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 Arthropodia : Le Prélude

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Le Fruit Gidaire
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Date d'inscription : 21/01/2015
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MessageSujet: Arthropodia : Le Prélude   Ven 27 Mar - 14:56

*Bonjour à tous.

Je publie cette brève afin de bénéficier de vos conseils et ainsi l'améliorer avant un postage sur d'autres forums. Avant de commencer, voici une petite aide à la lecture. La notion de temps sur Arthropodia est légèrement différente du calcul terrestre. Les jours se nomment "albes" (1 albe = 20 heures terrestres) en hommage à la déesse de l'aube. Les années sont appelées "cycles" (1 cycle ~ 11 mois et 3 jours terrestres).

Excellente lecture à tous.



Première partie


La nuit était tombée sur le paisible village. Tout était calme. Nyx, le dieu nocturne avait drapé le ciel de ses ailes étoilées, chassant les nuages pour laisser à sa fille, Leucelia la lune blanche, le soin d’illuminer de sa clarté céleste la région. Malgré la douce chaleur annonciatrice de l’arrivée de la saison chaude, tous avaient regagné leurs habitations. Il faut dire que la position du hameau, proche de la frontière séparant le Royaume Vespa au Royaume Furlien, avait rendu ses habitants méfiants et peu enclins aux sorties nocturnes. Bien que la garde royale Vespa sillonne régulièrement les environs, quelques attaques de la part des frelons couleur sang avaient été recensées dans les environs. Toutefois, aucune perte n’avait été déplorée depuis de nombreux cycles. Notamment depuis que le Royaume Vespa avait fait serment d’allégeance à la toute puissante Couronne Impériale, régente suprême de la quasi-totalité des royaumes arthropodiens. Vespas, Apiens, Dytiques et bien d’autres colonies s’étaient rangées aux côtés de la jeune impératrice Hesperys.

Seule la colonie Furlienne manquait encore à l’appel, bien que depuis quelques cycles, de grands changements politiques semblaient s’opérer au sein même de ce royaume souvent sujet aux guerres civiles et aux coups d’état. La jeune reine Hursla VII, héritière de la redoutable Dilakera V morte depuis peu, nourrissait des desseins bien plus pacifistes et totalement opposés à ceux de sa génitrice. Ainsi avait-elle donc entamé un processus d’ouverture des frontières aux colonies voisines, afin de favoriser les échanges commerciaux et développer l’économie de son état, malheureusement faible en ressources. Une initiative qui ne plaisait pas à tous les sujets, peu désireux de voir des étrangers souiller de leurs pieds leur sol natal. On murmurait d’ailleurs que certains radicaux s’étaient regroupés en un mouvement révolutionnaire qui envoyait régulièrement des troupes pour attaquer ou provoquer les troupes frontalières des royaumes voisins. Sans doute espéraient-ils discréditer leur reine aux yeux des autres dirigeants et faire ainsi échouer les accords de libre-échange qu’elle tentait de mettre en place.

De tout cela, les habitants du petit village s’en moquaient. Leur position géographique pourrait, bien évidemment, les pousser à suivre les évolutions de la politique extérieure des colonies rivales. Ils avaient, cependant, préféré se concentrer sur des soucis de moins grande envergure mais de plus grande importance à leurs yeux, comme les récoltes, le rassemblement des provisions, les fêtes locales… ou une naissance.

C’était précisément ce qui venait de se dérouler dans l’une des habitations. L’aide à la ponte avait accouru après avoir été prévenue des premières contractions de la mère. Deux amies proches de cette dernière étaient d’ailleurs venues afin que l’opération se passe au mieux. Ce ne fut pas un luxe et le travail parut interminable pour tous… mais au final, il était là. Blotti dans les bras de celle qui l’avait enfanté, et dont les soigneuses essuyaient la sueur, le nouveau-né dormait sous le regard de ses parents, émus et comblés. Le père, contenant à grande peine ses larmes, embrassa sa compagne épuisée mais soulagée. La vue de la petite larve, en parfaite santé et chaudement enveloppée dans ses langes toutes chaudes, récompensait les efforts qu’elle avait dû fournir pour la mettre au monde… et mettait également fin au calvaire et à l’attente désespérée qu’elle avait dû endurer avec son compagnon avant que les dieux ne leur accorde enfin ce merveilleux cadeau.

