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 WILD : Reflection

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Eska-chan
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Messages : 126
Date d'inscription : 18/01/2015
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MessageSujet: WILD : Reflection   Lun 17 Aoû - 4:27

Bonjour à tous !

Quelques petites précisions avant de commencer !

Cette histoire est une AU (Alternative Universe) où j'ai fusionné mon univers Innocence avec l'univers WILD. Tous les personnages d'Innocence que vous connaissez auront changé physiquement et auront d'autres liens familiaux pour que ce soit cohérent dans l'histoire. Certains événements se dérouleront dans le WILD officiel, tandis que d'autres sont le pur fruit de nos fantasmes et imaginaires.

Cette aventure est directement reprise d'un RP avec Pink-Tails, que nous avons décidé de remettre au propre pour le partager avec vous. Cette histoire a donc été écrite à deux.

Bonne lecture !


_________________


Chapitre 1


____La forêt sacrée d’Esmera. Un immense labyrinthe de verdure, empreint de mystère et de magie, qui s’étendait sur des kilomètres au sud du royaume. Nombre de créatures étranges s’y étaient installées et cohabitaient désormais en harmonie.
Ou du moins, c’était l’impression que cela donnait. Ce jour-là, une petite fée virevoltait entre les arbres majestueux, aux épais feuillages qui protégeaient du soleil chaud d’été. Elle laissait échapper à son passage un petit chemin de poussière, qui brillait comme des paillettes à la lueur du jour. Elle se posa sur la tige d’un petit arbuste pour se reposer un moment, et poussa un cri aigu lorsqu’un petit animal poilu se mit à dévorer les feuilles de son refuge. Les animaux sauvages montraient le bout de leur nez, en quête de fruits et de baies. La forêt était en paix, et aucune agitation ne semblait déranger les êtres qui la peuplaient. Jusqu’à ce que des rires ne résonnent entre les branchages.

Un petit groupe d’enfants courait à travers la végétation, esquivant les racines qui sortaient du sol jusqu’aux plus petits des buissons. Ils riaient aux éclats, poursuivis par un vieil homme à qui ils avaient vraisemblablement joué un vilain tour. Ce dernier, bien moins vif que les garnements, dut bientôt s’arrêter pour reprendre son souffle. Il avait de longs cheveux blancs en dépit de son front dégarni, et sa longue barbe lui donnait un air de vieux sage. Il avait aussi une paire d’oreilles de canidé ainsi qu’une queue assortie, qui témoignaient de son appartenance à la race des démons loups.
Une main sur le cœur et l’autre appuyée contre un tronc d’arbre, il était courbé vers l’avant et semblait avoir quelques difficultés à retrouver une respiration normale. Il maudit intérieurement ces garnements qui ne respectaient pas ses cours, alors qu’il y mettait pourtant tant de passion !
Les petits couraient toujours, bien trop heureux d’avoir réussi à échapper aux griffes de l’Ancêtre et de pouvoir vivre des aventures extraordinaires. Ils se situaient tous dans la même tranche d’âge, mais n’appartenaient pas au même clan : en effet il y avait là des loups, des renards, une lynx et même une chatte. La minette était d’ailleurs la plus jeune du groupe et elle protestait contre ses amis, n’approuvant pas leur dernière mauvaise idée.

— C’est mal, on ne devrait pas faire ça !
— On s’en moque, c’est comme ça qu’on apprend ! Allez, en avant ! lui répondit le chef de file.
— Mais apprendre quoi ? pleurnicha la petite féline.
— Apprendre la vie ! s’exclama-t-il, tout en sautant au-dessus d’une grande racine d’arbre.

Le meneur en question était un jeune démon loup. Ce n’était pas l’aîné du groupe, mais son sang chaud lui donnait toujours les pires idées de bêtises. Étant le fils du chef de son clan, il se pensait à l’abri de tout et ne reculait devant rien. Avec ses longs cheveux bleu ciel ainsi que ses yeux rouge sang, Nanti avait toutes les caractéristiques d’un héritier de la famille royale Laowyn.
Alors que la joyeuse troupe avançait, insouciante, le dernier de la file se retourna d’un seul coup, alerté. William, qu’on surnommait plus facilement Will. C’était lui aussi un loup, aux longs cheveux bleu nuit. Il était d’un an l’aîné du groupe, et c’était également le plus raisonnable. Ses yeux rouges scrutaient la végétation lointaine tandis que ses oreilles frémissaient. Il lui semblait bien avoir perçu quelque chose.

— Nanti, j’entends grogner… Je crois qu'ils ont demandé aux loups de nous pister, prévint-il.

Les autres enfants poussèrent des cris qui relevaient plus de la surprise que de la frayeur. De toute évidence ce n’était pas la première fois que ce jeu de cache-cache avait lieu. Nanti regarda autour de lui pour trouver une solution. Mais ce fut Lysa, la lynx, la plus réactive.

— Regardez ! Là-bas, il y a un pont !
— Vite, allons-y !

Ils s’y précipitèrent tous en même temps mais une fois arrivés devant, certains reculèrent. Il y avait effectivement un pont en bois, mais il était vieux de plusieurs années : les planches étaient pourries et rongées par les insectes, cela n’avait rien de rassurant. Alors qu’ils hésitaient à traverser, ils entendirent les grognements des loups qui se rapprochaient, ainsi que la voix grave d’un parent qui se plaignait d’eux.

— Tant pis… Traversons et prions ! s’affola l’une des démones louves.

À peine eut-elle fini sa phrase que le fils du chef s’engagea dans cette traversée risquée. Les autres enfants le suivirent à la file indienne, mais ils n’avaient pas fini de passer que le pont céda sous leurs pieds. Nanti eut le réflexe de s’accrocher au rebord de la falaise, et ses amis s’accrochèrent à lui aussitôt. Ils pendaient tous au-dessus du vide comme une guirlande et se retenaient de ne pas pleurer en appelant à l’aide. Heureusement pour eux, les loups et les adultes ne tardèrent pas à arriver et à constater la catastrophe…
Aucun d’eux ne savait s’il fallait hurler ou être soulagé de les retrouver. Mais une bonne frayeur valait parfois mieux qu’une leçon de morale. Aussi, les parents en profitèrent pour leur arracher la promesse de se tenir sage durant les prochaines leçons de l’Ancêtre, en échange de quoi ils les remonteraient sans plus tarder. Une condition que le groupe accepta sans réfléchir plus longtemps, car certains sentaient déjà leurs forces les abandonner.
Après quelques minutes d’entraide entre les démons loups, ils réussirent à remonter tous les enfants, sains et saufs. Ceux-ci tâchèrent de reprendre leur souffle tant bien que mal. Les adultes les regardaient, agacés, en attendant des explications à ce comportement.

— On peut savoir ce qui vous a pris au juste ? les réprimanda Réa, l’une des mères louves.
— On s’ennuyait en cours… tenta d’expliquer un renard.
— Ce n’est pas une raison valable ! s’indigna la mère.
— Pour nous, si… rétorquèrent en cœur Nanti et une de ses amies.

Les deux se tournèrent aussitôt l’un vers l’autre, surpris de voir qu’ils pensaient la même chose. Minami, l’une de ses semblables, avait souvent les mêmes idées que lui. Il n’aimait pas du tout cela, ne voulant pas d’une fille comme rivale.
Raël, le roi des loups - et par conséquent le père de Nanti, une tâche plus ardue encore selon ses dires - lâcha un long soupir en se pinçant l’arête du nez. Il préféra couper court à cette conversation qui n’avait aucun sens. Sinon, tel qu’il connaissait son fils, ce dernier aurait tôt fait de la tourner à son avantage.

