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 Serza du désert

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Vano Vaemone
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MessageSujet: Serza du désert    Mer 15 Avr - 0:35

I
Le visage de l'apathie






La jungle ne paraissait pas aussi calme que l'espéraient les gardes. Les feuilles et les lianes vibrantes aux grondements et les herbes aplaties par des pas lourds éveillèrent la méfiance des sentinelles. Guidés par un instinct de prudence, deux soldats restèrent en arrière tandis que le meneur vit une silhouette. Celle d'une créature.
— Un sàvras, préparez vos armes !
Peu rassurés, ils dégainèrent leurs cimeterres. Le chef resta aux aguets, sauf que les grondements s'intensifièrent. Il hésita sur sa décision, croyant entendre une voix. Puis, l'ombre du reptile se dissipa. Les deux gardes moins expérimentés furent paralysés par la peur, et le commandant serra sa hallebarde d'une main déterminée.
Ce monstre n'avait rien de comparable à la petite faune de la végétation. Sa présence faisait même fuir ses proies animales. Il ressemblait à un varan géant à la peau ocre et tachetée de brun. De son crâne triangulaire, ses yeux turquoise intimidaient avec ses pupilles de serpent. Sur ses quatre pattes, sa taille rivalisait déjà avec celle d'un homme adulte ; sa longueur tout aussi impressionnante devait être aux environs de six mètres, ou peut-être plus.
— Chef, bégaya l'un des soldats. Ce n'est tout de même pas...
— Je le crains fort, c'est un galaprius.
— Mais pourquoi ici ? paniqua le second. Ils vivent dans le désert, non ? Chef...
— Restez calme, conclut-il d'une voix autoritaire. Halte-là !
L'ordre fut adressé non pas à la créature, mais à celui qui la domptait.
Il était difficile de définir à quelle espèce appartenait cette personne. Les deux soldats s'étaient concertés un instant pour nommer l'espèce de cet individu. Mais leur meneur les ramena de suite à la raison : le grand saurien s'approchait toujours.
— Arrêtez-vous ! exigea le garde en répétant sa consigne.
Cette fois, l'inconnu répondit, ou plutôt parla à sa créature. À son tour, il demanda au varan de cesser sa marche. Sous un grondement qui serait peut-être la dernière de ses menaces, le son s'était plus atténué. Les pattes griffues du galaprius n'avancèrent plus.
Désormais éloigné de l'ombre et plus proche de la lumière, les gardes observèrent ce nouvel arrivant. Qui fut indéfinissable.
Il paraissait être un démon, mais de diverses espèces au point que ce mélange suscitait la moquerie, ou la peur. Bien que ses cheveux d'ébène étaient coiffés en arrière, ils laissaient visibles  une étrange paire de corne et un visage à deux peaux horriblement symétriques.
Mais ce qui provoqua le même sentiment de terreur que la présence de son sàvras restait son œil démoniaque. Bien qu'il fût habituel de croiser des démons lézards  aux sclérotiques noires –  le chef des gardes en était l'exemple –, l’œil gauche de cette personne n'était ni blanc ni noir. La sclère baignait d'un rouge clair, sans taches, et son iris avait la même teinte mais moins claire. Sa pupille était fine, inhumaine. Son œil de vipère inspirait la même méfiance que les yeux de son « animal de compagnie ».
— Étranger, préféra employer le chef. Vous ne pouvez pas entrer, pas avec ce sàvras.
— Je ne veux pas vous importuner. Je cherche un refuge, je suis fatigué de ce long voyage. Je ne resterai pas longt...
Soudainement, l'individu perdit l'équilibre. Ses mains n'eurent plus de contact avec le galaprius. Le corps tomba lourdement sur l'herbe. Les yeux, indices de son immobilité, se fermèrent.
Il ne pouvait pas arriver une aussi dérangeante et grave situation que celle-ci pour les gardes. Tous eurent compris que ce démon venait de s'évanouir. Il semblait n'y avoir aucun signe de vie et cette contrainte devait les rapprocher pour inspecter la victime. Le meneur qui était le plus courageux, ou le moins lâche, avança à contrecœur. Il ne fut même pas à deux mètres du voyageur que le grand sàvras se remit à gronder. Le meneur tenta d'être à un mètre d'eux, il comprit que cela était une erreur mais s’efforça dans son entêtement.
— Reculez, chef ! C'est trop dangereux ! conseilla l'un des soldats.
Par une réaction opposée, le meneur dégaina la hallebarde et menaça le monstre par la pointe acérée de son arme. La réaction de l'animal terrifia les deux soldats qui reculèrent encore. Le galaprius rugit, laissant apparaître sa mâchoire.