Depuis des cycles ils aspiraient à perpétuer leur lignée, malheureusement sans succès. Ils avaient tout tenté, consulté médecin sur médecin, prêtre sur prêtre, guérisseur sur guérisseur…  en vain. Bien que déclarés féconds, ils en étaient venus à se demander s’ils n’avaient pas été frappés par quelque malédiction. Maintes et maintes fois, ils étaient partis en pèlerinage jusqu’à la capitale du royaume, la Grande Cité Vespa. Là-bas, ils s’étaient rendus auprès des plus éminents spécialistes, sacrifiant les économies de plusieurs cycles. Mais l’argent importait peu. Ils n’en avaient que faire. Rien n’avait de goût pour eux en ce temps-là. Aucune dépense, aucune distraction n’aurait pu compenser leur détresse. C’était pour eux la meilleure manière d’utiliser le peu de fortune qu’ils avaient pu amasser. Cette dernière n’avait malheureusement pas payé non plus.

Ayant compris que les moyens des mortels ne pourraient accéder à leur requête, ils avaient alors décidé de s’adresser aux dieux. Ils se tournèrent d’abord vers Vespulos, le père fondateur de la race Vespa. N’avait-il pas prouvé son talent de créateur en façonnant avec de la terre la première reine Vespa, avec laquelle il engendra ses premiers sujets ? En tant que divinité vénérée par ses descendants, pouvait-il ignorer la détresse de ses enfants ? Ne pouvait-il pas, juste une fois, accorder à deux de ses fidèles ce pouvoir de filiation dont le jeune couple semblait, depuis toujours, être exempt ?

Ainsi les deux malheureux hyménoptères s’étaient-ils rendus de nouveaux à la grande capitale, jusqu’au temple du géniteur de tous les Vespas, pour honorer ce dernier, par moult offrandes. Du bijou le plus fin aux plus beaux épis céréaliers, ils avaient déposé sur l’autel sacré ce qu’il pouvait offrir de meilleur, afin de s’attirer au maximum les faveurs de la guêpe originelle. Puis ils attendirent que le miracle se produise. Les albes se succédèrent, puis les saisons… Les offrandes furent renouvelées, puis l’attente reprit… jusqu’à ce que le désespoir et la résignation les gagnent et leur fassent accepter l’évidence : le divin ancêtre les avait négligés.

Le chagrin et la douleur s’installèrent de nouveau dans la famille. Si même celui dont ils étaient issus n’avait daigné répondre à leur appel, qui donc le ferait ? Étaient-ils condamnés à dépérir dans la solitude jusqu’à l’extinction de leur lignée ? Etait-ce là l’amère destinée qui se promettait à eux ? Les dieux avaient-ils décidé, pour d’obscures raisons ou par quelque jeu cruel, de ne jamais les laisser enfanter ? Comment ces êtres censés incarner toutes les vertus, forces et sagesse pouvaient se délecter du malheur de ceux qui les adulaient ?

C’est alors qu’ils se souvinrent de l’un d’eux. Et pas n’importe lequel. Une divinité réputée tant pour son amour de la vie que pour sa grande compassion. Le premier Arthropodien reconnu comme l’origine de tous les mortels sur cette terre…

Il était un dieu pionnier. Un de ceux que les régents cosmiques avaient envoyés sur Arthropodia afin d’y insuffler la nature et la vie sous toutes formes. Il avait été chargé de créer les premier Arthropodiens, à l’image des divinités, afin que ces dernières puissent leur confier certaines tâches. Depuis la nuit des temps, les mortels lui attribuaient la conception de la majeure partie d’entre eux, dont les Muscas, Coleos, Aracks, Scorpiens, Mantis, Formicas et, selon certains, les Lepidiens ou Empereurs. Il était également connu pour être le père des dieux fondateurs des colonies Furlienne, Apienne et Vespa… et donc le père de Vespulos. Son pouvoir de création était de ce fait reconnu comme le plus grand. Mais surtout, le pionnier avait gagné le respect de ses œuvres lors d’un événement tragique qui lui avait valu le nom sous lequel il était vénéré depuis. Son nom signifiait en effet « celui qui n’a que deux ailes »…