— On rentre… Je vous épargne la leçon de morale pour cette fois mais vous avez intérêt à tenir votre promesse !
— Quelle promesse ? s’étonna son fils à la mémoire décidément très courte.
— Celle de suivre les cours de l’Ancêtre bien entendu, répondit le roi avec un sourire amusé.
— On a promis ça ?! s’exclama Lysa, incrédule.
— Oui, entre deux sanglots lorsque vous pendiez dans le vide, conclut-il, toujours aussi souriant.

Les enfants échangèrent des regards perplexes, persuadés de s’être fait duper, mais ignorant à partir de quel moment exactement. Alors sans poser plus de questions, ils suivirent les adultes qui semblaient bien soulagés de les avoir tous retrouvés en entier. La petite féline s’emporta une nouvelle fois.

— Je vous avais dit que c’était mal ! Personne ne m’écoute jamais !!!
— Pourquoi es-tu venue avec nous alors ? rétorqua Nanti.
— Bah je… Je ne sais pas… Je voulais…
— Et bien voilà, t’es pas maligne de nous avoir suivis dans ce cas ! conclut-il en haussant les épaules.

La pauvre petite minette baissa ses yeux châtaigne vers le sol, serrant fortement sa robe dans ses mains ; tout cela dans le seul but de se donner du courage et de ne pas pleurer, car elle ne parvenait pas à trouver ses mots. Néanmoins ses doutes furent chassés d’un seul geste par Will, qui posa sa main sur son épaule.

— Vous n’êtes pas compréhensifs. Eska voulait simplement rester avec nous, expliqua-t-il.

Nanti lâcha un soupir, détournant la tête, comme s’il n’admettait pas que son ami le contredise. Il préférait avoir raison, et ne pas à avoir à s’excuser. Mais en voyant la triste mine de la féline brune, il comprit bien qu’elle se sentait de trop, comme si sa présence dérangeait tout le monde. Il regretta tout de suite ses paroles. Dans le fond il l’aimait bien et il ne tenait pas à la faire pleurer. Alors en soupirant de nouveau, il attrapa la main d’Eska pour qu’elle marche à ses côtés. Elle leva son regard vers lui sans comprendre et, voyant qu’il essayait de rester digne en gardant les yeux rivés droit devant lui, elle se mit à sourire. Tant et si bien qu’elle en oublia toutes ses peurs. Raël, en tête de file sur le chemin du retour, jeta un discret coup d’œil en arrière et se prit à sourire en regardant son fils.

Après une longue et silencieuse marche, ils arrivèrent dans une vaste clairière lumineuse. L’Ancêtre était là, debout, entouré de plusieurs enfants assis en tailleur. Ceux-là étaient eux aussi issus de différents clans, et ils regardaient le piteux retour de leurs camarades sans cacher leur amusement. Le groupe s’installa sur l’herbe verte, sans rien ajouter de plus, sous le regard inquisiteur de l’Ancêtre qui semblait plus exaspéré que jamais. Croisant les bras, il releva la tête vers son roi. Ce dernier se força à sourire.

— Désolé pour ce contretemps. Cette fois ils ne te dérangeront plus, s’excusa Raël.
— Bien, mais je préfèrerais que tu restes jusqu’à la fin du cours. Cela évitera que ces garnements ne s’échappent de nouveau, dit l’Ancêtre.

Puis le vieux loup reprit son cours, tandis que le roi s’asseyait au pied d’un arbre, acceptant de bonne grâce de surveiller cette étrange classe. Une petite fée, vêtue d’une robe en feuille et coiffée d’une fleur, vint s’asseoir sur son épaule. Il lui adressa un sourire tout en lui faisant signe de ne pas parler. Réa, la mère de Minami, fit un rapide signe de la main pour saluer son roi et rentra au village en compagnie des autres démons et de leurs animaux totems. Quant aux enfants qui chuchotaient entre eux, le regard sévère que leur adressa l’ancien en se retournant suffit à les faire taire.

— Nanti ! s’exclama l’Ancêtre, sois plus attentif ! Je vous raconte des légendes que vous devriez normalement déjà connaître par cœur !

Le prince lâcha un râle, découragé et épuisé. Ce genre d’histoire ne l’intéressait pas du tout, et il n’avait aucune envie de les retenir. Minami, assise non loin de lui, ricana en voyant sa mine déprimée. Mais le vieux loup la remarqua et ne manqua pas de la sermonner également.

— Cette remarque est valable pour toi aussi, petite demoiselle !
— Mais je suis attentive ! tenta-t-elle de justifier.
— Et ce n’est pas vraiment une demoiselle… glissa fielleusement Nanti.

Il avait bien vu qu’elle s’était moquée de lui, et ne pouvait décidément pas laisser cet affront impuni. La jeune louve écarquilla les yeux, encore choquée par ce qu’elle venait d’entendre. Le reste du groupe recula légèrement : lorsqu’une dispute éclatait entre Nanti et Minami, il ne s’agissait pas de se retrouver entre les deux. Mais d’un autre côté, c’était déjà bien plus amusant que des cours sur ces satanées divinités dont on oubliait toujours les noms. Minami plaqua une main sur le sol et toisa du regard cet insolent qui avait osé remettre en question sa féminité.

— Oh oui, tu dois en savoir quelque chose. De nous deux, c’est bien toi le plus féminin, finit-elle par rétorquer.
— Je n’ai pas grand mérite. Tu es un tel garçon manqué…
— Toi aussi.
— Quoi donc ?
— Tu es une sorte de garçon manqué.

Outré et lassé de jouer sur les mots, le prince serra les dents. Il la poussa d’un seul coup, mais la louve lui répondit tout aussi rapidement en le poussant à son tour. Ils en vinrent aux mains tous les deux, dans une bataille ridicule où ils cherchaient à se taper l’un l’autre, tout en détournant la tête pour esquiver les baffes potentielles. Le roi des loups se tenait le front, lâchant en même temps un soupir, exaspéré par cette attitude puérile. Malgré cela, un discret sourire étira ses lèvres. La petite fée sur son épaule, elle, ne se gêna pas pour ricaner. Raël se releva finalement, et attrapa les deux louveteaux par le col pour les séparer.

— Allons les enfants, un peu de calme, réfrénez votre passion ! s’amusa Raël.
— Notre quoi ?! Tu as perdu la tête ! Je ne suis pas amoureux de cette furie ! lui répondit Nanti.
— Moi non plus, et ce n'est pas prêt d'arriver ! rétorqua Minami.
— Vraiment ? Eh bien, comme ça vous êtes tous les deux d’accord sur quelque chose ! conclut le roi.

Les deux louveteaux s’échangèrent un regard rapide, détournant vivement la tête, les joues rouges d’énervement - ou bien de gêne non assumée. Le père se mit à rire de bon cœur, réjouit par leur réaction innocente. Nanti et Minami avaient tous les deux croisé les bras, se tournant mutuellement le dos, à la fois agacés et embarrassés par la situation.
De son côté, l’Ancêtre soupira longuement, les mains sur les hanches ; ne pourrait-il donc jamais finir son cours ? Il réprima cependant un sourire sous sa barbe. Au fond, cette espèce de petite parade amoureuse l’amusait beaucoup. Il frappa finalement dans ses mains, annonçant la fin du cours et libérant les enfants, qui se levèrent tous d’un bond. Ils étaient bien heureux de pouvoir enfin se dégourdir les jambes.