— Arrière !
Sûr de lui, le chef fit quelques pas et contourna le sàvras, pour venir plus près de la personne tombée. Le saurien n'écouta pas, constatant seulement ce gêneur trop près de son maître. Sa réaction fut violente. Promptement, les crocs fracassèrent la hallebarde que le garde avait levée en signe de parade. Le manche fut réduit en pièces. Ce geste fit paniquer les deux inexpérimentés, qui fuirent vers le village.
— À la garde ! Un galaprius sauvage ! avertirent les sentinelles.
Au même instant, le chef déterminé manquait de solution. Il savait que ce genre de sàvras était peu raisonnable. Un autre pas en avant, et c’était la mort assurée. Pourtant, il devait ramener l'évanoui plus près du village. D'une manière imprudente, il jeta le bout de l'arme afin que le prédateur regarde ailleurs. Pendant cette brève perte d'attention, il s'élança pour porter le corps inanimé. Cela ne rendit que plus furieux le galaprius.
— Arrêtez ! s'écria une voix féminine.
Au grand étonnement et à l'effroi du chef, le sàvras n'ouvrit pas seulement sa gueule menaçante : il bondit pour saisir ce piégeur. Manquant d'avoir le bras coupé, il décida de lâcher la victime et s'éloigner de cette créature ; celle-ci arrêta d'avancer mais grogna de nouveau en montrant ses crocs. Le garde abandonna l'autre moitié de son arme et aperçut celle qui avait crié.
— Vous êtes folle de venir ici, féline !
— C'est vous qui êtes fou de menacer un sàvras. Il est encore plus furieux.
— Plus furieux ? Osez me dire que vous savez comment le calmer, ou alors fichez le camp !
Elle déglutit intérieurement, à cause de l'hésitation. Mais dans son élan de motivation, cette jeune femme avait ignoré le garde et choisit d'approcher le galaprius.
Ce dernier gronda et intimida par la vue de ses crocs. La lionne leva les bras sans faire le moindre geste brusque. Elle voulait que le reptile constate qu'elle n'était pas armée. Prenant son temps – mais sans s'attarder car l'état du démon était critique – pour s'approcher du reptile, elle attendit chaque fin de grondement pour approcher un peu plus. Elle eut un haut-le-cœur quand le monstre approcha sa tête vers la jeune femme. Elle resta sourde aux avertissements du garde, sachant que la plus importante attention concernait le galaprius tout proche. Au début, elle était terrifiée que le souffle des narines effleure sa main. Mais intelligente, elle changea d'émotion et devint plus courageuse, sinon le reptile aurait réagi à sa peur. La mâchoire se ferma, dissimulant les crocs.
La lionne crut entendre un grondement plus doux. Elle espérait que ce paradoxe soit l’œuvre de son imagination. Mais quand le galaprius approcha sa tête, elle revint à la réalité. Le reptile essaya de sentir le contact de sa main. Incrédule et gênée, la féline eut le cœur plus léger. Le sàvras cherchait – comme tout animal – de l'affection ?
Soulagée qu'elle ne soit plus en danger, elle s'accroupit vers le démon évanoui, tout en caressant pendant quelques secondes le reptile. Cette personne tenait un sac, contenant des ressources supposées importantes pour qu'il le garde aussi près. La jeune femme saisit délicatement l'inconnu et le porta sur son dos. Elle resta attentive aux réactions du varan géant. Quand elle recula de quelques pas pour retourner vers le village, elle s'aperçut que la créature la suivait.
— Eh la rousse ! On ne laisse pas entrer le sàvras. Éloignez-le !
— Ce sera difficile, il est docile. Il a appris à ne pas quitter son maître.
— Ne me forcez pas à vous abandonner à l'extérieur du village. Je répète, éloignez-le !
Plutôt que trouver les meilleurs arguments dans un dialogue interminable, la lionne choisit d'exprimer le fond de sa pensée, parce que le démon avait besoin de soins au plus vite.
— Ça va, calmez-vous ! Je tiens à vous rappeler que j'habite ici. Que ce soit clair, vous allez me laisser faire et surtout me laisser entrer. Vous, vous avez failli finir en morceaux, alors que j'ai su calmer le galaprius que vous avez tant agité. Si la mort de ce démon vous importe peu, moi je refuse de délaisser une personne en danger. Alors, vous me laissez faire les choses jusqu'au bout. Le sàvras me suit, c'est comme ça ou sinon il va tuer d'autres gardes en restant dehors. Le plus sûr, c'est qu'il reste près de chez moi pendant que je soigne son maître. Et si ça vous gêne, vous n'avez qu'à me tenir responsable du galaprius. Je me débrouille mieux que vous. Maintenant, laissez-moi entrer !

