper quelques sanglots. Accrochée au bras de son mari, elle tremblait tandis que ses yeux ne reflétaient que la peur.

Frayeur, dégout.

Quant à son père, comme d'ordinaire, il ne disait rien et ne bougeait pas. Roy se demandait même s’il l'avait écouté. Il ne pouvait voir ses poings se serrer dans son dos. Le vieux chercheur poussa un long soupir et persuada sa femme de leur préparer du café. Sitôt qu'elle fut sortie, il s'installa au bureau de son fils. A aucun moment il n'avait croisé son regard, et pour cause, Roy fixait ses chaussures.

— Je lui fais peur, murmura le jeune renard en se laissant tomber assis sur son lit.

Il le savait, il l'avait compris, sa mère avait été effrayée par son récit. Elle avait peur de lui. Cela, plus que tout, lui perçait le cœur comme la lame d'une dague effilée.

— Comment le sais-tu ?

Première parole du vieux renard. Une question que Roy mit quelques secondes à décrypter tant elle lui semblait hors de propos. Pourtant, il sentait que comme à son habitude, son géniteur n’avait pas posé cette question au hasard, contrairement à ces paroles que l’on émet dans le vent et qui disparaissent au fil du temps.


Tandis que les deux renards cherchaient à comprendre les raisons de ce drame, les cadavres avaient été découverts. Un homme se posait approximativement les mêmes questions. Pourquoi ? Comment et surtout… Qui ? Une foule curieuse se pressait autour des cordons de sécurité. La zone était envahie d'officiers de police, certains s'activaient sur la scène du crime tandis que d'autres prenaient les dépositions. La jeune humaine qui avait fait cette découverte macabre en promenant son chien était encore sous le choc, elle peinait à répondre au métarite iguane qui l'interrogeait. On avait chargé Curtis de cette affaire, sûrement parce qu'on l'estimait délicate. L'appartenance des victimes à un groupe de radicaux nekartistes laissait supposer un crime discriminatoire. Évidement, il devait marcher sur des œufs. Mais à ce stade bien précoce de l'enquête, il ne voulait privilégier aucune piste. Bien que l'opinion de ses collègues semblait déjà bien arrêtée. Trop de choses ne collaient pas. Perplexe, l'humain aux cheveux brun clair impeccablement coiffés restait un peu en retrait, observant la scène de crime d'un œil critique. Le reptile qui avait pris la déposition revint vers lui en rangeant son stylo dans la poche de son uniforme.

— Alors Castle, ça devrait aller vite cette fois. Y'a pas à se prendre la tête.  

Curtis ne daigna même pas regarder son interlocuteur, il répondit après un instant de silence.

— Vraiment ?!

Laissant le policier en uniforme seul, il s'avança vers le médecin légiste qui, maintenant que ses collègues en avaient fini avec le relevé d'indices, pouvait s'occuper d'emmener les corps. Du moins ce qu'il en restait.

— Une idée de l’arme du crime ?

Le légiste secoua négativement la tête. Curtis s’y attendait et n’en demanda pas plus. Il fallait attendre la fin des analyses, il le savait. Pour le moment, il allait devoir se contenter d’interroger le personnel de la faculté. Alors qu’il allait faire demi tour, il se retrouva nez à nez avec l’iguane en uniforme. Visiblement, le métarite n’avait pas apprécié la réponse précédente.

— C’est forcement un groupe de fanatiques Wazydristes. Des professionnels, ces gamins n’ont eu aucune chance.  

Curtis était un homme d’expérience. Son sens de l’observation avait néanmoins écarté depuis longtemps cette hypothèse.

— Il n’y avait qu’un seul agresseur et il n’a rien d’un professionnel.  

Son regard d’acier quitta le métarite pour se poser sur les deux scientifiques tout de blancs vêtus, qui ramassaient ce qui semblait être du vomi. L’inspecteur repris son avancée en contournant le policier. A cette heure il n’avait plus grand-chose à faire ici. Il repartit donc à la voiture qu’il avait louée, monta dedans et mit le contact. Aussitôt, la ventilation se mit en marche créant un nuage de buée sur le pare-brise.  

— Mais y’a aucune douille ! insista l’iguane lui courant après.

Curtis lui claqua presque la portière au nez. Il prit quand même le temps de descendre la vitre et d’informer son ignorant collègue.

— Un pro ne dégueule pas sur le lieu du crime.

Laissant le métarite perplexe devant une telle révélation, il se dirigea en centre ville vers le petit hôtel où sa chambre avait été réservée.