L’un des démons renards, tout roux et au visage parsemé de taches assorties, attrapa sa balle. Il la brandit devant les autres élèves, leur proposant de jouer avant que chacun ne rentre chez soi. Si certains acceptèrent sans hésiter, les autres - surtout les filles - préférèrent rentrer. L’Ancêtre les accompagna avec la fée, ne souhaitant pas rester, de peur de se prendre une balle sur la tête. Raël voulut l’imiter, mais à peine fit-il un pas que son fils et ses amis l’interceptèrent. Les enfants appréciaient énormément le roi loup, mais ils avaient tant de mal à passer du temps avec lui. Son garçon était le premier à le déplorer. Ils insistèrent pour qu’il reste jouer avec eux, le suppliant presque. Encerclé comme il l’était, le roi fut bien forcé d’accepter. Tous ces bambins étaient euphoriques, mais Nanti devait l’être bien plus encore. Ce genre d’occasion était si rare. Les équipes se formèrent naturellement et leur jeu débuta.

Si au début Raël était gêné et se forçait surtout pour leur faire plaisir, il se surprit à apprécier cela au fil des passes, voire à se prendre au jeu. Il en oubliait presque ses tracas quotidiens. Entouré de son fils et de ses camarades, entouré de joie et d’insouciance, son timide sourire se transforma finalement en rire. Il en avait même retrouvé une certaine lueur dans le regard. Elle était de celles que l’on ne trouve que dans les yeux d’enfants.
Mais alors que la petite Eska s’enfuyait avec le ballon au-dessus de la tête, leur récréation se termina soudainement. La féline heurta son nez contre les jambes d’un adulte, si fort qu’elle en perdit l’équilibre et tomba sur les fesses. Elle regarda la balle rouler jusqu’aux pieds de l’individu, avant de lever les yeux vers lui pour le détailler. C’était un démon loup, sans doute à peine moins âgé que l’Ancêtre. Au vu de sa prestance et de sa longue cape noire soignée, il ne s’agissait pas d’un simple villageois. Malgré les rides sur son visage, ses cheveux grisonnants et sa longue barbe tressée, il se tenait droit, prouvant que le temps qui passait n’avait guère eu de prise sur sa force. Son regard strict croisa celui de la petite fille, qui tressaillit aussitôt. Eska n’attendit pas plus longtemps, elle ramassa la balle avant de se précipiter derrière les jambes de Nanti. Le louveteau avait perdu toute gaieté, il baissa les oreilles face à ce vieil homme qu’il ne connaissait que trop bien : Dogmeel, l’un des sages du village. Ce n’était pas qu’il ne l’aimait pas ou qu’il avait peur de lui, mais il avait compris qu’il était venu chercher son père. C’était ce qui le chagrinait le plus, alors qu’ils s’amusaient si bien ensemble.
Le jeune garçon à la tignasse bleutée leva les yeux vers son père, presque suppliant. Un regard que Raël eut bien du mal à soutenir. Mais de toute évidence, le devoir l’appelait. Il passa entre les enfants et, arrivé au niveau de son fils, lui ébouriffa affectueusement les cheveux avec un sourire navré. Puis il s’en alla rejoindre le sage.
L’on ne prononça plus aucun mot.
Toute la bonne humeur était retombée. Les enfants n’avaient même plus envie de jouer. C’est dans cette ambiance maussade que les amis se dirent au revoir, avant de se séparer pour regagner leur village. À l’exception d’Eska qui resta avec les loups, car elle était bien trop jeune pour s’en aller toute seule. Sur le chemin du retour, elle s’agrippa vivement à la main du prince. Elle le savait triste, mais elle ignorait comment lui faire retrouver le sourire. Alors elle voulait lui montrer qu’elle était présente pour lui.

Le village des loups était assez grand ; situé en pleine forêt, au pied d’une immense falaise elle-même parcourue de profondes galeries. Les habitations étaient éparpillées tout autour de l’entrée, entre les arbres, parfois même perchées dedans, ou simplement établies sur des buttes de terre. Elles étaient faites de bois ou de pierre pour les plus importantes, avec des toits de chaume. Quelques tentes en tissu orné de motifs bleus étaient regroupées sur la place centrale, elles leur servaient à entreposer du matériel ou de la nourriture séchée.

Les enfants venaient d’arriver au centre du village lorsqu’ils se séparèrent définitivement pour retrouver leurs parents. William rejoignit son père et Minami partit avec sa cousine, si bien qu’il ne resta plus qu’Eska aux côtés de Nanti. Son visage était inexpressif et il semblait ne plus penser à rien. La petite féline, qui lui tenait toujours la main, se mit à tirer dessus pour attirer son attention. Les yeux rubis du prince se posèrent sur elle, tandis qu’elle esquissait un sourire timide.

— Dis, tu viendras au spectacle de danse ? demanda-t-elle.
— Au spectacle ?
— Mais oui, tu sais bien ! C’est la danse qu’on fait chaque année avec mon clan ! Toutes les autres tribus seront réunies, alors j’espère que tu viendras !
— Ah oui, je me souviens… Je tâcherai d’être là, alors.
— Oui ! s’extasia la petite Eska. Je suis si contente ! Et puis tu sais quoi ? Cette année, moi aussi je vais danser !
— Tu n’es pas trop petite pour participer ?
— Non ! Et puis on avait besoin de ma taille ! Je ne ferai que quelques pas, mais rien que d’y penser, je ne tiens plus en place !
— Je vois ça, remarqua Nanti en souriant. On t’encouragera, avec tout le monde.

La petite fille laissa échapper un rire malicieux, bien heureuse que son annonce fasse réagir son ami.
Mais cette joie fut de courte durée, et très vite le silence retomba. Seuls, ils ne savaient pas vraiment quoi faire. Nanti ne tenait pas spécialement à rentrer dans la grotte pour rejoindre sa chambre ; et puis il fallait attendre qu’un démon chat vienne chercher son amie. Les deux acolytes s’installèrent sur des petits rochers, et commencèrent à dessiner sur le sol avec un bâton. Le prince soupira de plus belle. Eska leva les yeux vers lui, inquiète et ignorant comment lui changer les idées. Heureusement pour elle, un autre jeune démon loup ne tarda pas à les rejoindre, et rompit finalement cette ambiance déplorable.

― Quelle tête d’enterrement ! Allez Nanti, tu ne devrais pas être si triste…

Les oreilles de l’intéressé remuèrent un court instant. Il releva son visage et reconnut son ami Celian. C’était un garçon. Certes avec un visage très féminin - notamment avec ce grain de beauté sous l’œil droit -, mais bien un garçon. Il était souvent obligé de le préciser. Il avait les cheveux mi-longs, verts et bouclés. Comme il était du même âge que le prince, ces deux-là s’entendaient très bien ; Celian faisait même partie de ses meilleurs amis.
Les deux mains sur ses hanches, il toisa Nanti en levant un sourcil.

― Tu passeras d’autres moments avec ton père. Surtout maintenant qu’on a l’âge de s’entrainer, ça te fera une bonne excuse.
― Oui... Mais ce n’est pas pareil…
― Peut-être. Mais entre nous, bouder n’y changera pas grand-chose.
― T’as pas l’air de comprendre : je ne peux rien dire. C’est le chef du village, il a plein d’obligations et moi… bah, je passe après tout ça.