~ * * * ~


Après avoir recouvert de bandage l'avant-bras blessé du démon, préparé un plateau composé d'eau et d'aliments, et ouvert la fenêtre vers l'extérieur afin que le sàvras puisse voir son maître, la féline s'assit enfin sur une chaise en bois. Elle resta au chevet de l'inconnu, en ayant un regard interrogateur vers le sac de cuir. L'ayant posé près de son propriétaire, ce conteneur donna à la féline un sentiment d'inquiétude. Elle finit par observer et à inspecter le contenu, même pendant le repos du démon. Elle trouva une gourde – à entendre le son silencieux des dernières gouttes – presque vide puis un petit sac de lin à l'odeur étrange. En ouvrant, elle remarqua avec stupeur les morceaux, ou plutôt miettes, d'une pâte au premier abord normale mais qui avait commencé à moisir. Le grand sac avait d'autres biens mais la jeune fille rousse s'abstint de fouiller davantage. Ce qu'elle avait trouvé lui suffit, elle rangea aussitôt ces objets.
Soit le voyage avait été long et imprévisible, soit ce voyageur s'était mal préparé. Elle espérait que cela soit la première explication. Embarrassée de cette découverte, elle regarda les couleurs du démon ; s'il n'était pas devenu pâle. Le visage aux deux peaux symétrique ne lui donna aucun ressenti étrange.
Du côté droit, on aurait cru à un croisement entre l'apyx, avec cette peau bleu-gris, et le démon lézard, avec cette corne à la texture rocheuse et de couleur beige. Celle-ci fut anormalement courbée vers l'arrière alors qu'elle poussait vers l'avant chez la race d'origine.
Du côté gauche, il s'agissait de quelque chose entre le satyre, en raison de cette corne noire courbée en arrière, et le démon pur ; pur dans le sens où il ne dérivait d'aucun démon animal. La peau de son visage gauche, ainsi que le reste supposé de son corps, mêlait des pigments rouges et noires, dont le sombre tachait son œil, sous ses lèvres et d'autres parties de son corps.
La lionne l'observa en silence, elle appréciait la beauté des cheveux, coiffés en arrière. Bien qu’abîmé et sali par le temps, on aurait dit que rien n'avait froissé le lissage de cette chevelure ébène.
Sa rêverie au sujet de la féminité se dissipa quand elle remarqua une pomme d'Adam au cou du démon.
— Oh, je suis idiote. Ce n'est pas une fille. C'est un garçon, pensa-t-elle.

Sans le moindre signe de respiration ou de geste, le voyageur se réveilla enfin. Ses yeux s'ouvrirent lentement. Couché, il ne sut où regarder en premier. Le léger grognement du sàvras fut la raison pour laquelle il tourna sa tête. La jeune femme vit cette petite réaction, son apaisement se montra par un petit sourire.
— Vous êtes enfin réveillé, je suis soulagée. Vous devez avoir faim et soif. Il y a de l'eau et de la nourriture. Ne vous gênez pas.
Au son de ces premières paroles, le démon changea la direction de son regard. Sa tête observa l'hôtesse de cette maison. Toujours allongé, il ne s'était pas encore préoccupé du plateau en bois.
— Que s'est-il passé ? demanda le démon.
Aucun doute, c'était un jeune homme ; une jeune voix mais bien masculine.
— Vous vous êtes évanoui, à l'entrée du village. Ça a été difficile de vous amener, mais vous êtes en sécurité et sous ma protection.
Au sujet des problèmes, elle préféra ne pas en parler de suite.
— Est-ce vous pouvez vous lever ?
— Je suis à la recherche d'un autre galaprius, dit le démon sans répondre à la question. Il est avec un voyageur, qui m'attend vers le nord.
— Chaque chose en son temps. Vous semblez pressé mais faisons les choses dans l'ordre. Mangez et si vous le souhaitez, présentez-vous. Certes, vous m'avez dit pourquoi vous voyagez mais ce qui m'inquiète c'est de ne pas savoir d'où vous venez.