Ce titre, il l’avait acquis à ses dépens, suite à l’affront qu’il fit à Origo, le roi des dieux, créateur de l’univers et origine de toutes choses. Ce dernier avait alors l’habitude de régir les grandes lignes du destin sans forcément tenir compte de l’avis de ses sujets et pairs. Et le sort des Arthropodiens ne faisait guère exception. Lassé de voir le suprême despote décider du devenir des mortels sans la concertation de celui qui les avait engendrés, le divin pionnier voulut solliciter un entretien avec le monarque du Panthéon Cosmique. Celui-ci refusa, arguant qu’un dieu Arthropodien devait rester à sa place, auprès des mortels et ne pouvait s’inviter dans la demeure des premiers dieux sans son accord. Piqué au vif, le créateur des mortels déploya les deux paires d’ailes qu’il avait alors et s’envola vers les étoiles pour aller rejoindre le palais stellaire. Furieux, le maître du cosmos ordonna à son fils Luman, le dieu-soleil, de foudroyer l’insolent. À contrecœur, le géant flamboyant envoya un rayon de lumière sur l’intrus. Mais Alba, déesse du jour et de l’aube et soucieuse du sort du dieu mineur, tenta de sauver ce dernier. Elle parvint d’un battement d’aile à dévier le mortel rayon de son frère astral. Malheureusement une gerbe frappa les petites ailes du créateur des mortels qui alla s’écraser sur la terre de ces derniers, hurlant sous la douleur alors que les flammes dévoraient ses membranes. Alba parvint à souffler le feu mais ne put totalement guérir la blessure de celui qui allait devoir expier sa faute en séjournant éternellement parmi ceux qu’il avait engendrés. Avec une paire d’ailes en moins, le malheureux ne pouvait voler suffisamment longtemps pour échapper à l’attraction de la planète qui l’avait vu naître. Sans compter la douleur de la brûlure éternelle que ravivaient les battements de ses deux ailes restantes. Le dieu désormais estropié avait perdu sa liberté… mais avait gagné en retour la compassion et le respect de nombreuses divinités ainsi que des mortels pour lesquels il avait osé tenir tête au tout-puissant… et par le sacrifice que lui avait coûté son acte courageux.  

Un tel dieu, capable de s’investir autant pour ses créatures, et prêt à transgresser les lois divines pour ces dernières, ne saurait rester sourd à leurs prières. Ainsi le jeune couple décida, avec le peu de ressources dont ils disposaient, d’un dernier voyage vers le temple de la capitale dédié à l’impétueux immortel. Si cette ultime tentative échouait, nul autre recours ne serait possible et ils devraient alors se résigner à leur sort. C’est pourquoi ils s’étaient efforcés à prendre le temps nécessaire à la bonne organisation du pèlerinage, choisissant les meilleures offrandes possibles, répétant inlassablement les prières appropriées, consultant les prêtres les plus dévoués à la divinité. Jusqu’à ce qu’enfin, le périple soit accompli… et que le miracle tant attendu se produise enfin.

Tout cela était bien loin désormais. Envolées les longues périodes d’amertume, conséquences d’échecs répétés. Envolées les saisons de souffrance et de doute. De tout cela, les nouveaux parents en avaient fait le deuil. Seul comptait pour eux de savourer cet instant béni avec leur enfant tant attendu, de l’avenir qu’ils allaient pouvoir bâtir ensemble, de cette nouvelle vie qui allait enfin commencer.

Mais avant toute chose, il importait de lui trouver un nom.











Dernière édition par Le Fruit Gidaire le Dim 5 Avr - 13:29, édité 8 fois
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Le Fruit Gidaire
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MessageSujet: Arthropodia : Le Prélude   Ven 27 Mar - 15:00

Deuxième partie


La fumée de l’incendie s’élevait haut dans le ciel et déjà les flammes avaient gagné la totalité des fragiles habitations. Les Furliens n’avaient épargné aucun abri. Ils avaient bombardé le village avec une rapidité qui avait surpris tout le monde, criblant de leurs énormes rayons lumineux les malheureux autochtones qui, paniqués, avaient tenté de fuir dans tous les sens... en vain.

Ayant aperçu au loin les colonnes fumantes, les éclaireurs Vespas avaient allumé le réseau de bûchers qui s’était embrasé jusqu’à ce que les sentinelles du fort principal en aperçoivent le lointain éclat. L’armée avait sonné le branle-bas de combat et s’était prestement mise en route, remontant la ligne de signaux jusqu’à rapidement gagner le hameau en détresse. Les soldats s’étaient d’abord heurtés à un premier mais sommaire barrage de tirs, provenant de quelques résistants Furliens, embusqués dans les feuillages et arrosant copieusement les troupes ennemies. Le commandant en chef, flairant le piège, n’avait pas pour autant ralenti sa cohorte. Il avait tout au plus détaché une escouade pour « sécuriser la zone » et si possible tenter d’en capturer certains… même s’il n’y croyait pas vraiment.