Nanti soupira pour la énième fois. Eska échangea un nouveau regard désolé avec Celian. Ce dernier commençait à manquer d’idées pour remonter le moral de son ami... jusqu’à ce qu’un éclair de génie ne lui traverse l’esprit. D’un coup, il s’empara du bâton de son ami et fit semblant de le menacer avec.

― Puisque tu n’as rien à faire, viens donc te battre contre moi ! Ça te défoulera, le défia Celian.

Le jeune prince le regarda, surpris, mais néanmoins prêt à se lever pour répondre à cette provocation. C’était un jeu habituel entre eux. Cependant, il n’eut même pas le temps de bouger, qu’une grosse bête à la fourrure bleu nuit se jeta sur Celian et lui déroba le bout de bois avec les dents. Le jeune garçon lâcha prise en poussant un cri de stupeur, et retira vivement sa main. L’animal retomba sur ses quatre pattes, le bâton dans la gueule, tout en remuant fièrement la queue. Il s’agissait de Muka, la fidèle louve de compagnie de Nanti. Une belle bête, mais qui avait cela de particulier qu’elle se comportait régulièrement en petit chien docile. Et à ce jour, tout le monde ignorait pourquoi. Fort heureusement, cela ne l’empêchait pas d’être une redoutable chasseuse et de se montrer très féroce, quand elle le voulait.
Le trio d’enfants, stupéfait, contempla la louve. Puis ils échangèrent des regards étonnés, avant d’éclater de rire. Le prince et la petite féline se levèrent finalement pour rejoindre Celian et jouer avec la louve. Aux côtés de Muka, Nanti retrouvait naturellement le sourire ; il l’aimait beaucoup.

Le temps fila plus vite que prévu, et le soleil était déjà bien bas lorsqu’enfin, une jeune fille du village des chats se présenta devant eux. Elle était grande, belle, et déjà très mature pour son âge. Elle avait de longs cheveux blonds, parsemés de nuances roses, qui retombaient en bas de son dos. Ses yeux étaient d’or et sa peau était très pâle, presque blanche. Eska sourit largement en l’apercevant, et se jeta sur elle pour lui faire un câlin.

― Crépuscule ! s’écria la petite féline brune.

La jeune fille lui glissa un regard tendre et se baissa légèrement pour réceptionner sa cousine, la prenant ainsi dans ses bras. Elle n’avait pas la force de la soulever car Eska était désormais trop grande pour ce genre de jeu, mais elle ne refusait jamais l’affection de la petite. Nanti, Celian et Muka se joignirent à elles, après que le prince loup ait ramassé le bâton. Crépuscule se redressa et regarda les louveteaux.

― Bonjour Nanti, Celian. J’espère que ma chère cousine ne vous aura pas trop ennuyé aujourd’hui.
― Pas plus que d’habitude, taquina le prince.
― Hé ! s’indigna Eska.
― Tu arrives bien tard, remarqua Celian.
― Eh oui. Comme le Jour de la Danse approche, toute la tribu est agitée et se consacre aux préparatifs. Ce n’est que dans quelques jours pourtant, mais les chats sont si euphoriques qu’on ne les arrête plus !
― Je les comprends, moi aussi j’ai hâte ! avoua la petite féline.

Crépuscule retint un petit rire. Puis, comme il était tard, elle décida d’écourter la conversation. Les deux félines saluèrent les garçons, avant de rentrer chez elles. Vu l’heure, Celian fut contraint de faire de même et retourna dans sa hutte. Il craignait surtout que son grand frère ne s’inquiète.
Alors, Nanti se retrouva seul avec Muka. Il tourna les talons en direction de la grotte, sans grande conviction. Ce n’est qu’en levant les yeux vers l’entrée qu’il vit son père lui faire signe.

Les lèvres du jeune prince s’étirèrent doucement. Il s’empressa de le rejoindre en courant, accompagné de sa belle louve bleue.
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WILD : Reflection | Commentaires


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MessageSujet: Re: WILD : Reflection   Jeu 10 Déc - 19:26

Chapitre 2


____Il était silencieux, terré dans les fourrés. Sa respiration était presque inaudible, se mêlant au souffle du vent. Sa cible était là, juste sous ses yeux, broutant l’herbe fraîche de la forêt : un cerf. Noble animal, qui ce soir ferait office de repas pour les villageois. Il n’avait visiblement rien entendu, et pourtant il n’aurait pas fallu grand-chose pour le mettre en alerte. Le démon loup brandit son arc et tendit la corde d’une flèche aiguisée dans un même mouvement. Elle allait s’abattre sur sa proie dans peu de temps, il n’y avait qu’à trouver l’angle parfait. Malheureusement, ce fut ce moment-là que choisirent les oiseaux pour s’envoler des arbres tous en même temps, faisant alors sursauter le cerf qui s’enfuit sans plus attendre. Surpris, le démon lâcha désespérément sa flèche qui manqua sa cible de justesse. L’animal avait bondi hors de son champ de vision dès le premier battement d’aile.
Raël plaqua sa main sur son front et remit fébrilement ses cheveux en arrière, retenant non sans mal un râle de déception. Il sortit de sa cachette, mécontent, avant de demander :

― Lequel d’entre vous a bougé ?!
― Tout de suite les accusations ! rétorqua aussitôt une voix féminine.

Le chef des loups tourna la tête et reconnut Réa qui se dégageait des épais buissons. C’était une démone louve, l’une de ses plus proches amies. Cette dernière avait la particularité d’avoir la peau étonnamment sombre, une couleur exotique commune à tous les membres de sa famille. Son teint mat faisait ressortir la fourrure crème de ses oreilles et de sa queue, ses yeux verts scintillaient comme deux émeraudes, et sa longue chevelure couleur menthe enroulée dans plusieurs rubans retombait gracieusement sur ses fesses.
La louve croisa les bras et lança à son roi un regard lourd de reproches.

― Ce n’est pas plutôt toi qui as fait peur aux oiseaux ?
― Tu plaisantes ? Je ne faisais qu’un avec la forêt. Je dirais même plus : j’étais la forêt ! se vanta Raël. Impossible que je fasse du bruit !
― Peu importe la raison, les oiseaux n’ont pas eu peur pour rien, reprit calmement un autre individu sorti des fourrés.

Celui-ci était également un démon loup, qui se nommait Ludwig. C’était le père de William. Il avait les mêmes yeux rubis que son fils, de longs cheveux noirs aux reflets violacés, ainsi qu’une fourrure de loup ocre. Il était suivi de près par Terence, qui les avait accompagnés pour cette chasse. Lui n’était autre que le frère aîné de Celian ; ils avaient tous les deux les mêmes cheveux verts et bouclés. En revanche, son regard sévère lui conférait des traits bien moins engageants - et autrement plus masculins - que ceux de son frère.

― Pour ma part, je n’ai rien entendu. Pas un bruit, pas un craquement de brindille. Ces piafs ont dû s’envoler sur un coup de tête, conclut Terence.

Les trois autres loups se regardèrent, perplexes. Leur cadet ne semblait pas se tromper, mais qu’un animal prenne la fuite sans raison apparente était plutôt inhabituel.

― Cela dit, on n’entend vraiment plus rien du tout… remarqua Réa.