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Vano Vaemone
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MessageSujet: Chapitre 1 - Partie 2   Mer 15 Avr - 0:39

Patiente, elle regardait de temps en temps son invité. Elle ne le fixait pas toujours, la cause ne fut pas la peur mais l'impolitesse. Il finissait de se nourrir, sans parler. Le silence obligea la féline à observer autour d'elle, pourtant elle savait que la petite maison était rangée. Le bois du toit et des murs n'osait même pas craquer et il demeurait solide. Les petits rayons de lumière traversant les branches et l'ouverture de la fenêtre éclairaient particulièrement la chevelure du démon. Quant au sàvras de nouveau calme, il n’avait rien d’autre à faire que de regarder son maître. Bref, tout jouait avec la patience de la lionne. Et aussi sage qu'elle le fut, elle ne dévisagea pas l'inconnu. Elle n'eut qu'une poignée de secondes animée par la curiosité.
Même s'il avait un œil effrayant, la jeune femme ne partagea pas le même sentiment de crainte que les gardes. Étonnamment, ce globe oculaire était unique. Il n'avait pas de paire et n'existait que sur le côté gauche, en cohésion avec la peau tachetée du même côté.  L’œil droit – étrangement en harmonie avec la peau d'apyx – était purement, et simplement blanc. Il n'avait pas la moindre trace d'une pupille ou d'un iris.
Après avoir repris ses forces, le démon ne fit rien, excepté rester assis sur le bord du lit et regarder à son tour la lionne. Même avec son savoir-faire exemplaire, la lionne s'entourait d'un silence pesant. L'ambiance était bizarre. L'inconnu attendait, c'est elle qui devait parler ou il lui fallait une sorte d'autorisation pour se présenter ?
— Et bien, commença la jeune rousse en entortillant une mèche autour de son index. Continuons dans l'ordre. Si vous voulez vous présenter, je vous écoute. Ou même si vous souhaitez juste des informations, je vous répondrai.
Elle constata son tic puis reposa sa main sur ses genoux.
— Vous voulez dire mon nom ?
— Oui, bien sûr.
Elle eut l'impression qu'elle demandait l'impossible au démon.
— Serza.
Même avec quelques secondes de courtoisie, la lionne comprit quelque chose. Il s'appelait Serza. Rien de plus.
— Je ne suis pas sûre... s'interrogea son hôtesse. C'est votre prénom. Vous n'avez pas de nom ? Par exemple, si vous voulez le savoir, je me nomme Aris Yrèn. Aris est mon nom.
Le dénommé Serza ne répondit pas.
— Le nom. Celui que vous donne votre famille, expliqua-t-elle avant de supposer une théorie qui l’embarrassa. Vous n'avez pas de famille ?
— Je ne peux pas vous répondre, malheureusement. J'ignore ce que signifie « famille ».
En plus d'être bizarre, l'atmosphère devint confuse. Yrèn réfléchit. Un orphelin saurait au moins le sens de ce mot. Or, ce démon ne connaissait pas ce terme. L'idée de l'amnésie la dérangea parce qu'elle avait lu des histoires fictives à ce sujet et la perte de mémoire n'apportait que des soucis.
— Rassurez-moi... Savez-vous où vous êtes né, d'où vous venez, dans quel continent nous nous situons et la date du jour ?
— Je suis né et je viens du désert. Nous sommes sur le continent Solaris et le neuvième jour d'Énacre.
— Bon, j’admets que vous n'êtes pas amnésique. J'ai failli avoir peur.
La lionne eut un rire nerveux et sourit. Serza ne bougea pas le moindre sourcil. Elle marqua de nouveau un silence, elle essaya de comprendre quel désert. Mais comme Serza voulait atteindre le nord, cela ne pouvait être qu'un désert du sud : le désert de Duna Major.
— Donc, si j'ai bien compris, vous venez du désert. Le galaprius est votre fidèle compagnon. Vous en recherchez un autre, chevauché par un inconnu mais que vous connaissez parce qu'il vous a dit qu'il est au nord. C'est ça ?
— Oui.
— Vous pouvez me donner plus de détails, si ce n'est pas indiscret ?