En réalité ces maquisards lui importaient peu. Il devinait leur objectif de ralentir la progression pour permettre à leurs acolytes de s’enfuir. De toute façon ses « Furtifs », surnom que l’on attribuait aux sections d’élite Vespas, auraient tôt fait de neutraliser ces kamikazes et de rejoindre la garnison pour mâter le reste des troupes. La cohorte avait ainsi pu se concentrer sur son principal objectif et s’attaquer au gros de la horde belliqueuse qui, comme l’avait prédit le commandant, n’avait finalement opposé que très peu de résistance. Les quelques fous qui n’avaient pas décampé ou péri sous les tirs des canons-dards s’étaient entretués ou jetés dans les flammes. Ils étaient comme ça, les Furliens : fanatiques dans l’âme, préférant le suicide collectif au déshonneur de la capture. Les prisonniers faisaient d’ailleurs l’objet de haute surveillance, ces derniers n’hésitant pas à se trancher la langue avec leurs crocs ou se briser la nuque pour ne pas risquer de parler sous la torture.

Le commandant savait tout cela. C’était une des raisons pour laquelle il n’avait même pas ordonné quelconque semonce mais l’abattement immédiat de tout assaillant. Mais la réalité était qu’il fallait au plus vite porter secours aux survivants, s’il en restait. Cependant, le désastreux spectacle qui se présentait devant lui avait pratiquement balayé ce frêle espoir. Malgré la célérité de l’intervention, tout n’était que feu et désolation. Pour autant, ce n’était guère le moment de se lamenter. Il fallait désormais stopper cette fournaise ! Rapidement des troupes Vespas se posèrent au sol et commencèrent à organiser des chaînes aux points d’eau les plus proches, tandis que d’autres tentaient d’étouffer le feu avec de la terre. Des patrouilles cerclaient autour de l’immense foyer pour surveiller la propagation des flammes mais également en prévision d’une éventuelle riposte des frelons géants.  

Les guerriers courraient dans tous les sens, mais la confusion n’était qu’apparente. Chacun s’attelait à une tâche bien précise et les chefs hurlaient continuellement les ordres, non sans participer eux-mêmes aux manœuvres d’extinction. Pourtant, malgré ce brouhaha incessant, l’antenne d’un fantassin vibra. Ce n’était pourtant pas un ordre qu’il avait cru entendre… mais bel et bien un cri ! À moins qu’il ne se soit fait des idées, finit-il par se dire avant de reprendre sa course, pour ne pas se faire, à juste titre, houspiller. Mais un autre son vint de nouveau ébranler ses appendices frontaux, plus net celui-ci. On aurait dit… des pleurs ? Instinctivement il tourna la tête vers un amas de débris et, comme mu par une force mystérieuse, se précipita vers ce dernier. Dégageant les morceaux calcinés, il manqua de sursauter en découvrant, gisante au sol… une jeune Vespa tenant dans ses bras une larve enveloppée de langes roussies par la cendre.

Les cris du nouveau-né ramenèrent à lui le militaire qui s’empressa alors d’alerter ses congénères.

- Blessés à terre !!! Un médecin, vite !!! Un mé…

Il n’eut pas le temps de terminer sa phrase, agrippé à la jambe par une main tremblante : celle de la jeune Vespa, haletante. Surpris de constater cette dernière encore en vie, le soldat s’empressa de s’agenouiller pour tenter de secourir la malheureuse.

- Tenez bon !!! Je vais chercher du renfort ! Les soigneurs vont s’occuper de vous… et de votre petit !
- Trop tard… pour moi…
Répliqua à grande peine la jeune femelle crachant au passage un peu de sang.