Les démons loups tendirent l’oreille. Effectivement, il n’y avait plus un bruit. Aucun insecte, pas même le chant des oiseaux. Rien, à part le vent qui soufflait à travers les branches. Un silence absolu s’était installé, amenant avec lui une sorte d’angoisse générale. Raël rangea son arc dans son dos et fit signe à ses compagnons de le suivre. Il avait un mauvais pressentiment. Il fallait rentrer au village, tout de suite.

Ils traversèrent la forêt sans un mot, jetant des coups d’œil hâtifs dans chaque recoin de la végétation. La faune s’en était allée. Pas le moindre insecte, pas le moindre petit rongeur. Même les fées avaient déserté. La forêt semblait vide et silencieuse. Ce calme pesant poussa le roi à presser le pas.

Mais sa course fut freinée par un groupe de démons belettes qui surgirent des taillis, les vêtements abîmés, les visages couverts de poussière et les yeux pleins d’effroi. L’un d’entre eux perdit l’équilibre et tomba sur ses genoux. Il ne se formalisa pas de la douleur pour autant, se relevant aussitôt pour s’échapper au plus vite. Raël le saisit par le bras et le força à se retourner, incitant les autres à s’arrêter à leur tour. Le chef des loups les exhorta de lui dire ce qui s’était passé, d’expliquer ce qui avait bien pu causer chez eux une telle panique. Le jeune démon qu’il maintenait par le bras eut bien de la peine à trouver ses mots, et Raël finit par le lâcher, ne serait-ce que pour le rassurer.

— Notre village… ! Notre chef… ! bafouilla l’une des belettes.
— C’est un fléau volant qui s’est abattu sur nous ! poursuivit un autre de ses semblables. Des individus ailés, avec des griffes acérées !
— Ils sont arrivés de nulle part et ont attaqué notre village ! On a besoin d’aide !

Le roi des loups lança un regard inquiet à ses camarades. Il fit de son mieux pour rassurer les belettes, en leur ordonnant d’aller se mettre à l’abri chez le peuple des renards. Ainsi, ces derniers seraient prévenus à leur tour et pourraient agir en conséquence.
Mais il restait tout de même beaucoup de points à éclaircir. Le clan des belettes était petit et peu influant. Ils étaient plutôt pacifistes et n’avaient pas beaucoup de richesses à offrir. Raël ne comprenait pas l’intérêt de les violenter. Que pouvait bien avoir en tête l’envahisseur ?
Quoi qu'il en soit, il y réfléchirait plus tard. Il devait d’abord rejoindre son village, désigner des hommes et aller voir sur place. Se précipiter tout de suite chez les belettes était trop risqué. Raël était certes un bon combattant, mais il n’était pas fou pour autant. Sans plus tarder, il se dépêcha de rentrer, suivi de près par ses compagnons.

Le quatuor arriva au village en courant, alertant les villageois de l’attaque qui n’allait certainement pas tarder à venir. Raël ordonna aux archers de gagner les hauteurs pour surveiller l’horizon, et invita les autres à se préparer au combat. Les loups s’exécutèrent et l’agitation gagna le hameau. On se posa de nombreuses questions sur ce nouvel ennemi. Le roi rassembla ses sages, et les chargea d’organiser les différents groupes. Le vieux Dogmeel, en charge des armées, s’empressa de rejoindre les guerriers sur la place centrale. L’Ancêtre s’occupa de regrouper les enfants ainsi que les femmes enceintes, afin d’aller les mettre en sécurité.
Mais malheureusement, aucun d’entre eux n’eut le temps de quitter les lieux. Un arbre s’écrasa au sol, leur coupant la route, frôlant une habitation et faisant s’élever des cris de panique parmi les plus jeunes. Les enfants ne purent tenir les rangs. La confusion s’installa alors que des plumes tombaient du ciel, comme une pluie macabre s’abattant sur le village. Des appels d’oiseaux retentirent ensuite, vocalises stridentes qui forcèrent le roi des loups à lever les yeux pendant que la foule se bousculait autour de lui. Des hommes et des femmes oiseaux fondaient littéralement sur son peuple, tandis que volaient les flèches des archers, bien campés sur les ponts de bois reliant les cabanes dans les arbres.
Les plumages des envahisseurs étaient similaires à ceux des volatiles que l’on rencontrait habituellement en forêt. Des serres tranchantes faisaient office de mains et de pieds chez eux. Et si leur équipement semblait médiocre et que la fatigue se lisait sur certains visages, ils n’en demeuraient pas moins nombreux. À tel point qu’ils noircissaient le ciel de leur présence.

Cependant, passée la première vague d’attaque qui fit autant de blessés des deux côtés, cette atmosphère chaotique s’atténua. L’on pouvait enfin y voir clair sur le champ de bataille qu’était devenu le village, tandis que les oiseaux se posaient petit à petit, faisant face aux guerriers loups. Pendant ce temps, les cibles les plus vulnérables tentaient de se dissimuler là où elles le pouvaient. Plusieurs enfants, sous la tutelle de l’Ancêtre et de la shamane Méline, trouvèrent refuge derrière des huttes encore intactes. Ils surveillaient avec anxiété l’évolution de la situation. Le jeune prince Nanti était de ceux-là, gardant ses grands yeux rouges rivés sur son père.

L’un des démons volants se démarqua des autres durant sa descente. Tout de noir vêtu, il était plus grand et plus imposant que le reste des troupes. Il avait une immense paire d’ailes noires et de longues queues de phœnix, qui prouvaient son autorité sur les autres. Ses cheveux étaient pourpres, longs et fins, à tel point qu’ils serpentaient sur le sol.
Le silence s’installa enfin. L’homme s’avança vers celui qu’il jugea être le chef du village, et jeta à ses pieds le corps blessé du roi belette, Yvain. Raël se précipita vers ce dernier, tachant de vérifier son état. Toujours en vie. Terriblement mal en point, mais toujours en vie.

— Raël Laowyn, c’est bien ça ? demanda l’oiseau de malheur, en croisant les bras.
— Peut-être bien. Ҫa dépend de ce que tu lui veux, rétorqua simplement le chef des loups. Qui es-tu, et d’où venez-vous ?
— Je me nomme Ellyon Saecan. Seigneur des harpies et nouveau roi de l’Île Lunaire. Je vous ai longuement cherchés, toi et ton cristal. Mais ton ami rampant ici présent a eu la bonté de m’indiquer le chemin.
— L’Île de Lune… murmura Raël pour lui-même, ramenant précautionneusement le corps d’Yvain contre lui, le préservant d’une éventuelle attaque. Je croyais que c’était une légende.

Il avait déjà entendu parler de cette histoire. Un peuple mythique, supérieur, aux ailes majestueuses et solides. Ils évoluaient sur une île volante et prospère qui, du jour au lendemain, s’était écrasée dans des flots inhospitaliers et avait été ravagée par des raz-de-marée. Le Grand Cataclysme.
On racontait que ceux qui y avaient survécu ne s’étaient jamais remis de ces événements, et que la misère qui s’était installée avait eu raison de leur peuple.
Mais de toute évidence, les livres s’étaient trompés. Cet homme ici présent en était la preuve vivante.