Serza se pencha pour trouver son sac, la féline lui indiqua où elle l'avait rangé, aux pieds du démon. Fouillant en quelques secondes, le voyageur lui montra deux morceaux de papier pliés. La lionne approcha sa chaise pour inspecter de plus près les messages écrits. Il ouvrit le premier, qui fut un message écrit à la hâte avec une date : « Voyage vers le nord, Serza. 6 Énacre ». Yrèn fut déçue que ce bout de papier soit très imprécis. Serza posa le message près du lit, puis déplia le plus grand papier sur ses genoux. Loin d'être obsolète, il s’agissait d’une carte du continent. Même si elle voyait à l'envers, la jeune femme fut capable d'indiquer avec précision les villes, tout en enseignant Serza.
— C'est ici que nous nous trouvons, vous êtes au village de Qeryzh. Là, au centre et en longeant la rivière au nord du village, c'est le temple du dieu Ziian:hür. Mais pour faire simple, vous n'avez pas besoin d'aller au temple. Vous remontez la jungle et traversez le fleuve jusqu'à une savane. Vous aurez encore deux cours d'eau à passer mais vous serez proche de la cité d'Utambazii. À mon avis, c'est là-bas que vous devez aller, c'est la grande ville et la plus proche au nord. Ce sera facile, il me semble que les galaprius sont à l'aise à la nage.
Ils avaient regardé le sàvras en question, toujours attentif sur l'état de son maître.
— D'ailleurs, est-ce que votre compagnon a un prénom ? s'interrogea Yrèn. Euh, non, oubliez ! Je suis trop curieuse.
— Traverser les fleuves ne posera pas de problème. Si cette personne qui m'a écrit ce message a dit d'aller au nord, c'est que son galaprius a pu passer.
— Oh, c'est vrai.
Alors qu'il rangea les parchemins utiles pour le voyage, Serza mit plus longtemps à inspecter l'intérieur du sac.
— Il manque quelque chose.
— Pardon ? s’inquiéta la lionne.
— J'avais une pierre noire...
Tout à coup, Yrèn entendit la porte de sa maison se fermer violemment. Ce bruit ne fit sursauter qu'elle. Serza fut étrangement calme, les yeux ne s'étaient même pas écarquillés. Le sàvras se mit à rugir à plusieurs reprises. La féline n'eut pas le temps de questionner sur l'agitation du reptile. Une odeur se manifesta d'un coup et entoura la maison. Elle se leva pour vérifier les alentours de son habitat. La lionne fut encore dans la surprise mais s'empressa d'agir.
— Il y a quelqu'un, tout près.
— Serza. La situation est plus grav... De la fumée ! Bon sang, d'où... Sortez ! Par la fenêtre ! Maintenant !
La jeune femme s'était promptement retournée vers le démon. Elle cria plusieurs fois l'ordre. Le temps pressait. De la vapeur noire encercla l'habitation. Soudainement, les branches craquèrent à cause du feu. Le bois enflammé qui s'accumulait bloqua l'accès à la porte. Yrèn ne cessa pas de répéter les mêmes consignes jusqu'à ce que Serza ait rejoint son sàvras. Elle les suivit à toute vitesse en bondissant par la fenêtre. Elle donna l'ordre de s'éloigner, tandis qu’elle cherchait aux alentours de l'aide. Elle cria mais elle vit une grande partie de la garde courir vers les maisons voisines. Le feu s'était répandu dans le village.
Mais personne ne se préoccupa d’eux.
— Le feu est là aussi, pourquoi... bredouilla la féline, mais elle se reprit devant la situation critique. Serza, retournez à l'entrée ! Il faut s'éloigner !
Le démon l'écouta, en chevauchant son compagnon, et s'éloigna du danger. Yrèn comptait le suivre, mais quelqu'un les interpella pendant cette course. Aux termes utilisées, elle sut quel dérangeant personnage fut proche.
— Eh ! L'étranger ! La rousse ! Ne partez pas comme ça !
La lionne vérifia son identité en se tournant rapidement. Aucun doute, cette voix injurieuse et une hallebarde neuve, cela ne pouvait être que cet iguane au rôle de chef des gardes. Avant que la jeune femme ne réponde, les ordres se transformèrent en colère.
— N'essayez pas de vous enfuir ! Mes hommes éteignent l'incendie mais nous cherchons aussi la source. Cela ne m’étonnerait pas que vous en soyez la cause, féline !