Le guerrier, quelque peu décontenancé par la voix frémissante de la guêpe agonisante, retira alors quelques-uns de ses bandages noirs, qui lui servaient pour le camouflage, et voulut s’en servir pour panser ses blessures. C’est alors qu’il réalisa la gravité de la situation dans laquelle se trouvait l’infortunée, constatant qu’un morceau de bois lui avait transpercé l’abdomen. Probablement lors de l’attaque, alors qu’elle essayait sûrement de fuir pour aller cacher le nourrisson. Une explosion avait sans doute dû projeter cet éclat qui l’avait atteinte accidentellement. C’était une ironie d’autant plus cruelle que son corps ne semblait pas présenter de traces de lutte. Visiblement les Furliens n’avaient pas eu le temps de fouiller le village de fond en comble et s’étaient simplement contentés de le bombarder. Les débris projetés par les tirs, retombant sur la fuyarde, l’avaient cachée aux yeux de ses assaillants mais avaient paradoxalement causé sa perte. Et la gravité de la blessure ne lui laissait guère de chances de s’en sortir. Elle était condamnée et le savait. Le Furtif lui-même se demandait comment elle pouvait encore être en vie avec une telle hémorragie.

Il n’eut pas le temps d’approfondir la question agrippé cette fois au bras par la mourante, dont les larmes commençaient à couler.

- Le bébé… je vous en prie… Supplia-t-elle d’une voix se faisant plus faible.
- Est-ce le vôtre ?! Questionna le Vespa peu à peu gagné par la tension.

Elle lui signifia d’un mouvement de tête que non avant de reprendre, de plus en plus haletante :

- Morts… Tous… Ce petit… Leur précieux… Sauvez-le ! Parvint-elle à articuler en lui tendant le nouveau-né.
- Son nom ! A-t-il un nom ?!! Pressa le guerrier, dont l’inquiétude grandissait à mesure qu’il sentait la jeune femelle partir.
- Comme lui… Comme le dieu… Peinait-elle à prononcer, puisant dans ses dernières forces.  
- Que… Quoi ?!!! Quel dieu ?! Interrogea le fantassin qui se penchait de plus en plus pour pouvoir bien entendre.

C’est alors que, dans un élan désespéré, la jeune Vespa approcha ses lèvres de l’antenne du soldat désorienté et parvint à lui susurrer la réponse. Ce fut son dernier geste avant qu’elle ne pousse un ultime soupir et ne s’éteigne, sous le regard du militaire encore sous le choc.
- Hey ! Hey !!! Mademoiselle !!! Mademoiselle !!! S’écria-t-il en agrippant l’épaule de la villageoise pour tenter de la réveiller. Il dut malheureusement se rendre à l’évidence : c’était terminé.

À genoux, tenant dans les bras celui qui, désormais, demeurait peut-être le seul survivant de tout ce massacre, le guerrier serra les dents, écœuré par la situation mais aussi par sa totale impuissance face aux événements. Se résignant peu à peu, il fit glisser lentement sa main le long du visage de la défunte pour lui clore les paupières et les lèvres. Puis il se leva et porta son poing fermé à son torse pour saluer le courage de la jeune martyre. L’hommage terminé, il se hâta de rejoindre ses compagnons. Il lui fallait rapidement confier la larve en pleurs à l’équipe médicale pour ensuite aider ses frères d’armes à combattre ce maudit incendie, avant que celui-ci n’atteigne la végétation environnante et ne se propage à travers l’étendue boisée qui entourait le hameau.

La lutte s’annonçait rude et longue… comme la nuit.











Dernière édition par Le Fruit Gidaire le Jeu 9 Avr - 21:19, édité 8 fois
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Le Fruit Gidaire
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MessageSujet: Arthropodia : Le Prélude   Ven 27 Mar - 15:02

Fin


La Cité Vespa apparaissait enfin à l’horizon. Les majestueuses silhouettes de ses temples et de son immense palais se découpaient dans l’azur du ciel. Un sentiment de soulagement gagnait peu à peu les membres de l’escorte à la vue de ces dernières au fur et à mesure qu’elles se faisaient de plus en plus proches. Leur long vol était sur le point de s’achever et aucun incident de parcours, aucun danger, aucun obstacle n’était venu contrarier leur périple.

La terrible attaque du village et le lourd bilan des victimes qui en avait résulté pesait encore sur le cœur du petit groupe. Ils se souvenaient encore du pénible travail de déblaiement qu’avait dû entreprendre la garnison après avoir réussi à maîtriser l’incendie. Il avait fallu dégager des décombres les corps calcinés et sans vie des malheureux. Les chairs et les carapaces brûlées par les flammes étaient devenues méconnaissables. Pire encore, les trop grands dommages infligés aux cadavres les rendaient impossibles à identifier. A peine arrivait-on à deviner s’il s’agissait d’un individu mâle ou femelle, d’un jeune ou d’un adulte… La population du hameau disparu n’était plus qu’un charnier uni par une noirceur uniforme, si bien qu’aucun nom ne fut inscrit sur les tombes. Le commandant avait toutefois décidé d’envoyer une demande à la capitale pour que soit érigée en ce lieu une plaque commémorative, sur laquelle seraient gravés les noms de tous les villageois que le fort avait déclarés dans ses registres. C’était d’ailleurs l’une des raisons, outre la remise du rapport aux plus hautes autorités, qui avait poussé l’officier à envoyer un groupe d’émissaires vers la Cité-Mère.