— Tu es donc un descendant de ce peuple maudit, constata finalement Raël.
— En effet, répondit sèchement Ellyon, n’appréciant guère la pitié qu’il pouvait lire dans les yeux de son adversaire. Mais je le ferai renaître, plus puissant et plus redouté encore. Nous avons bravé les tourbillons et les ouragans pour venir ici. Nous avons traversé un océan entier pour venir à votre rencontre. Il n’y a pas de retour en arrière possible. Donne-moi ce que je suis venu chercher et il n’y aura pas d’autres victimes.
— Je ne peux pas faire ça.

Raël se releva, et tira son épée de son fourreau. Ellyon ne cilla pas, et décida de le laisser parler.

— Tu te présentes chez nous en tant que conquérant. Tu nous traites de rampants et tu attaques nos villages en prétendant œuvrer pour la gloire de ton peuple. Tu crois que c’est comme ça que tu sauveras ta patrie, mais tu te trompes. Dans tes yeux je ne vois que l’orgueil, et la soif de pouvoir. Je ne te donnerai pas le cristal.
— Alors je le prendrai de force. Je prendrai tout, Raël.

Ces mots qui sonnaient comme une funeste promesse scellèrent la discussion. Les deux chefs de guerre ordonnèrent tous les deux la reprise des attaques, et Raël eut tout juste le temps de confier son ami Yvain à l’un de ses pairs avant de contrer un assaut du roi ennemi.
Les harpies étaient en surnombre, assurément. Mais elles subissaient aussi le contrecoup de leur exode. Elles avaient déjà essuyé des pertes durant le voyage, et la fatigue se faisait de plus en plus sentir. De plus, elles étaient loin d’être aussi organisées que les loups, si bien que ces derniers ne tardèrent pas à reprendre le dessus sur elles. C’était leur territoire, ils y évoluaient bien plus facilement que des oiseaux. Les arbres environnants et les flèches étaient autant de facteurs qui empêchaient les harpies de déployer tout le potentiel de leurs ailes, et qui entravaient leurs mouvements.
Au milieu de ce chaos, les deux rois se livraient une bataille acharnée à l’épée. Ellyon maniait une terrifiante zweihänder, qu’il avait gardée dans son dos jusqu’à présent. Au vu de sa lame dentelée, Raël avait toutes les raisons de redouter ne serait-ce qu’un seul coup de sa part. Une blessure causée par cette arme devait être difficile voire impossible à recoudre… en admettant que la partie atteinte n’ait pas été arrachée au passage. Le roi loup, lui, tentait de parer tous les assauts avec son épée à une main. Un sabre crénelé à l’allure quelque peu primitive, sobrement baptisé Dent de Loup, et que la famille Laowyn se transmettait de génération en génération. Si son allonge était moins importante que celle d’Ellyon, cette arme était aussi beaucoup moins lourde. Par conséquent, elle offrait une marge de manœuvre et une rapidité non négligeable. C’est d’ailleurs probablement ce qui sauva la vie du chef canin à plusieurs reprises. Car les mouvements du roi ailé étaient extrêmement difficiles à anticiper : la lame changeait de direction de manière anormale et en permanence, comme si elle suivait son adversaire. Elle a une volonté propre, pensa Raël en évitant de peu un nouveau coup. Elle lui laissa tout de même une longue estafilade sous le bras gauche. Peu profonde, mais l’intention y était.
Les deux adversaires reprirent leurs distances, se jaugeant l’un et l’autre. Le regard de Raël s’arrêta alors sur le redoutable espadon. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’il vit, fiché au milieu de la lame, un œil de feu dont la pupille vibrait frénétiquement. L’épée le surveillait, littéralement. Le roi loup comprenait à présent beaucoup de choses.

— Où as-tu trouvé cette monstruosité ?!
— Elle était scellée sur notre île, répondit posément Ellyon. L’épée de Saël est gardée par ma famille depuis des temps immémoriaux. C’est une lame enchantée qui ne rate jamais son coup.
— Ah, je vois ! Es-tu si piètre bretteur que tu as besoin d’aide pour viser ?
— La jalousie ne te sied pas, mon ami. Pour ta gouverne, sache que l’épée n’accepte pas n’importe quel débutant.

Et c’est précisément pour ça que tu n’as aucune chance, songea l’oiseau de mauvais augure. Il tenta une tranche horizontale, et Raël eut à peine le temps de se baisser pour éviter de se faire couper en deux. L’épée changea de direction immédiatement et le roi des loups ne dut son salut qu’à ses réflexes sur-développés. Il se jeta sur le côté sans réfléchir et l’espadon se planta juste à côté de lui. Raël reprit son souffle tant bien que mal, les yeux ronds et une main sur sa poitrine qui se soulevait à un rythme irrégulier. Il avait échappé de justesse à la décapitation.
Les deux combattants s’apprêtaient à reprendre les hostilités, mais furent aussitôt interrompus par le cadavre d’une harpie qui vint s’écraser entre eux. À la voir ainsi criblée de flèches, Ellyon leva les yeux et prit un peu mieux la mesure de la situation. Autour d’eux, régnait l’anarchie. Si lui tenait bon contre le roi loup, sa valetaille était en train de se faire massacrer et ses généraux peinaient visiblement à gérer les élans patriotiques des ‟rampants”. Pour un peu que la bataille s’éternise, quelle que soit l’issue du duel, la défaite serait assurément pour les oiseaux. Cela n’était pas acceptable. Il réfléchit à toute allure. Avec toute cette agitation à proximité, son champ d’action était considérablement réduit. Impossible de se donner à fond contre Raël, un Gardien, sans risquer de malmener ses propres hommes. Il ne lui restait donc plus qu’une solution.

— Dallveig ! Anthelme ! Changement de tactique !
— Hors de question ! s’écria Raël en se précipitant vers Ellyon, prêt à l’embrocher.

Ce dernier s’écarta sans mal et passa derrière lui, sans toutefois saisir l’opportunité de l’attaquer. Il fila droit vers la sortie du village, et Raël fut frôlé par les deux généraux du seigneur des oiseaux. Ces derniers s’étaient lancés en direction de la hutte qui abritait les enfants, toujours piégés au milieu de ce bain de sang, alors que Méline et l’Ancêtre faisaient barrage comme ils le pouvaient. Dès lors qu’ils virent ce qui arrivait, ils se préparèrent à repousser les assaillants de toutes leurs forces. La shamane dressa un bouclier d’énergie devant le groupe, et les deux soldats le heurtèrent de plein fouet. Ils eurent le bon réflexe d’abriter leurs visages et la protection éclata aussitôt, comme si elle avait été faite de verre. L’impact fut tel qu’il projeta Méline sur plusieurs mètres. L’Ancêtre se retrouva lui aussi à terre, et la panique gagna les enfants qui s’éparpillèrent une nouvelle fois. Nanti et Celian entreprirent néanmoins de secouer le vieil homme, alors que la petite Inaya les exhortait d’aller se cacher avec les autres. Raël courut vers eux aussi vite qu’il put, mais fut allègrement devancé par les deux harpies qui s’étaient bien vite remises du choc. Les trois petits n’eurent guère le temps de fuir. Dallveig attrapa la fillette sans ménagement et s’envola avec, tandis qu’Anthelme avait posé ses serres sur le jeune prince sans même savoir de qui il s’agissait. Quant à Celian, il s’était ratatiné sur le corps inerte du vieux sage pour se faire oublier, et cela avait eu l’effet escompté.