Les minutes furent interminables. Il n'y avait pas d'échappatoire. Que de l'attente. Longue, pressante et injuste. La lionne serrait les bras. Impatiente, Yrèn taisait la colère qui grondait en elle. La garde menait des fouilles, prenait soin des blessés et surveillait de près l'accusée. Pourquoi elle ? Le feu était venu par surprise. Quel aurait été l'intérêt de détruire son unique refuge ?
La moitié des habitations n'avait pas été épargnée. Les maisons étaient rasées. Le bois détruit, les murs en terre avaient cédé. Le village fut soulagé toutefois que des vies étaient sauves. Et la végétation n'avait pas été touchée. Si le feu avait atteint toute la jungle, il n'aurait rien resté de Qeryzh.
Le chef des gardes n'avait cessé de rester proche de la lionne. Comme si elle était une preuve elle-même du feu. Ou le feu lui-même, vu le regard sévère de l'iguane. Pourtant, la féline n'y croyait pas. Dans ses yeux d'émeraude scintillait l'incompréhension.
— Vous êtes fou, quelle raison aurai-je eu de détruire le village ? Au cas où vous auriez mal vu, ma maison a également brûlé ! Ça n'a pas de sens !
— Chef ! On a trouvé plein de morceaux de minerai, ils sont encore chauds.
— Soldat, amenez des échantillons, tout de suite !
— Très chauds, chef !
— Par Ziian:hür, faites un effort ! s’impatienta le meneur. Ce sont de précieux indices ! Alors, arrêtez de jouer les femmelettes ! Les preuves, tout de suite !
Sans le moindre gémissement, l'un des soldats finit par venir vers le chef en toute hâte. Il jeta par terre des fragments de pierre. Une seconde de plus et la peau aurait été dévorée par ces choses crépitant comme le feu. Le meneur fit signe à ce soldat courageux de retourner aider les blessés. Il inspecta de plus près ces morceaux noirs, sans les toucher. L'odeur était forte, si forte qu'elles ne pouvaient qu'être...
— C'est la source du feu. Des pierres qui brûlent ? Depuis quand ceci vient de chez nous ? (L'iguane se tourna vers Yrèn et tout le peuple, furieux) Écoutez-moi ! Quelqu'un avait un minerai incandescent sur lui ! D'où vient cette chose ? Il n'y a jamais eu ça dans le village ! Qui est l’inconscient qui avait ça sur lui ? Cette pierre, c'est du feu vivant ! Elle aurait pu brûler tout le village ! Féline, qu'avez-vous à dire ?
— Ce n'est pas moi qui avais cette pierre, je ne sais même pas si c'est un minerai.
— Gardes, arrêtez cette féline !
— C'est de l'ignirite.
Avant d'éloigner la lionne, en l'ayant saisie brutalement aux bras, on chercha à trouver qui avait dit ça. Et lorsqu'on comprit qui venait de parler, les soldats et les habitants furent paralysés de peur. Ce n'était pas le nom du minerai qui effrayait. Mais qui l'avait prononcé et qui, logiquement, détenait ce minerai flamboyant.
Si Yrèn était perdue dans un cauchemar, le chef des soldats et son armée se montrèrent consternés par l’absence de culpabilité chez leur interlocuteur.
— Vous êtes inconscient ! Vous n'auriez dû jamais venir ici !
— Attendez ! s'interposa la lionne. Serza s'était évanoui. Il n'a jamais quitté ma maison. Il est resté auprès de moi. Jamais il n’aurait fait brûler cette pierre !
— Ça suffit, la rousse ! Tu vas te taire ! (La voix de l'iguane empiéta sur celle d'Yrèn, qui clamait la vérité) Vous êtes une véritable calamité ! Égarer un objet si dangereux, qu'est-ce que vous avez dans la tête pour le laisser à la portée de n'importe quelle étincelle ! Inconscient ! Monstre ! Vous avez failli tous nous brûler, tous !
— L'ignirite m'appartenait, mais je n’ai pas dit que j’avais déclenché l’incendie. Il s'est passé quelque chose lorsque je me suis évanoui. L'ignirite aurait dû être dans mon sac, mais à mon réveil elle n'y était pas. Quelqu'un l'a prise. Je sais que ce n'est pas Yrèn.
— Absurdité ! Vous vous défendez lâchement ! Si ce n'est pas vous, ni elle, qui est-ce ?!
Le silence tomba un instant. Personne n'avouait. Mais l'agitation de l'iguane fit gronder le galaprius. Il savait que cette fureur était jetée sur son maître.
— Vous inventez. « Quelqu'un » mais qui ? Vous l'avez vu ?!
— Non.
— Il n'y a rien dans votre voix et dans vos mots. Des suppositions, une perte de temps ! Avez-vous autre chose que vos paroles dépourvues de sens ?
— Seulement mes paroles.
— Assez ! Quittez Qeryzh !
— Mais chef... balbutia un soldat.
— Bande d'abrutis, il n'y a pas à tourner en rond ! La pierre, c'est lui qui l'a amenée, coupable ou non ! Le feu, on ne connaît qu'une féline maîtrisant le feu ! Il n'y aurait eu aucun problème sans eux ! Partez !
Sans attendre leur réponse, le chef se préoccupa à nouveau de ses soldats et des habitants. La foule s'éloigna et retourna au centre du village, murmurant des mots emplis de peur et d'inquiétude.
Yrèn n'avait plus la force de crier. Sa gorge se noua. Elle répéta son innocence, mais qui s'envolait et ne parvenait à aucune oreille. Son regard se tourna vers Serza, cherchant du réconfort ou de la compassion. Étrangement, les yeux du démon étaient dénués d’émotion. La jeune femme ne fut pas mal à l'aise mais ces globes oculaires avaient quelque chose d'anormal. Mais ne sachant pas d'où venait l'anomalie, elle se persuada que Serza pensait comme elle. Yrèn l'observa, face à face, et s'exprima avec une voix désespérée.
— Ce n'est pas nous... Serza. Je veux entendre votre vérité. Dites-moi, ce n'était pas volontaire. C'était un accident.
— Je vous assure que je n'ai pas égaré l'ignirite pour provoquer l'incendie. Aussi sûr que je crois qu'il y a un responsable, qui s'est incinéré ou qui s'est enfui, je suis certain que vous êtes innocente.