Tôt ce matin là, Curtis se rendit à l’université, il obtint très rapidement un rendez vous avec le recteur. Déjà une cellule psychologique avait été mise en place pour prendre en charge les étudiants et le personnel. L’inspecteur, dans son costume bleu marine impeccable, entra dans le grand bureau. Une pièce assez grande, mais relativement vide. La grande table ovale couleur gris acier où reposaient quelques dossiers et un ordinateur noir denier cri était le seul mobilier. Après quelques secondes d’observation, Curtis repéra de discrets rayonnages dans les murs. Les deux pans de mur, de part et d’autre du bureau, étaient des rangements. Sûrement pour les nombreux dossiers élèves. La secrétaire, les yeux rouges et bouffis d’avoir trop pleuré, le fit s'asseoir dans le bureau en attendant le recteur. Celui-ci annonçait la triste nouvelle à l’ensemble des étudiants.
Le recteur ne le fit pas attendre longtemps, il entra bien vite à son tour dans le bureau, la mine sombre et d’un geste de la main, invita l’officier qui s'était levé, à s’asseoir tandis que lui-même se laissait lourdement tomber dans son siège. Le rendez vous fut rapidement fructueux. Les jeunes victimes s’étaient faites bien des ennemis. Ils suivaient plus assidument leurs réunions de groupe que leur propres cours, et étaient responsables de plusieurs altercations. La dernière ne remontant qu’à quelques jours.

— Vous savez, ce n’était pas vraiment une bagarre. Juste des insultes mais le jeune Reilly est l’un de nos meilleurs étudiants, comme son père qui enseignait ici. C’est un élève calme et discret, je suis certain qu’il n’a rien à voir avec cette histoire.

Curtis approuva de la tête mais son regard fixé sur la liste des absents du jour disait tout le contraire.

— Je préfère quand même avoir son dossier.  Demanda l’humain en relevant les yeux sur le vieux hibou, visiblement gêné de ce qui arrivait à son établissement.

Il finit par se lever, alla fouiller dans un des grands placards encastrés et en retira un classeur peu épais qu’il tendit à l’inspecteur.

Curtis prit la chemise, l’ouvrit rapidement et regarda la photo du jeune renard puis le referma, le posa sur la pile déjà bien conséquente de dossiers qu’il avait sélectionné. Il se leva et tendit la main au doyen.

— Merci de votre aide monsieur le Directeur, dit-il avant de prendre congé.

Il avait plein de monde à voir, tous les dossiers élèves à étudier, ceux des profs aussi. Une longue, très longue journée l’attendait. Mais pour le moment il devait rendre visite aux familles des victimes. C’était indispensable, pourtant il savait mieux que personne qu’il est difficile de parler de son enfant récemment disparu.
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MessageSujet: Re: Chroniques des Anges Gardiens   Mer 24 Juin - 12:02

Livre 1 partie 1

  Que se passe-t-il ? Je suis dans un abîme de ténèbres qui semble s'épaissir à chaque seconde qui passe. Avec mon père, nous avons beaucoup discuté. Je lui ai raconté encore une fois tout ce dont je me souvenais, essayant d’être le plus précis possible sans avoir la nausée. Lui, m’a posé beaucoup de questions. Fallait-il attendre cette catastrophe pour qu'enfin il s'intéresse à moi ? Qu'ai-je fait cette nuit ? On va me chercher c'est certain. Les morts vont être rapidement découverts et après, ils vont remonter jusqu'à moi ? Quoiqu'il arrive, je suis incapable de délivrer mes membres de la torpeur qui m'étreint. Et quand finalement je sens un espoir parcourir mes veines.... Ce renfort n'est apporté que par des nuages de couleurs qui viennent ajouter plus de troubles à mon esprit qu'ils ne m'en libèrent. J'ai l'impression de vivre un cauchemar.
Chapitre 4

   
Curtis venait de sortir de chez le recteur, un vieil hibou particulièrement choqué par ce qui venait d'arriver à ses élèves. Il avait eu du mal à accepter que l'inspecteur interroge ses employés et les élèves. Bien sûr, il ne souhaitait pas faire entrave à l'enquête, il voulait simplement les protéger. Les étudiants surtout, déjà bien trop fragilisés par la perte de leurs camarades. Pourtant il dut s'y résigner. Curtis devait impérativement les interroger le plus rapidement possible. Le doyen avait mis à sa disposition plusieurs salles. Tout le monde avait été réuni dans le grand réfectoire. On leur avait annoncé la nouvelle et ils furent priés de se présenter aux enquêteurs lorsqu’on les appellerait. L'inspecteur laissa le plus gros du boulot à ses collègues ; il lirait les rapports plus tard. Pour le moment, il souhaitait interroger ses principaux témoins. Les professeurs des élèves concernés et leurs camarades proches, notamment ceux du groupe étudiant auquel ils appartenaient.