Mais la raison principale concernait surtout la jeune larve Vespa, seule rescapée de la boucherie, qu’il convenait de mettre en lieu sûr. L’examen du nourrisson par les brancardiers n’avait décelé aucune blessure. Rien, pas même une égratignure, tout au plus des traces de cendre et de poussière auxquelles un bain remédierait sans difficultés. Un miracle qui n’avait pas manqué d’étonner le chef de la garnison ainsi que celui qui lui avait apporté le nouveau-né. Soulagé, ce dernier avait alors été chargé par le commandant de le ramener en premier lieu au camp fortifié, pour identification. De là, le groupe avait rassemblé armes et bagages afin de convoyer le bébé jusqu’à la capitale du royaume où l’on tâcherait de lui trouver un foyer d’accueil. Ainsi le sauveteur avait-il rejoint l’escorte qui se rapprochait maintenant de la Grande Cité jusqu’à enfin distinguer le grand plateau rocheux, entouré de champs, sur lequel elle était perchée.

Survolant sans encombre le premier rempart, les voyageurs durent en revanche présenter leur laissez-passer aux gardiens de la seconde muraille et ainsi librement se mouvoir au cœur de la capitale. La formalité accomplie, les guerriers se séparèrent, les uns mettant le cap sur le camp militaire pour remettre le rapport du commandant, les autres vers le palais afin d’appuyer la demande de commémoration des martyrs du village. Seul restait le soldat chargé de la protection du nourrisson. Il en profita d’ailleurs pour ouvrir le clapet du petit cocon de métal afin de vérifier l’état de santé de son passager. Enveloppé de langes doux et chauds, ce dernier dormait toujours.

Rassuré, son protecteur entama une descente en douceur pour ne pas trop secouer la coque protectrice. Il s’immobilisa toutefois quelques instants lorsqu’il passa entre les immenses structures dédiées aux divinités Vespas. Dévisageant les impressionnantes statues, chacune érigée au sommet de la bâtisse qui lui était consacrée, le militaire ne cacha pas son mépris à leur égard.  Après le drame dont il avait été témoin, il se demandait maintenant si ces dieux soi-disant protecteurs méritaient bien les offrandes et adorations qui leurs étaient continuellement servies. Qu’avaient-ils fait, eux, en retour pour venir en aide à leurs fidèles ? Avaient-ils seulement levé leur divin petit doigt pour sauver les villageois du massacre et de la guerre ? Il commençait à en douter sérieusement. Mais le temps n’était plus au blasphème, et cela ne les ferait pas revenir. Poussant un soupir résigné, il reprit sa descente et atterrit enfin devant la structure administrative destinée à l’accueil des orphelins de guerre. Lorsqu’il franchit le seuil de la porte, une Vespa habillée d’un tablier usé vint à sa rencontre. Ainsi étaient vêtues les nurses chargées de s’occuper des jeunes abandonnés ou ayant perdu leurs géniteurs.