~ * * * ~


— Je vous en prie. Ma famille vous a aidé par le passé. Je n'ai plus de maison.
— Nous sommes désolés, Yrèn, lui répondit un père de famille avec déception. L'incendie a terrifié tout le monde. On sait tous que tu es la seule à maîtriser la magie du feu dans ce village. C'était sûrement accidentel, et on peut te le pardonner. Mais on ne peut plus prendre de risque. Tu comprends, n'est-ce-pas ?
— Un lit, un toit. Non, même dehors s'il le faut... S'il vous plaît.
Le hochement de l'homme-lézard, avec peine, blessa la lionne. Elle retenait ses larmes. Plutôt que s'écrouler devant une maison où elle fut rejetée, elle se tourna promptement vers l'extérieur. Les gouttes perlant de ses yeux, elle ne parvenait pas à regarder les habitants. Ces derniers l'évitaient, que ce soit par la marche ou le regard. Ils esquivaient ces cheveux de couleur feu et ces yeux verts, d'envie et de mort.
Personne ne voulait approcher l'incendie lui-même. On fuyait ces flammes et ces yeux perçants. On l'étouffait par le silence.
— Yrèn.
Levant ses yeux, elle croyait entendre une voix des cieux. Elle se mit à chercher qui pouvait bien lui prêter attention. Elle ne put s'empêcher de sourire, même si ses yeux avaient rougi.
— Serza, tu vas partir ?
— Je n'ai pas le choix.
Elle remarqua l'idiotie de sa question. Évidemment, le village les avait chassés. Et elle aussi devait partir.
— Cela devait bien se terminer un jour comme ça, se lamenta la féline. Ils n'aiment pas les « félins » et j'ai toujours été un danger. La petite étincelle qui brûle, il n'y en a qu'une. La rousse. (Elle tourna brièvement ses yeux vers le village) Bref, adieu le fardeau de Qeryzh. Il ne me restera plus qu'à vagabonder. Peut-être un autre village, ou des nomades. Oh, je verrai ce que m'offrira l'avenir. Au revoir, Serza.
Elle marcha à petits pas vers l'entrée du village. Cependant, elle resta un instant immobile. Elle réfléchissait quel chemin était le plus simple. Le sud, le nord... Dans sa tête sourde, un grondement familier l'appela. La tête du sàvras cherchait sa main.
— À pied, ce sera difficile de trouver des groupes de nomades.
La lionne leva les yeux vers Serza, alors que sa main répondit à l'attente du galaprius. Elle versa davantage de larmes.
Des larmes de bonheur.

Fin du chapitre 1


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