Pour l'équipe éducative, ce fut relativement rapide. Il en sortit un fait : ces adolescents passaient plus de temps à s'occuper de leur association que de leurs études. Certains professeurs ne les avaient même jamais vus dans leur cours. Ils étaient loin du profil d'élèves studieux qu'on attendait. Il en ressortit également que la violence coutumière du leadeur de ce groupe lui avait déjà valu deux renvois temporaires. Mais cela, Curtis l'avait déjà lu dans leurs dossiers scolaires. Il passa ensuite aux deux rescapés du mouvement étudiant. Ces deux là n'avaient pas participé à la réunion parce qu'ils avaient dû rester plus tard pour finir des devoirs. La première bien trop choquée ne lui avait rien appris. Elle avait passé tout l'interrogatoire à pleurer et se lamenter. Curtis n'en tira rien de bon. Le second par contre fut beaucoup plus loquasse. Il était visiblement plus en colère que triste de la mort de ses amis et pour lui, les coupables étaient tout désignés.

— Ce sont eux y'a pas de doute. On préparait justement une manifestation pour la semaine prochaine, ils voulaient nous en empêcher.
— Vous connaissiez donc des ennemis à vos camarades ?
— Bien sûr ! Tous ces Wazydristes veulent notre perte. Y'a encore une semaine, on a eu un problème avec un de ces types, un renard pourtant. Un véritable traitre !

Curtis haussa un sourcil. On lui avait déjà rapporté de nombreuses altercations avec ce groupe, cela ne l'étonnait pas vraiment mais c'était toujours une piste à explorer.

— Vous connaissez son nom ? demanda-t-il, connaissant plus ou moins la réponse.
— Non, c'est un gars qui passe son temps à la bibliothèque. Je suis sûr que c'est un terroriste, il doit chercher des renseignements pour nous anéantir.

Le jeune hybride bouillonnait de rage. Pour lui, le coupable ne faisait aucun doute. Et cela pouvait s'avérer très dangereux au vu de son caractère. Curtis finit par le remercier et le fit sortir. Mais il veilla à ce que deux officiers ne le lâchent pas d'une semelle. Officiellement pour sa protection, mais l'humain redoutait surtout que ce garçon, perturbé par le décès de ses amis, ne commette de bêtises. Il fit venir ensuite la documentaliste. Bien sûr, les étudiants assassinés ne fréquentaient pas vraiment ce lieu d'étude. Mais ce jeune renard qui était revenu plusieurs fois au cours des interrogatoires, oui.
Curtis ressortit son dossier. Il avait voulu l'interroger, mais il était absent ce matin. De quoi motiver quelques recherches supplémentaires.
La vieille femme s'approcha un peu timidement, n'osant s’assoir avant que Curtis le lui demande. Elle était proche de la retraite et encaissait mal l'événement comme la plupart de ses collègues. Elle s'installa sur la chaise face au petit bureau où s’était placé Curtis. Les yeux bouffis, elle se retenait de pleurer. Ses vêtements sobres lui faisaient une grise mine. L'inspecteur commença avec les questions habituelles. Comme il s'y attendait, elle ne connaissait presque pas les victimes. Son emploi du temps ? Le même que chaque jour depuis déjà quarante ans. C'était une femme particulièrement attachée à son travail. Et la mort de ces enfants, même si elle ne les connaissait pas, l'avait beaucoup affectée. Pourtant elle s'appliquait à répondre le plus précisément possible, aidant de son mieux l'enquête. Curtis finit par poser une question, changeant brusquement de sujet.

— Vous connaissez l'élève Reilly, Roy Reilly ? demanda-t-il, tout en faisant mine de chercher le nom sur ses fiches.
— Oui bien sûr ! C'est un enfant studieux, un très bon élève, il passe le plus clair de son temps avec moi. Toujours dans des recherches pour ses études. Je suis presque obligée de le faire partir le soir pour fermer. Expliqua-t-elle, ravie de pouvoir un peu changer de conversation.
— Et ce soir-là aussi?
— Oui… je crois.