Les sbires d’Ellyon ne tardèrent pas à rejoindre leur seigneur à l’extérieur du village avec les louveteaux sous le bras, suivis de près par un petit groupe de harpies. Le chef canin se lança à leurs trousses, accompagné de Réa et de Terence. Ils firent de leur mieux pour ne pas perdre de vue leurs ennemis, esquivant tant bien que mal les obstacles naturels qui se dressaient sur leur passage. Par chance, les harpies avaient autant de difficulté à progresser qu’eux, encombrées par leurs grandes ailes. Les deux enfants en auraient bien profité pour se défaire de leur prise, mais ils étaient trop occupés à protéger leurs visages de la végétation et des branchages qui défilaient à toute allure.

— Aïe ! La vache, un peu de considération ! s’indigna Nanti.
— T’es un otage ! Pas de considération pour les otages ! répliqua Dallveig, sidéré. Anthelme, je crois que t’aurais mieux fait de prendre l’autre gamin !
— Ouais, ouais ! Tu veux pas que j’y retourne non plus ?
— Si, retournez-y ! renchérit Inaya. Les adultes vont vous botter les fesses !
— Seigneur Ellyon, on arrive bientôt ? gémit Dallveig, tandis que la petite lui mordait le bras.

Le seigneur en question ne jugea même pas utile de lui répondre, se pinçant simplement l’arête du nez, ne cachant même plus son exaspération. Qui était le véritable gamin dans tout ça ? Il soupçonnait Raël de les avoir délibérément laissé kidnapper ces deux teignes pour semer la discorde au sein de ses troupes. S’il s’était retourné, il aurait peut-être effectivement aperçu le sourire narquois du roi des loups qui savourait l’instant. Ce n’était qu’une question de temps avant qu’Ellyon ne fasse demi-tour pour le supplier de récupérer les deux moucherons.  
Le général victimisé fut cependant exaucé, car son maître ne tarda pas à s’arrêter au milieu d’une large clairière. C’était le type d’endroit qu’il cherchait depuis le début. Lorsque les trois loups les rejoignirent, ils furent aussitôt encerclés par les soldats du roi ailé, qui leur coupèrent de ce fait toute retraite. Les deux otages furent négligemment jetés par terre et ne tardèrent pas à se réfugier derrière les adultes. Dallveig secoua son bras, encore marqué par les traces de dents d’Inaya, ignorant le regard consterné d’Anthelme.

— Tu vois, je te les rends, lança Ellyon. Je veux seulement un duel en terrain dégagé. Il ne faudrait pas que l’inquiétude serve d’excuse à ta défaite.

C’était aussi parce qu’il n’en pouvait plus de leurs chamailleries, mais il jugea préférable de ne pas le mentionner.  

— Tu as l’air d’être de bonne foi, admit Raël. Je serais presque navré de devoir te casser la figure.
— Tu n’y es pas obligé. Il te suffit de me donner le cristal et nous en resterons là.
— Et te laisser asseoir ta suprématie sur tout le continent ? C’est hors de question.

Le Gardien ponctua sa phrase par une première offensive, à l’épée. Ellyon s’envola sans plus attendre, étirant enfin ses grandes ailes, tandis que les harpies et les loups en charge des enfants reculaient pour se mettre à l’abri. Les choses allaient être différentes à présent.

Le roi des oiseaux avait l’avantage de pouvoir voler dos au soleil, ce qui eut pour effet d’aveugler Raël. Galvanisé par le retournement de situation, il concentra son énergie au creux de ses mains et se mit à bombarder son adversaire depuis les cieux, lui envoyant une rafale de sphères pourpres qui explosèrent au sol. Le loup esquiva chacune des attaques tant bien que mal, mais se retrouva très vite désorienté. Une occasion qu’Ellyon n’allait certainement pas laisser passer. Aussitôt il fondit sur lui, prêt à le transpercer de son espadon. Le chef des loups, acculé, n’eut pas le temps d’hésiter. Il généra autour de son bras un bouclier de glace qu’il pointa vers son adversaire. Les rayons du soleil vinrent se refléter dessus, surprenant l’oiseau de malheur et l’aveuglant par la même occasion. Il fut forcé de stopper son inexorable descente pour reprendre ses distances, tandis que de son bras libre, Raël lui envoyait un pic de glace tout juste formé. Ellyon l’évita de peu et regagna sa position d’origine, à savoir plus haut dans le ciel.
Magie de glace, songea-t-il en fronçant les sourcils. Cela devait être la caractéristique héréditaire de cette famille. Finalement, ce terrain isolé leur avait été profitable à tous les deux. Il lui semblait en effet que si Raël n’en avait pas fait usage au village, c’était certainement pour éviter les dommages collatéraux et préserver ses semblables. Mais il n’eut pas l’occasion de méditer plus longtemps sur le sujet. Le roi des loups venait de faire jaillir hors de terre un rocher de glace, derrière lequel il s’abrita sans tarder. Il se mit alors à harceler le maître des oiseaux avec une multitude de petits pics gelés, dirigés par les simples mouvements de son bras. Ellyon fit de son mieux pour les briser avec sa lourde épée, mais s’en trouva fortement déconcentré. Une opportunité pour Raël qui érigea un second bloc de glace et qui sauta dessus sans réfléchir. Par la force de sa magie, il le fit s’élever plus haut dans les airs, juste assez pour pouvoir prendre appui dessus et ainsi bondir vers le seigneur des harpies. Ce dernier ne vit pas le coup venir. Il se décala trop tard et sentit l’éraflure du sabre crénelé sur sa joue, tandis que le loup se rétablissait plus loin derrière lui.

— Je l’ai eu ! fanfaronna Raël en se retournant.
— Bravo, tu m’as frôlé, si tu continues comme ça on en aura peut-être fini dans dix ans ! rétorqua Ellyon, relativement agacé.
— Chaque chose en son temps ! Je te sens un petit peu contrarié, mon ami !

Le mot était faible. Le roi des oiseaux ne prit pas la peine de répliquer et reprit aussitôt les assauts avec ses sphères d’énergie. Raël se mit une nouvelle fois à couvert derrière un rocher de glace, en attendant que le déluge ne passe. Il ne vit malheureusement pas le changement de posture de son adversaire, qui avait levé la main au ciel. Des éclairs pourpres se manifestèrent autour de son bras et bientôt, une foudre violette vint s’abattre sur les blocs gelés. Le chef des loups n’eut pas le temps de saisir ce qui venait de lui arriver, son abri éclata en mille morceaux et il fut projeté plus loin, ayant tout juste eu le réflexe de protéger son visage des débris. Comme la foudre ne semblait pas vouloir se calmer, il se mit à courir et à ériger de nouveaux rochers, espérant attirer les éclairs sur eux plutôt que sur lui. Quant à ses alliés et aux soldats d’Ellyon, ils s’étaient empressés de s’éloigner et de se mettre à terre pour éviter tout dégât éventuel.

— Je me demande combien de temps tu vas pouvoir tenir comme ça, marmonna le roi ailé en suivant Raël des yeux, tant bien que mal.

Car à force de faire exploser les blocs de glace, la clairière fut rapidement recouverte d’un nuage de poussière, masquant alors la présence de son adversaire. Ellyon prit bien soin de rester le plus haut possible, le temps que la fumée se dissipe légèrement et qu’il puisse enfin repérer l’insolent chef des loups. Lorsqu’il aperçut un morceau de la tunique de Raël, le seigneur des harpies s’empressa de tirer dessus. Mais il n’obtint pas le cri de douleur auquel il s’attendait, seulement un bruit de verre brisé. Ainsi, il n’avait touché que de la glace ? Le temps de réaliser qu’il avait été victime d’une mauvaise farce et de se retourner, il était déjà trop tard. Raël s’était juste débarrassé de son haut pour le tromper et connaissait désormais sa position. Le loup envoya à son tour un long pic gelé, qui toucha son aile droite de plein fouet.