- Alba soit avec vous, messire. Que puis-je faire pour vous ? Demanda-t-elle souriante.
- Alba soit avec vous, également. Oh, pour moi pas grand-chose. Mais pour lui, je l’espère… Répondit-t-il en lui présentant le petit cocon blindé.
La jeune femelle ouvra délicatement le berceau de sûreté, avant de s’attendrir à la vue de la petite larve qui commençait à bouger. Le soldat lui-même laissa transparaître un léger sourire en voyant la nourrice fondre devant le nouveau-né.
- Où l’avez-vous trouvé ? Reprit cependant cette dernière, d’un air inquiet.
- J’ignore si « trouver » est le mot juste… Soupira le guerrier dont le regard se faisait fuyant. Disons, qu’il m’a été « confié ».
- Et ses parents ? Questionna de nouveau la gardienne. Je suppose qu’ils sont…
- Morts. Ponctua le militaire. Sa famille, sa nourrice… Tous les habitants de son village ont été massacrés jusqu’au dernier.
- Que… Non !
S’exclama la nurse incrédule avant de tourner à nouveau son regard encore choqué vers le nourrisson.
- C’est malheureusement la vérité. Ce petit est le seul survivant. Le patelin a été mis à sac par les Furliens. Ces ordures n’ont même pas cherché à le piller, ils ont tout fait brûler avant de s’enfuir. Quand notre garnison est arrivée sur les lieux, tout avait été ravagé par les flammes. Nous avons passé la nuit à éteindre l’incendie et la journée à enterrer les victimes. Le plus dur a été de contenir nos hauts-le-cœurs en les inhumant… Les corps étaient méconnaissables. Nous n’avons même pas pu les identifier. Se désola le combattant.
- Vous plaisantez ?! S’offusqua l’hôtesse encore secouée par le récit du soldat. Vous n’avez identifié aucun des villageois ? Mais et vos registres ? N’y étaient-ils pas répertoriés ?
- Bien sûr qu’ils l’étaient !
Reprit le Furtif. Mais comment aurions-nous pu savoir à quel individu correspondait chaque corps ? C’est à peine si on pouvait les différencier !
- L’équipe médicale n’a pas procédé à une identification dentaire ? J’avais entendu dire que c’était une méthode éprouvée et efficace.
- L’équipe médicale avait déjà fort à faire avec les recrues blessées en tentant d’éteindre le feu. De plus, nous n’avions aucune donnée précise sur la dentition de chacun. Vous connaissez les paysans : ils préfèrent régler leurs soucis de santé entre eux, ou du moins avec le médecin du village. Et même si ce dernier avait répertorié la moindre carie dans ses archives, elles ont sûrement été détruites dans l’incendie.
- Je vois…
Répondit la Vespa. Mais dites-moi, concernant ce bébé… Vos émissaires devaient sûrement se rendre régulièrement auprès des familles du bourg, ne serait-ce pour percevoir les taxes. Aucun d’eux n’a relevé qu’une des habitantes était enceinte ?
- Euh, vous en avez de bonnes ! Protesta le guerrier. Nos émissaires contrôlent plusieurs bourgs et voient passer des centaines de Vespas. Et parfois seul le chef de famille se présente à eux. Leur travail consiste à percevoir les dîmes, pas à relever les futures mères. La seule chose qui nous permet de connaître l’existence d’un nourrisson c’est sa déclaration par ses géniteurs auprès de nos archivistes.
- Comment ? Vous attendez que les parents viennent vous apporter leurs nouveau-nés au fort pour qu’enfin vous vous rendiez compte de leur existence ? C’est une plaisanterie ?!
S’exclama la nurse.
- Nous n’avons pas le choix ! Se défendit le militaire. Il y a encore trop de fausses couches et de mort-nés dans ces régions pour que nos scribes s’épuisent à les inscrire dans les parchemins administratifs ! Et puis, pensez à la douleur des parents qui viennent de perdre leur petit. Voulez-vous en plus, leur imposer le supplice de se déplacer à chaque fois, pour nous informer de cette perte et remuer le couteau dans la plaie ? Voilà pourquoi les géniteurs ne déclarent leur descendance que si cette dernière réussit à survivre quelques albes après sa naissance. Si le soigneur ou l’aide à la ponte la déclare viable alors la larve est amenée au fort pour y être pesée, mesurée et répertoriée dans nos registres. Mais pas avant. Je suis désolé mais c’est ainsi !
- Quelle négligence…
Marmonna la nourrice. À propos, le bébé a-t-il été déclaré ?
L’escrimeur eut un moment d’hésitation et déglutit discrètement avant de répondre.
- Et bien… En réalité, nous n’avons trouvé aucune information le concernant. Nos soigneurs l’ont examiné. Ils ont estimé sa venue au monde à une ou deux albes, tout au plus. Et nos registres ne mentionnent aucune naissance aussi récente. Je… Il semblerait que ses géniteurs n’aient pas eu le temps de le déclarer. Et… nous ignorons totalement de qui il est le descendant.
- C’est… Ce n’est pas possible !
S’exclama l’hyménoptère choquée par la terrible révélation. Vous êtes en train de me dire que ce petit ne pourra jamais connaître le nom de ses parents ?! Que vous ne savez même pas de quelle famille il est issu ?!
- Je… J’en ai bien peur.
Bredouilla le soldat honteux. Nous n’avons pas pu déterminer ses origines exactes. Je suis navré… Sincèrement navré…
L’hôtesse baissa les yeux sous la déception.
- Pauvre chéri… Se désola-t-elle en regardant avec tristesse le nouveau-né. Sans racines, sans famille. Que lui reste-t-il ? Je suppose également qu’il n’a pas de nom. Ou que vous l’ignorez totalement.
Le guerrier marqua de nouveau un temps d’arrêt.
- … Dipterion.
- Pardon ?!
Lâcha la nourrice, quelque peu surprise par la réponse.
- C’est son nom. Et c’est bien d’ailleurs la seule chose que l’on sait de lui.
- Quel étrange patronyme…
Reprit la gardienne, intriguée. Ce n’est pas très Vespa, comme appellation. Ou alors du Vespa très ancien.
- En tout cas, c’est ce que m’a soufflé à l’antenne feu sa sauveuse avant de rendre l’âme.