La documentaliste se mit à blêmir. Elle avait l'impression d'être tombée dans un piège. Elle fixa l'inspecteur et secoua doucement la tête.

— Mais il n'a rien à voir dans cette histoire. Il ne ferait pas de mal à une mouche, assura-t-elle. - Il n'est pas venu aujourd'hui.
— Non, mais il était souffrant il y a quelques jours. Il a dû faire une rechute.
— Oui. J’ai cru comprendre que c’est arrivé juste après l'altercation qu'il a eue avec les défunts ? répliqua Curtis.

Son visage était fermé, la femme n'arrivait pas à savoir ce qu'il pensait. De plus, les évidences que mettait en place Curtis lui déplaisaient. Elle était en train de se chercher une explication plus logique. Pour elle, il était impensable que le jeune renard qu'elle voyait tous les jours soit un meurtrier. Mais il n'y avait rien à trouver.

— Ce n'était pas une altercation, juste quelques insultes sur le parvis et Roy n'a même pas réagit ! J'étais là je les ai vus !
En désespoir de cause elle répéta la voix tremblante d'émotion.

— C'est un gentil garçon, il n'a rien à voir dans cette histoire.
— Hum très bien... Je vous remercie, madame.

La bibliothécaire n'était pas du tout convaincue que Curtis laissait tomber cette piste ; bien au contraire. Lorsqu'il se leva pour la raccompagner à la porte et la saluer, elle le fusilla du regard. Curtis n'y prit pas vraiment garde. Cela faisait partie du boulot. Il avait l'habitude. Tous les témoins donnaient leur opinion bien qu'on ne leur demandait que les faits. Il avait, avec l'expérience, appris à faire abstraction. Alors qu'il regardait pensif la dame s'éloigner en sanglotant, un officier en uniforme se présenta devant lui et lui tendit une enveloppe en kraft.

— Les premiers résultats du labo, dit-il avec un bref salut.

Les scientifiques avaient bossés toute la nuit pour avoir quelques résultats, Curtis y jeta un bref coup d'œil : il s'agissait des empreintes et d'autres détails. Les résultats de la première autopsie également, et visiblement l'arme du crime n'était toujours pas identifiable. L'enquêteur laissa le soin à un de ses subordonnés de finir les interrogatoires, lui voulait se rendre au domicile des Reilly.

La famille possédait une belle propriété en dehors de la ville. Suffisamment éloignée pour être tranquille, et assez proche pour bénéficier de toutes les commodités. Il avait déjà pris ses renseignements. La mère travaillait autrefois dans le domaine social, jusqu’à ce que le système ne veuille plus de ses services, malgré son professionnalisme lors de ses anciens travaux. Le père quant à lui était un grand chercheur, jadis professeur dans l'université de son fils. Il avait tout laissé pour se consacrer à ses propres recherches. C'était une famille aisée. Ils n'avaient aucun problème d'argent ni d'éducation. Leur fils unique était un brillant élève qui n'avait jamais eu aucun problème. Du moins, jusqu'à maintenant.

Roy se réveilla tard ce matin. La nuit avait été courte et plutôt agitée. Il avait longtemps discuté avec son père, comme jamais auparavant d'ailleurs. Lorsqu'il était parti, le jeune homme n'avait pas réussi à trouver le sommeil immédiatement, tant ses pensées étaient habitées d'horreur. Et même la douche brulante si elle avait gommé les traces de visible de sang n'avait par réussi à laver sa culpabilité. Aussi, lorsque la sonnette de l'entrée le réveilla, il n'eut l'impression de n'avoir dormi que quelques minutes. A peine sorti du lit, sa migraine reprit. A croire qu'il ne s'en débarrasserait plus. Quoique, elle devenait supportable. Impossible de se rendormir. Il se leva donc, les muscles encore engourdis, sans jeter un œil à son réveil. Il s'habilla rapidement tandis qu'au rez-de-chaussée, sa mère était en grande discussion avec le visiteur.

— Mon fils ? Pourquoi ?
— Simple enquête de voisinage.
— Il dort encore, il est souffrant.