Il n’en fallut pas plus pour le faire chuter. Le roi des oiseaux s’écrasa lourdement, n’ayant pas réussi à amortir le choc tant il avait été surpris par la manœuvre. Raël voulut saisir cette opportunité pour le planter au sol, bien décidé à en finir, mais Ellyon ne lui laissa pas cette chance. Plus enragé que jamais, il balaya le roi des loups d’une puissante onde d’énergie. Elle s’était dressée autour de lui comme un bouclier et s’était évanouie peu après que Raël s’y soit heurté. Le dos de ce dernier cogna contre un arbre, et la douleur fut telle que le pauvre homme ne put que se laisser glisser par terre.
Comme il était sonné, l’oiseau noir en profita pour se relever. Il retira rageusement l’épaisse aiguille de son aile et se précipita vers son ennemi, épée en main. Plus question de négocier à présent, puisque ce maudit loup ne comprenait que la loi du sang. Raël eut un moment de panique en le voyant arriver. Il regagna ses esprits juste à temps pour éviter un coup fatal, en roulant sur le côté. Il ressentit alors une vive douleur au niveau de la mâchoire, et un poids qui se détachait dans son dos.
Non seulement Ellyon lui avait effleuré le visage, mais le passage en diagonale de la lame avait aussi tranché ses longs cheveux.

Cependant, le roi loup n’eut guère l’occasion de se lamenter ou de s’interroger sur les conséquences que cela aurait bientôt. Aussitôt il se mit à genoux et fit volte-face pour contrer un nouveau coup avec sa propre épée, les yeux écarquillés. Tout ceci passait beaucoup trop près à chaque fois. Ellyon ne plaisantait plus. Ce qu’il vit dans son regard lui fit sincèrement peur, et la force que mettait le roi des oiseaux dans sa lame eut bientôt raison des bras de Raël. Poussé par l’espadon, le loup se retrouva rapidement plaqué au sol. Il lutta de toutes ses forces avec son épée pour ne pas se faire trancher la tête sous les yeux apeurés de son propre fils ; celui-là même que Terence retenait avec difficulté. Les encouragements du petit garçon suffirent néanmoins à réveiller Raël. Il se concentra, et fit désespérément émerger des petits pics de glace qui vinrent cribler le roi des oiseaux. Ce dernier n’eut d’autre choix que de reculer pour se protéger avec ses ailes, libérant Raël au passage. Il se releva sans tarder, tandis que son ennemi se débarrassait des aiguilles gelées par un simple battement d’aile. Elles se retournèrent contre le chef des loups et ce dernier s’en défendit à l’aide d’un grand mur de glace. Les pics s’écrasèrent tous dessus.

Raël profita de ce temps mort pour reprendre son souffle, bien à l’abri derrière son barrage de fortune. Cela ne pouvait plus durer, et il se mit en tête d’achever ce combat avec un dernier coup. Il serra fort son cristal contre lui, peu fier de ce qu’il s’apprêtait à faire… Mais cet homme était beaucoup trop dangereux. Il fallait l’arrêter, l’empêcher de nuire, d’une façon ou d’une autre. Bientôt, la pierre s’illumina. Les yeux de son porteur en firent autant, et sa poigne sur la garde de l’épée se raffermit.
Ellyon, de son côté, était parvenu à une conclusion similaire. Il était épuisé, énervé, et pressé d’en finir avec toute cette histoire. Tuer le chef, prendre le cristal, mettre à genoux les autres peuples… La victoire lui souriait. Oh, comme il était proche d’y arriver, comme il avait hâte de voir l’île reprendre son envol ! Il l’avait mérité, lui qui avait tout sacrifié pour pouvoir mener cette glorieuse campagne.
Il mettrait donc ce qui lui restait de forces dans ce dernier assaut. Son adversaire pouvait bien se cacher, le mur ne résisterait pas à ce qu’il était en train de préparer. Il tendit une main devant lui, et petit à petit, y concentra la totalité de son énergie.

Personne n’eut le temps d’intervenir, ni de dire quoi que ce soit. Sans prévenir, Raël se jeta hors du mur, le regard flamboyant. Ellyon vit là le moment idéal pour l’accueillir, et de sa main gauche, projeta une puissante rafale d’énergie qui dévasta tout sur son passage. Le chef des loups y répondit par un vif coup d’épée dans le vent, déchaînant alors une véritable tornade de lames gelées, plus tranchantes que jamais. Si certaines vinrent s’écraser contre la violente décharge du sombre phœnix, d’autres franchirent allègrement son territoire et le tailladèrent sans pitié, l’envoyant valser sur plusieurs mètres. Le guerrier canin n’eut cependant pas plus de chance, n’ayant même pas eu le temps de se réfugier derrière sa muraille protectrice. Sa riposte avait certes freiné la rafale, mais le choc des deux énergies avait provoqué une déflagration si forte qu’elle ne manqua pas de souffler Raël au passage.

L’on se précipita vers les deux souverains qui ne se relevaient pas. Terence fit passer un bras de Raël par-dessus son épaule, essayant de le faire tenir debout comme il le pouvait, tandis que les généraux d’Ellyon faisaient de même avec leur supérieur. Il y eut un silence gêné.

— Je suppose que c’est une égalité, marmonna finalement Anthelme.
— Non, affirma dédaigneusement le frère de Celian. Raël a gagné.

Ce dernier laissa échapper un râle de douleur et bougea le petit doigt pour confirmer qu’il était encore conscient. Un tout petit peu. Plus pour longtemps certes… Mais quand même, cela valait la peine d’être souligné.
Anthelme le défia du regard et tourna les talons.

— Hé toi, lança Dallveig à l’attention du héraut des harpies. Retourne vite au village, et sonne la retraite. On décarre.
— Euh, oui !
— C’est ça, barrez-vous ! glissa Réa dans un élan d’orgueil.

Elle fut très rapidement exaucée. Les deux généraux prirent leur envol tout en portant Ellyon et ses ailes déchiquetées, et le messager quitta la clairière avec le reste des soldats.
Sur le chemin du retour, le petit groupe de loups entendit raisonner le son de la corne. Ils l’associèrent au son de la victoire et se réjouirent, félicitant leur roi qui ne les écoutait déjà plus. Le ciel s’assombrit de nouveau, dissimulé par la horde de démons volants qui se retirait enfin des lieux. Où donc iraient-ils se réfugier, ça, personne n’en savait rien. Pas même les intéressés. Mais les rampants n’avaient que faire de ce genre de considérations. Tout ce qui leur importait désormais était de rentrer, de soigner les blessés et de réparer le village. Et puis, ils célébreraient leur réussite, comme ils le faisaient à chaque fois.  

Néanmoins, alors qu’il sombrait doucement dans l’inconscience, de sombres pensées s’insinuèrent dans la tête de Raël. Lui savait que les harpies n’allaient pas en rester là. Après tout, Ellyon l’avait dit, il n’y avait pas de retour en arrière possible…

À bien y réfléchir, il lui sembla que ce n’était pas une victoire. Au mieux, il s’agissait d’un sursis.
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