- Dipterion… Répéta la nurse. Comme...
- Comme le dieu, oui.
Ponctua le Furtif avant de se remémorer les dernières paroles de celle qui s’était sacrifiée pour le nouveau-né. C’est ça ! Elle a dit « comme le dieu » ! Je crois qu’elle faisait allusion à Dipteros.
- Le dieu à deux ailes ?
S’étonna de nouveau la gardienne.
- Il semblerait, oui. J’avoue que donner le nom d’une divinité handicapée à son descendant paraît plutôt étrange. Surtout pour les membres d’une race à double paire d’ailes. D’accord, elles se confondent mais tout de même…
- Sans doute ont-ils beaucoup prié la divinité. Pour quelle raison, je l’ignore. Peut-être pour que la naissance se passe bien, qui sait ?
- Et bien, c’est réussi, semble-t-il…
Ironisa le guerrier. Quand on voit le résultat… Il en a de la chance ce petit ! Ou alors la divine aide à la ponte doit réclamer de sacrés tributs en guise de remerciements. Cents vies pour une seule; ce dieu vend très cher ses services.
- Peu importe. Le blasphème ne les ramènera pas, de toute façon. Et si ses parents ont décidé de l’appeler ainsi, alors nous respecterons leur dernière volonté.
- Vous êtes sûre ? Prenez quand même le temps de réfléchir, hein...
Conseilla le soldat, un peu inquiet par la décision. Car une fois le nourrisson déclaré, vous ne pourrez plus changer son patronyme. Vous ne pensez pas que ça va lui porter préjudice plus tard ?
- Le préjudice, il l’a déjà subi voici quelques albes, semble-t-il…
Répliqua l’hôtesse qui regardait maintenant le nouveau-né d’un sourire attendri. Après tout lui aussi, comme la divinité, a perdu quelque chose de cher. Et puis, au vue de l’horreur à laquelle il a échappé… je commence à croire qu’il a effectivement bénéficié de la protection du dieu infirme. Qui sait, ce nom lui portera peut-être chance à l’avenir ? Et après tout, Dipterion… je trouve ça plutôt joli, comme nom.
Le fantassin resta silencieux quelques instants, puis d’un sourire approbateur il salua de la tête la décision de la nourrice.
- C’est vous qui décidez… Conclut le militaire satisfait, en se dirigeant vers la porte. Ma mission consistait seulement à vous l’amener afin qu’il soit pris en charge par votre institut. C’est maintenant chose faite. Son avenir est entre vos mains, désormais. Je sais que vous en ferez un citoyen respectable.
- J’espère surtout que nous en ferons un citoyen heureux.
Lança la gardienne.
- Pour ça, je vous fais confiance. Assura le militaire avec un sourire confiant et apaisé. Qu’Alba… et Dipteros vous protègent.
- Merci à vous. Qu’ils vous protègent également.
Lui répondit la nourrice.

La porte se ferma. La guêpe nourricière se retrouva seule avec son nouveau pensionnaire, encore intriguée par les épreuves qu’il avait dû traverser, dès sa venue au monde. Elle avait beau être habituée à recueillir de jeunes orphelins au passé difficile, le vécu de celui-ci constituait un modèle dans le genre. Inquiète mais également fascinée, elle resta immobile quelques instants puis posa, de nouveau, un regard sur la petite larve.

Cette dernière dormait paisiblement...
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