Sa mère était sur la défensive, ça se sentait au ton qu'elle prenait, alors que son interlocuteur lui était très calme et posé. Roy descendit lentement l'escalier, encore un peu ensommeillé. Il découvrit un humain aux cheveux châtains, dans le couloir de l'entrée. Son costume gris lui donnait une mine assez sombre. D'emblée, le jeune garçon se sentit mal à l'aise en sa présence. Lorsque l'homme plongea son regard clair dans le sien, l’étudiant se sentit comme oppressé. Roy sut immédiatement pourquoi il était venu. Son crime avait été découvert… Cette pensée lui glaça le sang, et malgré les troubles qui l’accablaient encore, il commença à se concentrer afin de ne pas se trahir avec une mauvaise attitude.

— Je suis réveillé !

L'adolescent avait vraiment une mine affreuse. Décoiffé, ses épis rebelles partants dans tous les sens, il se tenait fortement à la rambarde, sentant ses jambes faiblir, paralysées par la peur. Pour n'importe qui il aurait paru réellement malade. Curtis en tout cas, n'était pas homme à se fier aux apparences. Cela pouvait aussi bien être dû à une grippe qu'à une nuit blanche dans le parc. Il avança jusqu'au jeune homme resté sur la dernière marche de l'escalier et lui présenta son badge.

— Inspecteur Castle. Nous pouvons discuter ?

Cela n'avait rien d'une question de politesse. Roy en avait parfaitement conscience. Il avait la gorge sèche et ne put qu'acquiescer de la tête. Curtis tendit la main vers le salon comme si il était chez lui. Le renard le précéda et se laissa lourdement tomber dans le divan en se massant les tempes. Cette migraine, pourquoi ne voulait elle pas partir ? Le policier l'observa tout en prenant place face à lui. Il sortit son dictaphone et un petit carnet. Le jeune hybride ne semblait pas feindre son état de santé. Peut être était-il sur une fausse piste ? Peu importe, il se devait de l'explorer comme les autres. Il ne négligeait aucun détail, avançant méticuleusement.

— Pourriez-vous me décliner votre identité ?
— Roy Reilly.
-- Vous n'êtes pas venu en cours ce matin ?
— Non, pas dans mon état.

Ce qui n'était pas faux, avec cette migraine incessante, le canidé ne serait jamais aller en cours même sans les événements de la veille.

— À quelle heure êtes vous rentré chez vous hier soir ?
— Je ne sais plus, soupira le garçon en fermant les yeux.

La lumière devenait presque insupportable. Il avait l'impression de voir comme dans un kaléidoscope. Sa vision était troublée par des émanations de gaz coloré autour des gens et des objets. Il n’allait vraiment pas bien. En plus de cela, il faisait tout son possible pour rester concentré.
Roy jouait sur deux tableaux. Le premier qui lui ressemblait plus, l’obligeait à se confronter à l’interrogatoire d’un inspecteur expérimenté ; le second, lui était totalement inconnu et lui présentait des hallucinations colorées qu’il essayait de combattre pour reprendre ses esprits. Étant sur la défensive et incapable d’avoir un véritable plan, il se contenta de dire la vérité en restant suffisamment vague.

— Je suis rentré quelques heures après les cours, je travaillais à la bibliothèque.

Suspicion, méfiance.

Un silence pesant s’installa entre eux. Le regard de Curtis se faisait de plus en plus perçant. Roy avait l’impression que cet inspecteur arrivait à retrouver son crime à travers les yeux peinés du métarite.

Culpabilité, peur.

Le renard passait par des états contradictoires. Il ressentait des choses très différentes. Des sentiments connus, ainsi que d’autres, qui ne semblaient pas venir de lui. Ce contraste achevait de disperser le fragile équilibre qui maintenait le jeune homme dans un état de lucidité.
La mère de Roy arriva, coupant un moment la discussion. Elle posa un verre d'eau et deux cachets d'aspirine devant son fils, puis repartit en jetant un regard noir à l'inspecteur. D'ordinaire elle lui aurait proposé un café mais là, il était hors de question de se montrer polie avec cet homme. L'étudiant s'empressa d’avaler les comprimés. Il se redressa un peu et fit des efforts pour sembler moins mal qu'il ne l'était. Ce précieux laps de temps lui permit de récupérer un peu.

— Par où êtes-vous passé pour rentrer chez vous le soir du crime ?

Roy resta silencieux un moment, victime d’une hésitation. Devait-il dire la vérité ? Avouer son crime ou mentir ? Ses parents lui avait toujours dit d'assumer ses actes mais là, le pouvait il ? Il savait qu’il était responsable, mais il avait du mal à l'admettre. Il avait surtout peur des conséquences. Fort heureusement, Curtis enchaina avec une autre question le dispensant de répondre. En fait il connaissait déjà la réponse.

— Avez-vous remarqué ou entendu quelque chose d'étrange hier soir ?

Cette fois Roy secoua négativement la tête, sa migraine devenait insupportable. Ses hallucinations ne voulaient guère se dissiper. Les nuages de couleurs ne disparaissant pas, même lorsqu’il se frottait les yeux.

Certitude, assurance.

— Hier soir dix de vos camarade ont été sauvagement agressés et assassinés lâcha froidement le policier, en posant sur la table basse quelques clichés.

Roy eut un haut le cœur et détourna aussitôt le regard. C'était une première faute qu'il allait probablement regretter.

— Vous les connaissiez ?

De nouveau, sans même regarder toutes les photos le jeune renard secoua négativement la tête.

— À peine. Je n'ai fait que les voir le jour où ils m'ont demandés de rejoindre leur groupe. J'ai refusé malgré leur insistance. Je ne connais même pas leur nom.

Curtis l'observa un long moment ; il fuyait son regard, les épaules voutées, pâle. Il avait tout du parfait coupable mais il manquait visiblement de sang froid. Et l'assassin n'en avait pas manqué pour s'en prendre à autant de personnes.

— De quelle confession êtes-vous ?

Ce brusque changement de sujet surprit grandement Roy qui répondit immédiatement sans même réfléchir.

— Aucune, ma famille est non-croyante. Pourquoi ?

Cette fois l'inspecteur était certain de sa sincérité ou alors c'était le meilleur comédien qu'il n'avait jamais vu.

— Les victimes étaient des Nekartistes. Nous supposons un crime raciste.

Le révéler n'avait rien de grave. De toute façon, les médias en avait déjà fait leurs choux gras. Et puis si cela pouvait mettre en confiance l'assassin, il se dévoilerait peut être plus facilement. Il finirait par commettre une erreur. L'inspecteur prit un petit tube allongé dans sa poche qu'il ouvrit pour en sortir un écouvillon.

— Vous nous autorisez à faire un prélèvement de salive ? C'est juste une formalité tout le monde y passe.

Piège

Ce fut comme un coup de poignard en pleine poitrine. Roy arrêta de respirer une seconde et porta la main à son cœur. C'était exactement comme si on lui avait fait peur, comme s'il avait été surpris en pleine faute. Et pourtant, il s'y attendait à cette question. Il savait même exactement quoi faire. Pour la première fois depuis des heures, son véritable esprit scientifique et logique reprit le pas sur les émotions qui le submergeaient.

— Et si je refuse ?

Le regard de Curtis se fit plus dur.

— Une commission rogatoire vous y obligera. Passez à mon bureau demain à dix heures pour un nouvel entretien, dit-il en se levant. J'ai encore beaucoup de personnes à interroger et notamment les parents des victimes. Ils étaient effondrés lorsqu’on leur a appris la mort de leur enfant.

Encore une fois cette petite phrase d'apparence anodine avait pour but de fragiliser son interlocuteur. Il avait bien compris que Roy était beaucoup plus sensible qu'il n'y paraissait et surtout il avait la certitude qu'il était impliqué. Une intuition qu'il se devait de vérifier et d'étayer par des preuves avant de l'avancer. C’était ce mélange d'intuitivité et de méthode qui en faisait un très bon enquêteur.
Dommage que le jeune renard n'ait pas accepté le prélèvement. Il aurait facilement pu le confondre grâce à son ADN. Il s'apprêtait à sortir lorsque la mère de Roy revint avec son père qu'elle avait été chercher dans son atelier. Le couple de renards semblait aussi mal à l'aise que leur fils.
Curtis les salua, et avant de refermer la porte, fit une dernière recommandation à l'étudiant.

— Bien sûr, je vous conseille de rester en ville.

La porte en bois se referma dans le grincement des gonds que Roy aurait dû huiler il y a quelques jours si ces évènements n'avaient pas eu lieu. L'adolescent resta derrière la porte, posant sa tête contre l'unique rempart solide entre lui et celui chargé de le confondre. Les yeux fermés, il sentit sa tête se vider lentement. Était-ce l'effet de l'aspirine ? Il n'y croyait pas vraiment. Mais ce qui était certain, c'est que ce soulagement était salutaire. Seul restait en lui un sentiment, une intuition très précise qu'il ne pouvait expliquer, et qui l'obligeait à faire un choix. Son esprit reprenant le dessus sur sa souffrance, il rouvrit les yeux et constata que ses hallucinations avaient disparu.

— Il sait.


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